[Film] Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick (1987)


La guerre du Vietnam vu à travers les yeux du Marine américain J.T. Davis, de son entraînement jusqu’aux affrontements contre le Vietcong.


Avis de Rick :
Stanley Kubrick a un cinéma très froid, tout est filmé avec une certaine distance, tout est millimétré, et malgré la distance certaine, tout est filmé frontalement. La violence, le sexe, tout. Kubrick, c’est un réalisateur qui divise. Il y a ceux qui adorent justement pour sa mise en scène affutée, et ceux qui détestent en trouvant ces films longs, chiants et prétentieux. Je fais parti de la première catégorie, j’adore Kubrick. Pas tous ces films puisque le réalisateur aura travaillé sur quasiment tous les genres au fur et à mesure de sa carrière, et que certains genres m’attirent plus que d’autres. Spartacus par exemple est un péplum, et moi je n’aime pas franchement les péplums. Barry Lyndon est un film d’époque, et je ne suis pas fan des films d’époque également. 2001 : L’Odysée de l’Espace est un film de science fiction, et autant j’adore le film, autant à chaque vision, je trouve la première partie un peu trop longue, avant d’être hypnotisé par la suite. Mes préférés resteront toujours Orange Mécanique (découvert lors de son premier passage à la télévision en 1996, j’avais 10 ans, vous imaginez le choc donc), The Shining (oui je n’aime pas le roman donc voilà), Docteur Folamour (cet humour), Full Metal Jacket qui nous intéresse aujourd’hui et Eyes Wide Shut (que j’avais vu au cinéma, j’avais 13 ans). Full Metal Jacket donc, un film qui me fait remarquer une chose : mes films de guerre préférés parlent plus de comment la guerre change les personnages que de la guerre en elle-même. Oui, Full Metal Jacket trône aux côtés d’Apocalypse Now sur le podium des meilleurs films du genre pour moi, en plus d’être de très grands films de cinéma tout court. Le film est donc découpé en deux parties radicalement différentes. D’un côté, l’entraînement de nos personnages à l’armée, la découverte du milieu, de ses règles, et du chef instructeur surtout, et de l’autre, la guerre, l’horreur, l’horreur du monde qui nous entoure.

Si j’admets volontiers avoir une nette préfère pour la première partie, c’est sans aucun doute car elle n’est pas dénuée d’humour malgré son ton noir. Kubrick, contrairement à la majorité des films de guerre, fait le choix de se concentrer sur l’être humain victime de la guerre, de cette machinerie qui envoie des humains se faire déchiqueté par des mines, des obus et des tirs en rafale, plutôt que de nous montrer l’héroïsme Américain. Kubrick nous montre comment l’armée retire l’individualité de ses personnages pour les amener à la guerre, pour les forcer à faire machinalement ce qu’on leur demande au prix de leur vie. La première heure se déroule donc dans une caserne, où nous rencontrons les deux personnages les plus marquants du métrage, et ironiquement, les deux personnages absents de la seconde partie. D’un côté, le sergent Hartman (énorme R. Lee Ermey), passant son temps à crier, à rabaisser les autres, à donner des ordres, et de l’autre le soldat Leonard (tout aussi énorme Vincent D’Onofrio), sujet de toutes les moqueries à cause de son poids, de son intelligence, et de son incapacité à réussir. Deux personnages opposés, complémentaires, et dont l’issue de leur conflit ne peut être réglé que par la violence. Car après tout, nous sommes chez Kubrick, et la violence règle souvent bien des choses, on le sait depuis le temps. Cette première partie est donc excellente, les dialogues sont affutés, certains moments font rire, mais d’autres sont paradoxalement ultra durs. Le point culminant étant bien entendu le final de cette partie, glaçant grâce à la mise en scène comme toujours millimétrée de Kubrick, le score musical d’ambiance d’Abigail Mead et le jeu d’acteur de Vincent d’Onofrio, totalement habité. Paradoxalement, bien qu’allant dans le sens du film, on pourra reprocher que le narrateur du film soit le soldat « Joker », à la personnalité moins intéressante.

