[Film] Chasing The Dragon, de Wong Jing (2017)


En 1963, un immigrant clandestin chinois s’infiltre dans un Hong Kong corrompu alors colonisé par l’Angleterre. Il devient « Ho l’estropié », un puissant baron de la drogue grâce à sa ruse et sa cruauté. Il est aidé par Lee Rock, un inspecteur de police corrompu pour affronter les gangs rivaux


Avis de Cherycok :
Wong Jing. Un réalisateur à la filmographie hallucinante. Hallucinante par le nombre de ses films, plus d’une centaine, mais également par leur diversité. Le bonhomme est clairement un touche-à-tout, se fiche complètement de ce que peuvent penser les critiques, et a pour mot d’ordre de faire avant tout plaisir au public. Réalisateur décrié, il est pourtant à l’origine d’un paquet de films aimés d’une bonne majorité de fans de bobines HK : Future Cops, Niki Larson, A True Mob Story ou encore la saga des God of Gamblers. En 2017, il est de retour sur les écrans chinois avec le gros budget (plus de 200M$HK) Chasing The Dragon, avec en tête d’affiche deux acteurs toujours aussi populaires : Andy Lau et Donnie Yen. Même si la critique est partagée, le film est un succès populaire, dépassant au box-office le blockbuster hollywoodien Blade Runner 2049 et même le Jackie Chan du moment, The Foreigner. Alors au final, qu’est-ce que ça vaut réellement ? Et bien chez nous, on a aimé !

Wong Jing semble avoir toujours été intéressé par le milieu des triades. Il n’y a qu’à voir le nombre de films sur le sujet qu’il a produits ou réalisés : The HK Triad (1999), A True Mob Story (1998), Century of the Dragon (1999), Colour of the Truth (2003), Colour of the Loyaulty (2005) et bien d’autres. Pareil pour le sujet de la corruption dans la police comme par exemple avec le film I Corrupt All Cops (2009). Deux sujets qui vont d’ailleurs souvent très bien ensemble et qu’on va retrouver ici. Nous avons d’un côté Ng Sik Ho, également appelé Crippled Ho ou encore Limpy Ho, figure emblématique des triades dans les années 60/70, incarné par un Donnie Yen à contre-emploi mais qui signe ici une de ses meilleures prestations, non loin de celle d’un Ip Man. De l’autre, nous avons Lee Rock, policier connu pour avoir grandement participé voire même organisé une corruption à grand échelle dans la police de Hong Kong à peu près à la même période. Ce dernier est joué par Andy Lau, magistral également, qui avait déjà interprété ce personnage en 1991 et 1992 dans la trilogie Lee Rock de Lawrence Ah-Mon produite pas… Wong Jing ! Oui, ce dernier a de la suite dans les idées.

Et alors qu’on aurait pu s’attendre à une énième histoire de gentil flic se frittant contre un méchant baron de la drogue, Wong Jing surprend avec cette histoire de flic corrompu qui va « faire équipe » avec un mafieux afin de dominer tout Hong Kong. Bien entendu, le réalisateur va favoriser le divertissement au détriment des faits historiques. Le personnage de Crippled Ho était en réalité bien plus violent et sans pitié. Andy Lau et Donnie Yen jouent plus des antihéros que de vrais vilains, les vrais méchants étant clairement les Anglais avec en tête de liste le personnage de Hunter, ce « gweilo » qu’on aime détester et qui a toutes les qualités pour : raciste, corrompu, stupide et qui se croit supérieur.
Jing va peaufiner ses personnages, pousser leur développement, les faire évoluer afin que, malgré leurs agissements, somme toute très répréhensibles, on s’attache immédiatement à eux. Il en est de même pour les seconds rôles très travaillés, comme celui interprété par le toujours talentueux Kent Cheng (Crime Story, Run to Kill). Les interactions entre les personnages sont toujours un régal et l’alchimie qui règne entre eux fonctionne à merveille.

