[Film] The Vast of Night, de Andrew Patterson (2020)


À la fin des années 50, lors d’une nuit fatidique au Nouveau-Mexique, une jeune opératrice téléphonique, Fay, et le charismatique DJ radiophonique Everett, découvrent une étrange fréquence sonore qui pourrait changer leur petite ville et l’avenir à tout jamais.


Avis de Cherycok :
Se lancer dans un film dont on ne sait strictement rien, dont on ne connaissait même pas l’existence quelques temps avant, et en sortir avec cette excellente sensation d’avoir passé un bon moment devant un bon film, c’est ça que je recherche dans le cinéma. Partager ensuite mon enthousiasme pour le faire découvrir à d’autres, en espérant que certains se lancent dans l’expérience et l’apprécient à leur tour, c’est ce qui fait que j’écris des chroniques de films depuis plus de vingt ans maintenant. C’est la même chose avec les mauvais films, si je peux permettre à certains de ne pas perdre 1h30 de leur temps. Je vais donc vous parler de The Vast of Night, car je suis persuadé que la majorité d’entre vous ne connait pas, alors que c’était drôlement bien !

The Vast of Night, c’est le premier long métrage de Andrew Patterson. Ce dernier n’est pas seulement réalisateur, mais également scénariste, monteur et producteur. Il a entièrement financé son film avec les revenus de son travail de production de publicités et de courts métrages. 700000$US afin de produire un film de science-fiction minimaliste, comme un retour aux sources du genre. Un hommage au cinéma fantastique des années 50 et 60, plus particulièrement au travail de Rod Serling, créateur de la série La Quatrième Dimension, taillé pour les Festivals bien qu’il ait eu du mal à se faire accepter. Tourné en 17 jours en 2016, monté en pas moins d’un an, The Vast of Night essuie refus sur refus avant d’arriver finalement au Slamdance Film Festival de 2019 présidé par Steven Soderbergh et dans lequel il gagne le prix du Meilleur Film Narratif. C’est le début d’une tournée des festivals dans lesquels il est nominé plus de 40 fois, gagne pas moins de 11 prix, et est repéré par Amazon Studios en septembre 2019 qui décide de lui donner une sortie cinéma dans les drive-in aux États-Unis le 15 mai 2020, et de le proposer dans son catalogue Prime Video à partir du 29 mai 2020. A l’heure où le cinéma de science-fiction hollywoodien ne jure que par la surenchère, les CGI à outrance, avec des budgets astronomiques, tout en démontrant au monde entier qu’il a clairement du mal à se renouveler, Andrew Patterson va nous proposer avec The Vast of Night un film tout simple (mais pas simpliste), aussi bien dans sa forme que dans son fond. Un film rendant un hommage appuyé à la science-fiction des années 50/60, dès son générique parodiant ouvertement le générique de la célèbre série La Quatrième Dimension, farci de références (le nom de la station de radio WOTW renvoyant à War of the Worlds de H.G. Wells, le nom de la ville Cayuga qui renvoie à la boite de prod Cayuga Productions de Rod Sterling, …) jamais gratuites. Le tout est mêlé à une sorte de trip parfois expérimental où les sons, les voix, la musique, sont presque plus importants que l’image, un comble pour un film !
L’histoire est toute simple : dans les années 50, une jeune standardiste et un animateur radio assistent à un phénomène étrange sur les ondes alors que la population assiste à un match de basket. L’émission est soudain coupée par un son très étrange qui les inquiète. Après avoir lancé une sorte de « jeu » afin de recueillir l’avis et les témoignages des auditeurs, ils se demandent de plus en plus si leur petite ville du Nouveau-Mexique n’est pas en train de subir une attaque extra-terrestre. Ils décident d’enquêter, à leur petit niveau.

