[Film] The Fallen, de Lee Cheuk-Pan (2019)

Un puissant syndicat du crime, responsable de l’essentiel de la production de crystal meth en Asie du Sud-Est, risque d’être déchiré entre Vulcain et Tempest , tous deux héritiers potentiels du leader mégalomane actuel « The Don », jusqu’à ce qu’au retour de Rain Fuyu, la fille adoptive de Don, formée par lui pour lui succéder un jour, jusqu’à sa disparition il y a 20 ans.


Avis de Rick :
Lee Cheuk-Pan est un de ses nouveaux réalisateurs qui après quelques années comme assistant, est passé donc pleinement derrière la caméra récemment, en 2019, signant deux métrages la même année. Malheureusement pour lui, autant G Affairs que The Fallen sont totalement passés inaperçus. Pire, ils ne furent pas bien accueillis par le public, et autant sur les sites spécialisés que généralistes, les bons avis se font rares, et les moyennes tournent, lorsqu’il a de la chance, autour de 5/10. Les signes d’un mauvais réalisateur ? J’aurais aimé dire que c’est le cas, puisque cela aurait pleinement simplifié l’analyse, mais ce n’est pas le cas. Une chose est sûre par contre, c’est que si Lee Cheuk-Pan est bourré d’idées et maitrise totalement le côté technique de son film, il lui faudrait par contre un vrai scénariste. Ou du moins, un scénariste plus assidu. Car The Fallen, c’est le premier scénario de Ray Yang Chiu-Yui, mais également son dernier, lui qui n’a sinon été qu’assistant réalisateur sur… G Affairs. Tout est lié. Il livre un scénario simple, ce qui, dans le fond, n’a jamais été un souci à Hong Kong, puisque souvent, simplicité peut rimer avec efficacité. Surtout que pour The Fallen, on navigue pleinement dans un genre que Hong Kong maitrise… maitrisait… maitrise encore de temps à autres. Je veux bien entendu parler du polar. The Fallen, film portant très bien son nom par ailleurs, c’est donc plus ou moins l’histoire de Rain Fuyu, fille d’un parrain, le Don. Sauf que cela fait 20 ans que Rain a disparue, mais elle réapparait alors que le Don passe l’arme à gauche et qu’il est question de succession. Il y a Kenny Kwan, le fils adoptif, petit nouveau peu apprécié, il y a Eddie Chen, l’oncle Vulcan, qui connait bien l’entreprise de meth et se verrait bien à sa tête, et Rain donc, qui réapparaît pile quand il faut.

Il ne faut pas avoir fait BAC + 3 pour comprendre immédiatement là où le scénario veut nous emmener, mais là n’est pas encore un souci. Ajoutons à cela, pour « complexifier » un poil l’intrigue, la présence d’une fille illégitime, Snow, qui elle aussi refera son apparition à ce moment charnière. Donc, dans les faits, The Fallen, c’est la classique petite guerre pour savoir qui sera à la tête de l’entreprise, qui prouvera qu’il a plus de valeur que les autres, entre le vieux qui connait bien tout ça, le petit nouveau, et Rain, Irene Wan donc, qui va se la jouer femme fatale et manipuler un peu tout le monde, et nous rappelle que oui, les défénestrations dans Tiger Cage et les virées touristiques mal chanceuses de Fatal Vacation, c’est bien loin. Un rôle exigeant, puisque la jeune femme, en plus de manipuler un peu tout le monde autour d’elle (ou bien est-elle aussi manipulée ?), et de trainer avec des films infiltrés, est légèrement accro à sa propre drogue, et se perds parfois quelque peu entre rêve et réalité, entre passé et présent. La jeune femme trouve donc un rôle assez exigeant, assez physique (et pas seulement car elle passe au lit avec plus d’une personne), celui de la femme fatale, mais de la femme fatale légèrement paumée dans sa tête. Ce qui permet alors au réalisateur de se lâcher en technique. L’histoire donc comme déjà énoncé, elle est simple, facile, souvent prévisible. Mais techniquement The Fallen est un objet filmique très soigné et débordant de petites idées fort sympathiques. Plus le film avance plus la caméra semble totalement libérée, celle-ci se jouant alors de la temporalité au sein d’un même travelling, et n’hésitant pas non plus à dévier des plans classiques filmant l’action de manière bien plus académique. Ce n’est pas parfait non plus, notamment au niveau du montage, puisque l’enchainement entre certaines scènes paraît d’ailleurs étrange, comme si parfois, il manquait quelques plans.

