[Interview] Cynthia Rothrock

Championne du monde de taekwondo en poumsé et armes blanches durant 5 années consécutives de 1981 à 1985, elle a obtenu une ceinture noire 7e Dan en 2011 et est actuellement détentrice de 6 ceintures noires dans des arts martiaux différents : Tang Soo Do (coréen) ; Tae Kwon Do (coréen) ; Eagle Claw (chinois) ; Wu Shu (chinois, contemporain) ; Northern Shaolin (chinois, classique) ;
Pai Lum Tao Kung Fu (chinois, contemporain).

Elle est embauchée pour tenir un rôle dans un film réalisé à Hong Kong, Superflics à Hong Kong (autre titre français : Le Sens du devoir 2. Titre international : Yes Madam), où elle partage la vedette avec Michelle Yeoh. Elle réside durant plusieurs années à Hong Kong en tournant des films d’actions, devenant l’un des premiers occidentaux à tenir régulièrement des rôles principaux dans des films chinois. Elle tient en 1989 son premier rôle dans un film d’action tourné en langue anglaise, Karaté Tiger 2, coproduction américano-hongkongaise. Elle revient ensuite aux États-Unis et se fait un nom dans des films de série B, avant de ralentir ses activités cinématographiques dans les années 1990 pour donner des cours de karaté. Elle est productrice sur certains de ses films.

En 1992, le personnage de Sonya Blade est inspiré de Cynthia Rothrock dès le premier jeu vidéo Mortal Kombat.


– Comment a commencé votre carrière dans le cinéma ?

A ce moment là, j’étais N°1 dans l’élaboration des figures et maniement d’armes des West Coast Studios. J’étais dans la célèbre équipe  » West Cast Demo team « . Ernie Reyes a reçu un appel de Paul Maslak, l’éditeur du magazine Inside Kung Fu, qui lui a dit que des producteurs hongkongais auditionnaient des gens pour devenir le prochain Bruce Lee. Ils ont dit qu’ils recherchaient un gars mais qu’il pouvait également présenter des filles pour faire les essais. Il y avait là des centaines de personnes. J’ai fait une démonstration de plusieurs figures et armes ainsi que de self défense et ils ont décidé de prendre une fille à la place d’un gars quand ils ont vu mes enchaînements.


– Vous êtes une grande artiste martiale, pouvez-vous nous en dire plus sur tous les styles que vous avez appris ?

Je suis ceinture noire en Tang Soo Do, Tae Kwon Do, Pail Lum Kung Fu, Eagle Claw Kung Fu, Northen Shaolin et en Wu Shu. J’ai aussi étudiée le Tai Chi et le Shaolin Kenpo.


– Comment avez-vous eu votre rôle dans Righting Wrongs ?

J’avais déjà terminé  » Yes Madam  » et  » Shanghai Express « . Je devais faire un film avec Jackie Chan (ndlr : Armour of God). C’est à ce moment là qu’il s’est blessé grièvement à la tête lors d’une chute. Golden Harvest a alors décidé qu’ils ne voulaient pas attendre qu’il se rétablisse et ils m’ont mis sur le tournage de Righting Wrongs.


– A-t-il été difficile de vous adapter au rythme des chorégraphies hongkongaises ?

Cela a été difficile de s’adapter aux enchaînements. Je suis tombée amoureuse de la manière dont les chorégraphes hongkongais assemblent les scènes de combat. Je crois que la chose la plus difficile pour moi a été de m’habituer à être frappée si durement pendant les scènes de combat.


– Vous venez des États-Unis et avez souvent travaillé pour le cinéma de Hong Kong. Avez-vous ressenti une différence dans la manière dont les gens de Hong Kong vous traitez ? N’y avait-il pas une barrière de la langue du fait que vous parliez l’anglais et non le dialecte local, le Cantonais ?

Au début, je pense que les gens avec qui je travaillais ne savaient pas trop comment me traiter. Ici j’étais la petite femme blonde qui allait devoir se battre et être battue durement. Ils ont été délicats jusqu’à ce qu’ils aient vu ce que je pouvais faire. À partir de là j’ai été traité comme les autres gars tout au long des combats.

Peu de gens parlaient l’anglais. C’était mon premier film et je n’avais aucune indication sur ce qui allait se passer. Le premier jour du tournage, ils m’ont donné un texte  » I want to fight you  » (je veux me battre contre toi) et j’étais si nerveuse que j’ai dit  » I want to bite you  » (je veux te mordre). J’ai éclaté de rire mais personne n’a même esquissé un sourire. Ils me regardaient comme quelqu’un de bizarre, j’ai alors réalisé que personne n’avaient compris ce que j’avais dit. Après un an j’ai commencé à apprendre la langue, aussi mes conversations pouvaient aller plus loin que le simple bonjour, comment allez-vous ?

En ce qui concernait le travail, il y avait beaucoup de signes de mains et je suivais le premier rôle pour les cascades Ce genre de langage est universel.


– Comment voyez-vous le fait que vous étiez une des rares occidentales à Hong Kong qui jouait des rôles positifs ?

Je pense que j’étais une denrée rare. J’étais une femme plutôt mignonne et qui se battait comme un gars. Je ressemblais à la voisine de palier aussi ils aimaient le fait que quand le public me voyait ils devaient s’attendre à une grande surprise. Je n’oublierai jamais mon premier film  » Yes Madam « . Nous étions à la première et le public est devenu complètement fou et déchaîné. C’était surréaliste pour moi, mais j’adorais cela.