L’immersion dans les années 50, est quasiment immédiate et, dès la longue introduction durant laquelle nous allons suivre les deux principaux protagonistes longuement discuter, on va se rendre compte que Andrew Patterson veut s’attarder sur la puissance des mots, sur leur résonance bien plus forte que tout autre chose à l’époque, là où de nos jours tout passe essentiellement par l’image. On va être happés par ces longs dialogues, par ces monologues via les témoignages de certains personnages, dans une mise en scène quasi statique durant une bonne majorité du film, tourné dans un nombre très restreint de décors. On est presque dans un huis-clos se déroulant entre un standard téléphonique et une cabine de radio, avec un nombre également très restreint de personnages. Le réalisateur va jouer avec cela, s’amusant avec un plan séquence fixe dans lequel l’héroïne va répondre au téléphone durant plus de neuf minutes sans aucune coupe (oui, je sais, c’est le principe du plan séquence) et sans que cela devienne rébarbatif. Pas de scène d’action, essentiellement du dialogue, et pourtant un film ultra dynamique grâce à un montage très intelligent. Mention spéciale à un plan séquence durant lequel la caméra traverse toute la ville à une vitesse folle, sans doute parfois aidé par le numérique, tout simplement bluffant. The Vast of Night va énormément jouer sur la suggestion des choses, va amener le spectateur à s’interroger. Très vite il met ses questions en place. Est-ce que les extra-terrestres sont réellement là ? Est-ce qu’on va s’apercevoir que tous les personnages se sont montés le bourrichon pour rien ? Est-ce que le réalisateur s’amuse avec les théories du complot très florissantes à cette époque ? Mais alors que tout le film joue sur la puissance des mots et des sons, il va complètement inverser la tendance lors de son final. Plus aucune parole, plus aucun bruit, et il va laisser parler la puissance des images, leur donnant encore plus d’impact alors qu’elles sont au final toutes simples. L’immersion est totale, le charme fonctionne à merveille. Le travail de Andrew Patterson est une vraie réussite, tout comme le jeu des acteurs, couplé à une vraie mise en abime du genre. Quand on pense qu’il s’agit ici d’un premier film, on se dit clairement qu’il est un réalisateur à suivre de très près.

LES PLUS LES MOINS
♥ Un duo d’acteurs qui porte le film
♥ Une ambiance rétro impeccable
♥ Une mise en scène propre
♥ La simplicité au service du Cinéma
⊗ Quelques scènes un peu trop cut
⊗ Une intro qui peut décontenancer
The Vast of Night est un film de SF retro simple (mais pas simpliste), sans prétention, mais vraiment prenant, avec une ambiance au top et une exécution quasi parfaite. Un vrai moment de cinéma, non dénué de défauts, mais plein d’amour envers le genre auquel il rend hommage.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le plan séquence de Fay au standard téléphonique dure neuf minutes et quarante secondes et a été coupé à partir d’une prise originale de 11 minutes.
• Le nom du personnage Renny est une référence à l’acteur Michael Rennie, qui jouait l’extraterrestre Klaatu dans Le Jour où la Terre s’arrêta… (1951).
• Santa Mira est mentionnée à quelques reprises. Santa Mira est également le nom de la ville fictive de Californie dans le film de 1956 : Invasion of the Body Snatchers.
• Bien que la ville fictive de Cayuga dans le film soit située dans le Sud-Ouest, il existe un véritable village Cayuga dans le comté de Cayuga, dans l’État de New York. Le village tire son nom du peuple indigène Cayuga.


Titre : The Vast of Night
Année : 2020
Durée : 1h31
Origine : U.S.A
Genre : La Quatrième Dimension
Réalisateur : Andrew Patterson
Scénario : Andrew Patterson, Craig W. Sanger

Acteurs : Sierra McCormick, Jake Horowitz, Gail Cronauer, Bruce Davis, Cheyenne Barton, Mark Banik, Gregory Peyton, Adam Dietrich, Mallorie Rodak

 The Vast of Night (2019) on IMDb


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Oli
Oli
1 avril 2021 11:16

J’ai trouvé ça tellement long, ennuyeux à mourir, inintérressant… Je n’en pouvais plus en attendant une fin annoncée très tôt dans le récit.

Affreux pour moi.

Oli
Oli
Reply to  Cherycok
3 avril 2021 15:10

Ahahah ! Tu as bonne mémoire. De toute façon tant qu’on est d’accord sur FURY ROAD, le reste hein… c’est pas grave ! 🙂