[Film] Spectre, de Sam Mendes (2015)

Un message cryptique venu tout droit de son passé pousse Bond à enquêter sur une sinistre organisation. Alors que M affronte une tempête politique pour que les services secrets puissent continuer à opérer, Bond s’échine à révéler la terrible vérité derrière… le Spectre.


Avis de Rick :
Avec son titre qui ne laissait pas franchement d’ombre sur ce qu’allait exploiter ce dernier opus (actuellement) de la saga James Bond, Spectre avait une lourde tâche sur ses épaules, surtout car il vient après Skyfall, et que Sam Mendes reste à bord. Et en fait, c’est la première fois depuis bien longtemps qu’un réalisateur enchaîne deux films dans la saga. Certes, Martin Campbell avait réalisé Goldeneye et Casino Royale, mais 10 ans séparait les deux opus. Sam Mendes lui enchaîne les deux opus, et ça n’était pas arrivé depuis John Glen qui avait réalisé tous les opus des années 80 de la saga, à savoir trois opus pour Roger Moore et les deux de Timothy Dalton. Mais bon, passons. Bon point, Spectre se veut non pas la suite de Skyfall (même si un peu quand même), mais surtout la suite de toute l’ère Daniel Craig. Le « spectre » de Casino Royale, Quantum of Solace et donc Skyfall est clairement sur Spectre. Bon point, pour véritablement boucler la boucle. Le problème, c’est que sans arrêt, Spectre a le cul entre deux chaises, deux chaises radicalement opposées. La première, c’est simple, c’est la continuité directe de Skyfall, autant dans ses thèmes que dans son identité, visuelle, mais également dans l’identité de ses personnages. Ralph Fienes est devenu le nouveau M, mais Bond reçoit une dernière mission de la part de Judi Dench (présente pour un mini caméo en début d’aventure) qui va l’amener à découvrir son passé et ce qui se trame derrière toutes ces actions depuis qu’il est devenu un agent 00. Mais de l’autre côté, il y a la seconde chaise, bien plus éloignée de ces aspirations, voulant vraiment boucler la boucle, et amener Bond, le personnage tout comme le film, vers des horizons plus classiques, vers ce que l’on connaît depuis 1962 en quelque sorte.

Mais ne crachons pas dans la soupe, Spectre, opus le plus long de la saga (2h28), commence bien. Très bien même, puisque sa première heure est excellente, à quelques défauts près qu’il partage avec Skyfall, à savoir un certain fan service évacué en deux secondes comme si cela n’intéressait pas le réalisateur (via Monica Bellucci, totalement inutile, juste là pour donner une information et coucher avec Bond, classique). Dès la scène d’ouverture et son dantesque plan séquence, Spectre semble vouloir viser haut, et faire mieux que Skyfall. Bon il faut dire que le film a le budget de ses ambitions, et que le grand succès, public, critique et commercial de Skyfall a du aider. Un plan séquence génial et maîtrisé, avant une scène d’action fort sympathique et le générique, avant de nous plonger véritablement dans l’aventure. Une aventure qui se veut sur le papier du moins aussi moderne que Skyfall, avec l’usage des nouvelles technologies, un contexte politique et actuel (le média et le contrôle de l’information). En gros, pas mal de choses intéressantes et souvent pas trop mal amenées. Oui, la première heure est même excellente. Même la rencontre avec l’ennemi juré de Bond, à savoir le bien connu Blofeld (dont l’ombre planait sur toute la première partie de la saga), réussie un tour de force. C’est intense, ça joue sur le silence et la lourdeur du silence bien comme il faut lors d’une réunion secrète. Puis passé ce moment d’anthologie, le soufflé redescend. L’action se veut alors plus décontractée, voir parfois sans ampleur malheureusement (et parfois avec trop d’ampleur), et pire, lorsque son grand méchant est clairement au cœur de l’intrigue, ça ne fonctionne plus, la faute à une écriture assez enfantine. Par contre, mes craintes pour Léa Seydoux en Bond Girl ne furent pas justifiées, la jeune française s’en sort finalement avec les honneurs. Pas la meilleure Bond Girl, pas la plus inutile, elle est tout à fait correcte et voilà.

