[Film] The Glorious Asuka Gang, de Sai Yôichi (1988)


199X à Kabukichô. Asuka est un ancien membre d’un gang de la ville, et va mettre à mal les opérations illégales des autres gangs ainsi que de la police corrompue du quartier.


Avis de Rick :
Replongeons une nouvelle fois dans cette merveilleuse décennie que fut les années 80, et direction le Japon avec The Glorious Asuka Gang, œuvre de Sai Yoichi adaptant un manga et s’éloignant clairement de son matériel de base pour aller chercher son inspiration ailleurs, et livrer une œuvre certes aujourd’hui un peu datée de par son concept même d’anticipation des années 90 (qui paraissent maintenant bien loin donc), mais qui a son ambiance, son charme fou, une actrice qui a un charisme fou à l’écran, et parfois, une violence qui fait plaisir. Même si tout n’est pas parfait, loin de là, notamment justement via Asuka, son personnage principal. Nous sommes donc dans le futur du passé des années 90, et dès sa scène d’ouverture, nous comprenons où nous mettons les pieds, et surtout nous comprenons où le métrage a été chercher ses inspirations. Il ne faut que quelques minutes, voire quelques plans pour y voir là des inspirations en provenance d’Akira pour rester au Japon, ou de l’autre côté du globe, y voir une claire influence de la part du cinéma de Walter Hill et sa manière de filmer des rues nocturnes et mal famées, comme dans The Warriors. Mais pourquoi pas, quitte à avoir des influences, autant ne pas aller les chercher n’importe où, surtout que son futur imaginant des flics fascistes et des rues contrôlées par divers gangs, vendant une drogue qui va amener bien des soucis. Car outre Asuka donc, au centre de tout, puisque venant foutre le bordel entre les gangs en stoppant l’approvisionnement de ladite drogue, elle sera aidée par une amie, dont la sœur est de l’autre côté, travaillant plutôt pour les gangs, et étant surtout légèrement accro. Autour d’elles, tout un tas d’autres personnages, comme Toki, qui va essayer de rallier Asuka à son propre gang.

Car finalement, on pourra dire que le titre est un brin mensonger, Asuka agissant le plus clair du temps en solo, avec personne pour couvrir ses arrières, et faisant ce qu’elle veut faire sans rendre de compte. Un détail certains me dirons. Le métrage en tout cas a de quoi séduire immédiatement. Déjà de par le soin technique apporté au film. Que ce soit la mise en scène, la photographie nocturne, l’ambiance sonore (et je ne parle pas des chansons connues que l’on entendra a quelques moments) ou même, puisque ça se bastonne souvent, les bastons, c’est du bon boulot, surtout que l’on imagine facilement derrière un budget assez restreint, mais utilisé de manière intelligente. Petit budget, donc pas forcément des tonnes de figurants (quoi que, dans certaines scènes clés), ni même des tonnes de lieux, et le film tourne ça à son avantage, en utilisant des lieux souvent plus petits, mais avec un visuel assez dense dans les détails, et permettant ainsi de maximiser ce qui sera présent dans le cadre. Exactement ce qu’il fallait faire pour que l’ensemble reste crédible sur toute la durée du métrage. Au niveau des chorégraphies pour y revenir, on pourrait dire que leur gros point fort est de ne jamais en faire des tonnes, pour un rendu plus brut, plus réaliste. Asuka par exemple, jouée par Tsumiki Miho, n’est pas forcément forte, mais sait donc utiliser ses talents comme il faut, jouant plus sur son agilité, sur quelques gadgets par moments (des petites bombes par exemple). Il est clair que face à certains personnages, si elle restait à mains nues, un contre un, elle ne ferait pas long feu. L’actrice est d’ailleurs parfaitement convaincante dans le rôle, tout comme beaucoup d’autres parcourant le récit, que ce soit du côté d’Asuka, ou des bad guys, qu’ils soient flics ou fassent parti des gangs. Même si on notera un certain surjeu du côté de la police, probablement volontaire.