Mais après tout, l’armée ne veut pas de soldats à la forte personnalité ou de soldats qui pensent, ils ne veulent que des soldats prêts à aller à la guerre et à mourir pour leur pays. Après cette première heure magistrale, Kubrick nous emmène alors dans un autre univers, pendant la guerre, le tout dans une ambiance un peu plus pop dans un premier temps. Il suffit de voir le choix des musiques, avec Nancy Sinatra (These Boots are Made for Walking) ou encore The Trashmen (Surfin’ Bird). Il nous montre un côté de la guerre que l’on voit peu, un côté froid, avec un ton plus grave, mais absolument pas héroïque, loin de là. Les personnages côtoient la mort à chaque instant, se retrouvent face à l’absurdité de la guerre, de la vie, de la mort, et donc de l’humain en quelque sorte, continuité logique de ce que l’armée a fait d’eux durant la première partie, des êtes censés être dénués d’humanité. Le message est clair. We are in a World of Shit ! Kubrick nous livre encore des moments visuellement sublimes, des moments durs où il questionne l’utilité de la guerre. Après une telle expérience, comment regarder le monde et les humains qui nous entourent ? La guerre nous transforme quoi qu’il arrive, et il faut se battre, pour survivre. Full Metal Jacket est un grand film. Sa première partie est certes dans le fond plus divertissante par l’absurdité de ces situations, tandis que sa seconde partie est bien plus dure et réaliste, et dénonce la guerre, et Kubrick livre un film unique, encore un dans sa carrière. Des films comme ça, j’en voudrais plus souvent, des films qui ont des choses à dire, ne nous prennent pas forcément par la main, et surtout qui parviennent à surprendre, dans leur narration, dans le ton employé également.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une première partie parfois amusante, mais tragique
♥ Vincent D’Onofrio et R. Lee Ermey
♥ Le message sur la guerre
♥ Maîtrisé à tous les niveaux
⊗ Une seconde partie malgré tout un peu moins bonne
Kubrick signe un grand film de guerre, parlant plus de l’homme et de sa déshumanisation pour la guerre que de celle-ci en elle-même. Et ça fonctionne, entre moments tragiques, moments comiques et horrible réalité.



Titre : Full Metal Jacket
Année : 1987
Durée : 1h56
Origine : Angleterre / U.S.A.
Genre : La guerre, c’est moche
Réalisateur : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick, Michael Herr et Gustar Hasford, d’après le roman de Gustarv Hasford

Acteurs : Matthew Modine, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, R. Lee Ermey, Dorian Harewood, Kevyn Major Howard et Arliss Howard

 Full Metal Jacket (1987) on IMDb


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A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

13 Comments

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  1. Ce film est un régal quand on déteste l’armée comme moi mais c’est vrais la deuxième partie est limite inutile.
    2001 moi c’est l’inverse j’aime bien le début et la fin me fait un peut chier ca tourne au clip new wave.

  2. Excellent film que j’avais adoré mais que je n’ai pas revu depuis bien 15 ou 20 ans. Faudrait que je me le refasse à l’occaz mais j’avais aimé le film dans son ensemble.

  3. j’adore ce film, les deux partis même si comme beaucoup je préfère la 1ere, la deuxième n’est pas dénuer de sens non plus , elle est la justement pour illustrer les classes des soldats comme etant complétement inadapté,vieillot ,a devenir une machine a tuer sans nuance (et c’est encore le cas dans certaines sections ,on a vu le résultat en somalie ou plus proche de nous dans le temps en Afghanistan ) ou le manque de repère sur le terrain est flagrant ,ou les gradés ne savent pas quoi faire ,dans la jungle ou en guérilla urbaine ,l’escouade se fait decimer pour pas un rond oubliant tout les fondements de base … apres c’est vrai que Matthew Modine manque de consistance pour cette partie 2,il a jamais eu les épaules pour porté un film (même si je trouve que dans Birdy d’Alan Parker ,il est énorme , mais il y a un grand Nicolas Cage pour lui donner la réplique ^^) et même face a Adam Baldwin qui joue que de son physique de brute il fait pas le poids . apres moi qui aime bien raconter les secrets de tournage , c’est quand même sympa de savoir que R. Lee Ermey etait un ancien sergent instructeur chez les marines 😮 role de composition ^^ (et qu’il est helas décédé il y a quelque mois ,le 15 avril 🙁 ) et que pour le tournage de la seconde partie , personne a mis les pieds dans un lieu exotique comme le vietnam ou la jungle mais tout a été tourner dans la banlieue anglaise ,beau tour de force pour l’époque !! pour finir grosse mention a D’Onofrio ,si le film n’avait pas été aussi decrier il aurait mérité un oscar !perso je classe ce film entre Apocalypse now et Platoon .