Gros budget aidant, la reconstitution de ce Hong Kong des années 60/70 ne tombe jamais dans le kitch. C’est toujours crédible, et le travail de réalisation de Wong Jing est à saluer. Les scènes d’action sont longues et soignées, parfois très brutales, voire même sanglantes. Jing nous prouve que Hong Kong garde une grande maîtrise dans les gunfights. On retrouve tous les codes des films du genre : respect, suspicions, trahisons, revanches, fraternité, règlements de comptes, … L’équilibre entre drame, humour et action est savamment dosé.
Mais… Car oui il y un « mais » … On a l’impression, et ce malgré une durée déjà conséquente de 2h09, qu’il manque bon nombre de scènes et qu’un montage sans doute bien plus long devait être prévu initialement. On dirait qu’il manque du liant entre certaines scènes qui, du coup, paraissent parfois manquer de consistance et de crédibilité. A l’inverse, la scène post générique est de trop et ne semble être là que pour faire plaisir à la censure chinoise, chaque personnage regrettant un peu son passé… Ils se sont enrichis, certes, mais à quel prix ? A noter que l’ascension dans les triades de Crippled Ho a déjà été mis en images dans le film To Be Number One (1991) (Le Parrain de Hong Kong chez nous) de Poon Man-Kit, certains pensant même que Chasing The Dragon en serait un reboot/remake.

LES PLUSLES MOINS
♥ Très bonne mise en scène
♥ Excellent casting
♥ Reconstitution crédible
⊗ Les trous dans le scénario
Chasing The Dragon est un divertissement solide mis en boite par un Wong Jing maîtrisant relativement bien son sujet. Le duo Andy Lau / Donnie Yen, réuni pour la première fois à l’écran, fonctionne à merveille et, même s’il y aurait à redire sur le film, on passe un très bon moment.



Titre : Chasing The Dragon / King of Drug Dealers / 追龙
Année : 2017
Durée : 2h09
Origine : Hong Kong / Chine
Genre : Les triades, la corruption, la vie
Réalisateur : Wong Jing, Jason Kwan, Aman Chang
Scénario : Wong Jing, Jason Kwan, Philip Lui, Howard Yip

Acteurs : Donnie Yen, Andy Lau, Kent Cheng, Phillip Keung, Wilfred Lau, Yu Kang, Kent Tong, Michelle Hu, Raquel Xu, Felix Wong, Ben Ng, Bryan Larkin

 Chui lung (2017) on IMDb














A propos de Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

2 Comments

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  1. Quand il veut Wong Jing peut etre un bon realisateur car cette histoire on la deja vu et revu c’est juste que cette fois c’est bien fait.
    Donnie joue vraiment bien en plus il a une moustache mais ce con a decider de ne plus faire ce genre de film il ne fera plus que du cinema positif, il est en train de ce transformer en Jackie.
    Oui on sent bien les coupes par moment, par exemple le personnage de Michael Chan a l’air d’etre important mais il a deux ligne de dialogue
    La fin est moraliste mais j’ai vu plein de film de triades qui faisait limite l’oppologie du truc transformait c’est mec en hero alors que ce sont des salopards, ils ont la classe sont courageux mais ce sont des salopards

  2. Disons que avec Wong Jing, c’est quitte ou double. Ce coup-ci, j’ai adhéré.

    En fait, quand je regarde les critiques de ce film sur le net, il divise vachement. Certains trouvent la réalisation inadaptée pour ce genre de film, trouvent Donnie Yen complètement à coté de la plaque car il en fait trop. D’autres à l’inverse ont carrément accroché. Moi j’ai pris le film comme un divertissement malgré les triades, les codes d’honneur tout ça tout ça, et je pense que c’est comme ça qu’il fallait le prendre. C’est d’ailleurs ainsi que Wong Jing l’avait prévu si on prend en compte ses dires sur le film.

    Pour le final, je l’aurais vu un peu plus noir. Je me fiche que la fin soit moraliste ou pas, là n’est pas la question. J’aurais vu un truc plus épique, à la ciné HK, avec des mecs (Donnie ou Andy), criblés de balle, en mode ultra exagération. Un truc plus nihiliste, qui aurait complètement contrasté avec le ton parfois léger du film avec son humour, ses scènes plus « cools »…

    Et oui, l’exemple de Michael Chan, j’y pensais en disant qu’on aurait dit qu’il manquait des bouts de films, mais pas que. Certains moments en thaïlande également. Ou alors plus de scènes dans le passé avec la petite fille que Donnie « recueille » par exemple

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