Mais passé la première heure, et surtout la course poursuite ratée à Rome (mais classe dans son visuel), la sauce a du mal à prendre. Il faut dire qu’une course poursuite nocturne en pleine ville, ça a de la gueule, mais une course poursuite avec beaucoup de lignes droites et surtout trois malheureux véhicules sur la route (souvent là pour amener un gag), ben ça le fait moins. Le reste de l’action se fait déjà plus spectaculaire, mais plus décontractée, donnant même par moment un aspect surréaliste (Bond s’échappe d’une base, hop, trois ennemis, une explosion, et la base est entièrement détruite…). Reste la scène du train, renvoyant à Bons Baisers de Russie, ou même à l’Espion qui m’Aimait, fort réussie par sa violence sèche. Mais là où Spectre perds clairement des points, c’est donc avec son méchant, le fameux Blofeld. Chef de l’organisation Spectre comme toujours, il apparaît là sous les traits de Christoph Waltz et si l’acteur est fidèle à lui-même (j’ai l’impression qu’il joue toujours pareil), l’écriture du personnage est souvent catastrophique, voir enfantine. « Tu m’as volé mon papounet alors je suis devenu méchant et te fais morfler ta mère depuis Casino Royale »…. Ouais, basiquement, ça se résume à ça. L’idée de tout relier ensemble et de dévoiler encore plus le passé du Bond, c’était une idée louable, mais à l’écran, j’ai eu envie de rire (d’ailleurs je crois que j’avais ri la première fois). Du coup, on ne va pas mentir, c’est divertissant, parsemé de quelques bons éclairs de génie, mais c’est aussi extrêmement bancal et donc décevant.

LES PLUSLES MOINS
♥ La scène d’ouverture
♥ De bonnes idées
♥ La première heure
⊗ Quelques scènes d’action moyennes
⊗ Blofeld, franchement pas terrible
⊗ Trop entre le renouveau de la saga et ce qu’elle était
note8
Spectre est un opus divertissant, qui fonctionne même très bien durant la première heure, mais qui a trop souvent le cul entre deux chaises pour totalement convaincre, surtout que son méchant et ses motivations sont bien nazes.



Titre : Spectre

Année : 2015
Durée :
2h28
Origine :
Angleterre / Etats Unis
Genre :
Action
Réalisation : 
Sam Mendes
Scénario : 
John Logan, Neal Purvis, Robert Wade et Jez Butterworth
Avec :
Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux, Ralph Fienes, Monica Bellucci, Ben Whishaw, Naomie Harris et Dave Beautista

 Spectre (2015) on IMDb


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Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

4 Comments

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  1. Oui bah voilà, pas grand chose à dire, j’ai pensé tout pareil^^

  2. Peut être le James Bond le mieux réalisé c’est juste magnifique tellement au dessus des autres bockbuster. J’aime beaucoup son coté rétro comme la rolls qui sort de nul part et les amène a la base sécrète caché dans le cratère d’une météorite. Je sait c’est con avec un drone a cent balles tu la trouve la base secrète mais visuellement ca claque et c’est hautement bondesque il y a plein d’autre truc pas réaliste mais on sent fou James Bond n’est et ne doit pas être réaliste. Le film a deux gros défauts les scènes d’action sont pas toujours bonne (les poursuites en ville et dans la neige bof bof) encore c’est pas trop grave mais le méchant des méchant Blofeld est complètement insipide plat chiant rien de rien pas bondesque du tout et ca ca fait mal.
    Au final un bon James Bond mais avec un gout amer car ca aurait pus être un des meilleur.

    1. Le souci avec Blofeld, c’est que même si tu te dis que le film fait rétro, ça marche pas non plus. Même Donald Pleasance dans sa base secrète dans un volcan bien kitsch…ben il était moins naze que ce nouveau Blofeld qui prend des risques stupides juste pour faire chier Bond. Et cette idée de forcément relier le grand méchant au héros (genre ils étaient des sortes de frères, bla bla) c’est complètement inutile, et peu crédible.

  3. Un James Bond plombé par son méchant, et oui la poursuite en ville je la cite dans ma review, elle a de la gueule, mais aucune ampleur, juste des lignes droites et un prétexte pour un gag avec le papy dans sa voiture… Celle dans la neige je la trouve déjà meilleure, car il y a des enjeux.

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