  4. Une peinture particulièrement acide des camps d’entrainement de Marines aux U.S.A et des conditions de vie de ces hommes transformés lentement mais sûrement en machines à obéir san sourciller..
    Le tout avec la guerre du Vietnam en toile de fond.
    Comment oublier Guignol, Cowboy, La Brute, Baleine, Blackboule…et leur impitoyable sergent !?
    Stanley Kubrick signait avec ce film devenu une référence, l’un des plus grands films de guerre de tous les temps !
    Un chef d’œuvre à ranger aux côtés de Platoon, Apocalypse Now et La Ligne Rouge !

  5. Heu..par contre Rick, il y a un petit problème au niveau des infos sur le film en bas de la critique..
    Les acteurs se retrouvent à la place des scénaristes et au niveau des acteurs, il me semble que c’est le casting Norvégien d’un autre film…
    Y’a eu comme un ptit bug on dirait…

  6. Après vérification, c’est le casting de Morse !

  7. Ca sent l’erreur de copier / coller ^^

  8. Aie aie aie c’est corrigé désolé les enfants ^^

  9. Feroner : Je n’irais pas jusque dire que la seconde partie est inutile, il y a des moments excellents d’ailleurs dedans, notamment les derniers moments, où ils doivent abattre la sniper.

    Cherycok : Retente le à l’ocaz, je ne penses pas que tu vas le regretter ^^

    Scott : Ah je ne savais pas du tout pour le décès 🙁 RIP (et il faut dire qu’en vrai, la chronique du film traînait sur mon disque dur depuis bien 6 mois, donc au moment où j’avais écris…. Bref)
    Birdy je ne l’ai jamais vu justement, mais un ami m’a prêté le dvd il n’y a pas longtemps, ça viendra.

    Paganizer : Cool là, tu cites les films de guerre que je préfères. Apocalypse Now je ne m’en lasse pas depuis mon achat du Blu-Ray et de la version Redux.

  10. Comme je te comprends Rick ! La version Redux d’Apocalypse Now, c’est LA version de ce film mythique !

  11. Tiens j’ai les mêmes Kubrick préférés que toi. Sauf peut être Eyes wide shut que je trouve moyen. Et j’aime quand même le roman Shining, c’est juste qu’en effet, c’est pas pareil^^ Le roman est davantage un drame social.

    Et ce film là, c’est surement mon film de guerre préféré. Parce que déjà…j’aime pas les films de guerre. Je peux aimer des films qui se passent durant la guerre (la liste de Schindler, le pianiste) mais je n’aime pas les films qui se passent sur le front (soldat Ryan, tout ça…)
    Je n’aime pas. Je ne veux pas lancer de polémique. Oui, il faut être courageux pour faire la guerre, oui il y a des soldats qui en ont chié et il faut penser à eux, oui les vrais connards c’est les dirigeants…mais j’en ai juste rien à carrer de voir la guerre au cinéma^^

    Mais ce film, déjà avec sa partie entrainement géniale et son portrait absolument pas édulcoré de l’armée (le génial R. Lee Ermey a d’ailleurs été instructeur dans l’armée, ça fait peur…), ben il est mémorable. La 2eme partie est plus pénible notamment lorsque les soldats un peu concons parlent aux journalistes, mais j’aime aussi beaucoup la fin.

    1. « Il faut être courageux pour faire la guerre »..
      J’aurais tendance à dire qu’il faut une bonne dose d’inconscience aussi…et avoir été formaté par le système militaire…
      Après, je reconnais que les soldats en chient…mais pour la plupart, ils ont choisi d’être soldats, personne ne les y a forcés…
      Donc, ils savaient à quoi s’en tenir.
      Je ne suis pas copain avec l’armée, raison pour laquelle je me suis demerdé pour me faire exempter.
      Mais bon, je respecte le fait que certains échangent leur liberté contre l’autorisation de tuer..chacun ses choix après tout.

      J’aime les films de guerre pour leur côté spectaculaire et parfois impressionnant…et ils me rappelent à chaque fois l’absurdité de la guerre et son côté inhumain.

      1. « mais pour la plupart, ils ont choisi d’être soldats, personne ne les y a forcés… »
        Euh…pour le Vietnam en question, ils n’ont pas vraiment choisi. Certains ont été appelés et fallait venir, devoir machin tout ça…
        Je ne suis pas copain avec l’armée non plus, je voulais juste dire que les soldats sauvent des vies aussi et que lorsqu’un malade genre Hitler déclare une guerre, on est bien content d’avoir des soldats pour nous défendre.
         
        Mais en film, ça m’intéresse pas de voir tout ça.

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