[Film] Sweet Home, de Rafa Martinez (2015)

En Espagne, lorsqu’on veut expulser quelqu’un de son domicile, on utilise dans 85% des cas la négociation. Dans 13% des cas, on utilise la force. Dans les 2% restants, on utilise « d’autres » méthodes, bien souvent peu orthodoxes… C’est ce que vont apprendre indirectement à leur dépend Alicia et Simon, un jeune couple venu fêter son anniversaire en tête à tête dans un immeuble désaffecté dans lequel réside toujours un vieil homme très attaché à son petit appartement…


Avis de Cherycok :
Première réalisation de Rafa Martinez qui n’avait avant ça à son actif que quelques courts métrages mais une longue carrière dans le marketing cinématographique, Sweet Home est un des représentants de ce jeune cinéma espagnol dynamique, certes pas toujours réussi mais en général fait avec envie et un certain talent. Un cinéma manquant clairement de budget mais qui très souvent sait optimiser les choses afin de pallier à ce problème et nous proposer des bobines très souvent intéressantes sur bien des aspects. Sweet Home a beau manquer d’originalité (un énième home invasion, mais ici dans un immeuble), aligner quelques idées parfois étranges, il reste assez efficace et maitrisé pour retenir notre attention.

L’histoire est au final des plus simples : un couple venu se faire un diner en tête à tête dans un immeuble quasi inhabité, va se retrouver confronté à trois malfrats envoyés par une agence immobilière afin « d’éliminer » le petit vieux du cinquième qui fait de la résistance et qui refuse de quitter les lieux. En se cachant derrière ce synopsis, Rafa Martinez prend un malin plaisir à pousser à l’extrême les méthodes peu orthodoxes des agences immobilières véreuses qui, sous couvert d’une crise du logement, essaient par tous les moyens d’expulser les locataires de vieux immeubles désaffectés afin, la plus part du temps, de vendre l’ensemble à des promoteurs immobiliers non moins toxiques. La critique est facile mais le coté jusqu’auboutiste décrit ici est néanmoins intéressant dans le sens où on sent que les agresseurs seront sans aucune pitié. Et là, première question qui nous vient en tête : Mlle Maria, tu n’as pas trouvé encore moins glamour qu’un diner aux chandelles dans un immeuble pourri jusqu’aux fondations ? Bref, il fallait bien un point de départ, il n’est pas glorieux mais il est là…
Et donc, comme dans tout home invasion qui se respecte, ça va dégénérer lorsque les trois hommes de main vont s’apercevoir, une fois leur mission accomplie, que le vieil homme n’était pas seul dans l’immeuble et qu’il va donc leur falloir éliminer également les témoins de leur funeste mission. Et là, alors que le début n’était pas des plus passionnants, un peu plat même, Sweet Home va prendre une tournure bien plus intéressante.

Même si comme souvent, on a droit à un joli lot de réactions toutes plus crétines les unes que les autres de la part de certains protagonistes, le film va se faire plus violent, plus oppressant, nous présentant en quelque sorte une partie de cache-cache intense dans cet immeuble et mis en scène de bien belle manière. Travellings, plongées verticales, avec en plus un travail tout particulier apporté aux éclairages et qui donnent à cet immeuble déjà pas bien en point un coté encore plus inquiétant, lugubre. Le film bascule de nouveau avec l’arrivée de celui qu’on surnommera le « nettoyeur » qui, dès le plan aérien de son arrivée dans sa voiture flockée en tant qu’exterminateur d’araignées, nous indique que lui, il ne va pas être là pour enfiler des perles. Cette image en rebalance une couche sur le coté complètement immoral des acteurs de l’immobilier qui considèrent les locataires comme de la vermine freinant le bon fonctionnement d’une société capitaliste qui croit avoir tous les droits. Ce nouveau protagoniste redonne un dernier souffle au film et ce malgré le coté involontairement parodique du personnage tant il rassemble tous les clichés du serial killer. Il marche doucement et pourtant il rattrape toujours ses victimes qui elles courent dans tous les sens à vive allure ; il laisse trainer sa hache au sol pour faire peur ; on ne sait absolument rien de lui, pas même son visage,… Mais malgré tout, vu et revu des dizaines de fois ou pas, on se prend au jeu et on craint pour la vie de ses victimes. Le film devient nettement plus violent, apportant même quelques éléments de gore (la décapitation), et le final en deux temps vient conclure de bien belle manière ce petit film qui ne paie pas de mine mais qui pourtant remplit son contrat de divertissement avec un suspense qui va crescendo malgré un coté très maladroit sur bien des aspects.

LES PLUSLES MOINS
♥ C’est rythmé
♥ Un coté cruel très plaisant
⊗ Très (trop ?) classique
Sweet Home ne révolutionne en rien le genre « Home Invasion ». Pourtant, il sait être assez efficace pour nous tenir en haleine 1h20 durant grâce à une mise en scène soignée et un bon suspense.



Titre : Sweet Home
Année : 2015
Durée : 1h20
Origine : Espagne / Pologne
Genre : Home Invasion
Réalisateur : Rafa Martinez
Scénario : Angel Agudo, Rafa Martinez

Acteurs : George Mackay, Paddy Considine, Bill Nighy, Dominic West, Ben Schnetzer, Imelda Staunton, Andrew Scott, Joseph Gilgun, Jessica Gunning, Faye Marsay, Freddie Fox, Jessie Cave

 Sweet Home (2015) on IMDb


Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

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4 Comments

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  1. Le lieu de l’action et certaines choses que tu énumères dans ta critique (l’aspect home invasion, la survie, les réactions bien crétines) me font beaucoup penser au film de Balaguero À LOUER que j’ai vu il y a justement deux semaines (faudrait que j’écrive dessus tiens).

  2. Je ne saurais te dire, n’ayant pas vu le film dont tu me parles. Mais c’est possible. De ce que j’en ai lu, le film aurait quelques similitudes avec le cinéma du réalisateur de REC (son nom m’échappe là)

  3. Et bien Jaume Balaguero justement ^^ C’est un des deux réalisateurs de REC qui a donc fait À LOUER, un petit film durant à peine 1h05.

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