Niveau personnages, Yoko et sa sœur Miki sortent leur épingle du jeu, apportant des conflits dans le récit, mais ayant droit à un développement plutôt sympathique. Yoko notamment, face à ses addictions, se retrouvera avec pas mal de conflits face à elle, qui en font un personnage loin d’être manichéen, même si parfois détestable. Finalement, niveau écriture, le petit point noir du métrage, ce sera Asuka en elle-même, dont les actions sont claires à l’écran, mais qui manque cruellement de background, de motivation (autre que de sauver son amie dans le dernier acte). Et il faut bien en parler, mais de manière plutôt surprenante, vu le public visé par le manga de base, mais The Glorious Asuka Gang, cette version de 1988, fait des choix assez violents par moment, qui éloigne alors l’œuvre de son public de base. Combats violents dans la rue, passages à tabacs, meurtres radicaux, exécutions par la police en pleine rue. Ça ne pardonne pas, ça y va franco, et ça rapproche encore plus l’œuvre d’un certain cinéma de la fin des années 70, début 80, et ça aussi ça fait franchement plaisir. Beaucoup de bonnes choses donc, dont ironiquement, le point faible du film pourrait être le personnage d’Asuka, pourtant crédible à l’écran, bien interprété, que l’on a plaisir à suivre, mais manquant de développement. Mais pour un pur film de divertissement dans un univers d’anticipation, ne dépassant même pas les 100 minutes, on lui pardonne.

LES PLUS LES MOINS
♥ Visuellement très travaillé
♥ De bonnes chorégraphies
♥ Le casting
♥ L’ambiance purement années 80
♥ Sombre et violent
⊗ Asuka elle-même manque de développement
⊗ Certes, c’est le futur (passé) des années 90

The Glorious Asuka Gang s’éloigne du manga qu’il adapte pour être une œuvre à part, plus sombre, plus violente, allant chercher ses inspirations du côté d’Akira et du cinéma de Walter Hill. Si tout n’est pas parfait, l’ensemble se suit avec grand plaisir.


THE GLORIOUS ASUKA GANG est sorti chez Spectrum Films en Blu-ray, accompagné du film LET HIM REST IN PEACE, au prix de 30€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En Plus du film, on retrouve : Essai Video de Jasper Sharp et Bande-annonces.


Titre : The Glorious Asuka Gang – 花のあすか組!
Année : 1988
Durée : 1h40
Origine : Japon
Genre : Asuka mais sans gang
Réalisateur : Sai Yôichi
Scénario : Sai Yôichi

Acteurs : Tsumiki Miho, Kikuchi Yôko, Takeda Kumiko, Goda Kazuhiko, Ishibashi Tamotsu, Ishida Hikari, Itô Yôzaburô et Katsuragi Yuki

Hana no asuka gumi! (1988) on IMDb


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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Nasserjones
Nasserjones
17 décembre 2023 10:33

Film très étrange, très ancré dans son époque. Beaucoup trop d’ailleurs, j’ai eu l’impression d’être devant le clip Bad de Michael Jackson. L’ensemble fait très clip MTV des années 80. Il y a pas vraiment de scénario et les personnages sont inintéressants, le réal a tout miser sur l’ambiance et l’action sauf que l’ambiance MTV rock 80’s ça prend difficilement aujourd’hui. Les scènes d’action très Kinji Fukasaku restent fun, très énergique et l’utilisation du tube des Rolling Stones en thème principal est sympa. J’ai pas vraiment aimé mais c’était marrant à découvrir, c’est un vrai OVNI. Il y a un petit documentaire en bonus sur le blu ray Spectrum qui retrace la carrière du réalisateur Saï Yôichi et ça m’a vraiment donné envie de découvrir son œuvre très variée. Je me fais bientôt le deuxième film du coffret Let him reste in peace qui a l’air d’être un film complètement différent.