Mais, pour ce que le film tente de véhiculer, ça fonctionne. Rain est perdue, la caméra perd ses repères, et le spectateur lui se doit d’être désorienté. Mention spéciale par ailleurs à la photographie signée Karl Tam Ka-Ho, qui signait là seulement son deuxième travail à ce poste, et qui prouve donc clairement qu’il sait ce qu’il fait, et qu’il sait comment l’avoir. L’expérience n’est certes pas volontairement plaisante, mais être dans la tête de Rain ne devrait de toute façon pas l’être. Où est-ce que ça coince véritablement alors, outre la légèreté du propos ? Et bien The Fallen se tire une balle dans le pied dans ses derniers instants, où au lieu d’accepter la simplicité de son propos, il tente de complexifier artificiellement le tout, à tel point que l’on pourrait presque, avec un sourire en coin et un peu de mauvaise volonté, rapprocher les twists du métrage de twists provenant de la saga Saw. La dernière partie du métrage se croit maligne et en fait des caisses, toujours dans un style visuel certes appliqué, mais qui n’est pas réellement crédible, et qui contredirait presque le parcours du personnage effectué jusque-là. De quoi condamner le film ? Tout de même pas. Avec sa courté durée, son visuel appliqué, Irene Wan clairement investie, The Fallen reste un polar certes mineur, parfois maladroit, mais intéressant.

LES PLUS LES MOINS
♥ Visuellement très appliqué et bourré d’idées
♥ Irene Wan a un rôle exigeant
♥ Un polar sombre et parfois malsain
⊗ Un scénario très simple
⊗ Un final qui en fait trop
note35
Souvent oublié ou très critiqué, The Fallen a pourtant pas mal d’atouts. Visuellement, c’est un plaisir pour les yeux, l’ambiance est au top, tout comme le casting. Non, c’est souvent dans le propos que ça coince, la faute à un scénario au départ très simple, qui se complexifie inutilement à la fin en se croyant malin.


Titre : The Fallen – 墮落花
Année : 2019
Durée :
1h36
Origine :
Hong Kong
Genre :
Policier
Réalisation :
Lee Cheuk-Pan
Scénario :
Ray Yang Chiu-Yui
Avec :
Irene Wan, Hanna Chan, Kenny Kwan, Eddie Chen, Alice Chan, Jess Sum, Ashina Kwok, Yanny Chan, Kyle Li, Xenia Chong et Melvin Wong
The Fallen (2019) on IMDb


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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Nasserjones
8 février 2024 10:46

Content que tu parles de ce film et de ce réalisateur. Pour moi, Lee Cheuk-Pan est le réalisateur le plus fou et le plus talentueux sorti de Hong Kong ces 20 dernières années, en gros depuis Soi Cheang et Wilson Yip. Malheureusement ses deux premiers films ne sont pas du tout maitrisés. Il y a un côté un peu Tsui Hark chez lui, trop d’idées, ça part dans tous les sens sans contrôle aussi bien visuellement que thématiquement. Parce-que tu n’as pas tout dit dans ta critique mais en plus des séquences de cauchemars éveillés lorsque l’héroïne se défonce et part dans des trips hallucinatoires il y a aussi une relation incestueuse tordue là-dedans et on est pas loin du Old Boy de Park-Chan Wook. Son premier film G Affairs était encore plus tordu avec un prof qui se tapait son élève, Chapman To qui obligeait un gamin à jouer du violon pendant qu’il se tapait des prostitués et un discours ultra nihiliste sur Hong Kong décrivant la ville comme un repère de pervers égoïstes. Et puis esthétiquement ses deux films sont incroyables, là aussi niveau couleur, montage ça part dans tous les sens. Vraiment dommage que les deux aient fait des bides, dans le contexte actuel pas sûr qu’on lui donne sa chance une troisième fois. Et oui comme tu le soulignes aussi on est très peu à l’avoir défendu Lee Cheuk-Pan.

Feroner
8 février 2024 18:44

J’ai beaucoup aimé G Affair et celui-ci je l’ai vu doublé en Mandarin et je déteste regarder des films HK doublé en Mandarin. J’ai jamais réussi a rentrer dans le film. Oui c’est étonnant de voir a quel point ces deux films aient autant peu fait parler d’eux alors qu’ils sont très intéressant . Dans le genre Kung Fu polar il y a eu The Brink sorti en 2017 qui aurait pu relancer le genre et non ça a pas marché mais depuis le réalisateur a fait Dust To Dust que j’ai pas vu.

Nasserjones
Nasserjones
Reply to  Feroner
8 février 2024 22:07

Dust to dust vu et pas génial. C’est un film très réaliste, très lent, complètement différent de The brink. Je l’ai trouvé assez soporifique.