– Pourquoi pensez-vous que les réalisateurs vous ont choisi des partenaires généralement occidentaux, tel que Jeff Falcon qui s’est battu avec vous au moins dans 3 films (Inspectors Wear Skirts, Lady Reporter et Prince of the sun). Est-ce une question d’efficacité du point de vue du rythme des chorégraphies ou plus un choix commercial (Peut-être que le public Chinois ne voulaient pas vous voir battre des chinois) ?

Jeff était un occidental qui pouvait se battre comme un cascadeur hongkongais. Il pouvait suivre l’action et ne se plaignait pas. Voilà ce qu’ils aimaient. Bien sûr, c’était une question d’efficacité mais les locaux aimaient voir les occidentaux se faire esquinter. Je pense que j’étais une des premières occidentales à jouer un premier rôle de gentil.


– Pouvez-vous nous en dire plus sur vos relations avec Karen Sheperd et Yuen Biao ?

J’ai adoré travailler avec Yuen Biao. De toutes les personnes avec qui je me suis battue, c’est avec lui que cela a été le plus facile. Notre timing semblait être le même. Pendant le tournage de Righting Wrongs, Biao ne parlait pas un mot d’anglais aussi nous avons beaucoup sourit et beaucoup parlé avec les mains.

Je sentais que Karen ne m’aimait pas vraiment. A ce moment là, Karen et moi ne nous parlions pas beaucoup. Aussi mon attitude a été si tu ne m’aime pas soit, je ne vais pas m’en soucier. Karen était numéro un quand je suis entrée dans le circuit professionnel. La première année où j’ai fais des compétitions je suis devenue numéro un. Personne ne m’a jamais battue dans les figures féminines pendant mes cinq années de compétitions. C’est quelque chose dont je suis très fière parce que ce record n’a jamais été battu. Je m’entraînais comme une malade. Je suis venue à Hong Kong et en Chine pour continuer à être la meilleure.

Quand nous avons été sur le point de tourner Righing Wrongs, le réalisateur Corey Yuen demanda si je voulais Karen ou son instructeur Malia pour se battre avec moi. Même en sachant que Karen ne m’aimait pas, je l’ai choisi car je pensais qu’elle serait la meilleure. Je ne pense pas que Karen m’aurait choisi à ce moment là, ha ha ! Maintenant nous sommes amies.


– Comment voyez-vous l’action dans les films de Hong Kong comparé à l’action des films américains ? Essayez-vous d’utiliser de que vous avez appris à Hong Kong dans vos films américains ?

J’ai toujours été une grande fan des films de Hong Kong. Quand j’étais une jeune fille, mon instructeur Shum Leung m’emmenait à Chinatown toutes les semaines pour voir des films d’action. L’action devient meilleure dans les films US, mais je pense que c’est dû au fait que beaucoup de cascadeurs de Hong Kong sont venus ici pour travailler en tant que chorégraphes. Ils ont toujours fait des scènes de combat et personnellement je pense qu’ils sont les maîtres en ce domaine.

La création d’une cascade à Hong Kong prend beaucoup de temps à préparer. La fin de Yes Madam a pris un mois à elle toute seule. Quand vous faites des films d’action à bas budget aux States, le film en entier ne prend même pas un mois. Quelques fois, faire de l’action ne dépend pas seulement de vous. Cela dépend aussi de la personne avec qui vous vous battez. Si je me bas avec un cascadeur de Hong Kong, ce sera différent que si je me bas avec un cascadeur américain. J’ai essayé sur beaucoup de films de faire venir ici un cascadeur de Hong Kong pour se battre avec moi. C’est très dur à cause du budget. Aussi, j’ai toujours pensé que mes meilleurs combats sont dans des films de Hong Kong à cause des chorégraphes et des cascadeurs.


– Dans le show télévisé « Hercules: the legendary Journeys » vous vous battez contre Karen Sheperd pour la seconde fois de votre carrière. Comment se sont passées vos retrouvailles ?

Je me suis à nouveau battue avec Karen dans Hercules. Je pensais que c’était un grand épisode et je n’ai senti aucune tension. J’ai vraiment eu du bon temps. Cela a été une de mes meilleures expériences cinématographique car j’aimais travailler avec kevin Sorbo.


– Que pensez-vous de vos rivales directes dans the girls with guns movies : Yukari Oshima, Michelle Yeoh et Michiko Nischiwaki ?

Je pense que Yukari, Michelle et Michiko sont toutes les 3 très bonnes.


– Pourquoi avez-vous arrêté de faire des films à Hong Kong et êtes vous retourné aux USA en 1993 ?

J’avais prévu de tourner deux films pour Golden Harvest en Utah. Il y avait China O’Brien 1 et 2. J’avais aussi signé pour jouer l’adversaire de Sylvester Stallone dans un film  » The Executionner  » mais ce n’a jamais eu lieu. À partir de là, j’ai systématiquement travaillé aux USA.


– Quel est le rôle dont vous êtes la plus fière ?

Eh bien, pour les combats je dirais Lady reporter, un film de Hong Kong. Et pour le jeu, Outside the Law.


– Quels sont vos projets ?

Au début de l’année prochaine, je vais commencer le tournage d’un film appelé « Zero to the bone » et ensuite au printemps je vais tourner une série TV en Angleterre et au Benin


– Enfin, que voudriez-vous dire à vos fans français ?

Merci beaucoup pour avoir été des fans tout au long de ces années. J’espère que vous continuerez à apprécier mes films et si vous voulez me contacter vous pouvez le faire sur Cynthiarothrock.org


Nous remercions Cynthia Rothrock pour son amabilité et sa disponibilité.

Propos recueillis et traduits par Tavantzis Nicolas (Ryô Saeba), novembre 2005.

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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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