[Film] Sabata, de Gianfranco Parolini (1969)


Dans la petite ville de Daugherty, un hold-up est perpétré contre la banque. L’opération a rapporté 100 000 dollars aux bandits. Mais un joueur professionnel, Sabata, retrouve les auteurs et les élimine. Puis il rapporte l’argent à la banque, empochant alors une copieuse récompense. Peu après, il découvre qui sont les véritables commanditaires du hold-up : le juge O’Hara, le patron du saloon, Fergusson, et un riche propriétaire, Stengel. Les trois hommes souhaitent acquérir les terrains bordant la future ligne de chemin de fer. Malin, Sabata les soumet à un chantage et demande 10 000 dollars en échange de son silence. Mais Stengel refuse de payer et lance dès lors des tueurs à ses trousses…


Avis de Cherycok :
Après Trinita, Ringo et Django, attaquons-nous à un autre western qui aura engendré bon nombre de suites, fausses suites, et autres hommages. Nous allons parler aujourd’hui du culte Sabata (1969) de Gianfranco Parolini (Sartana, Cinq pour l’Enfer) avec l’inimitable Lee Van Cleef (Le Bon La Brute et le Truand, Et Pour Quelques Dollars de Plus). Sabata fait tendre le genre vers la parodie des films de Sergio Leone ou Sergio Corbucci, sans que cela soit excessif, et qui rappelle dans son déroulement Pour une Poignée de Dollars (1964, Sergio Leone), mais en plus décontracté, avec moins d’enjeu dramatique ou d’affrontement psychologique. Un western audacieux à ranger dans le « must see » des westerns italiens des années 60/70 et sur lequel on prend un énorme plaisir.

Après avoir crevé l’écran dans Et Pour Quelques Dollars de Plus (1965), Le Bon La Brute et Le Truand (1966), Colorado (1966) Le Dernier Jour de la Colère (1967) ou encore La Mort Etait au Rendez-vous (1967), Lee Van Cleef va interpréter ce qui va devenir un personnage culte du western Spaghetti, Sabata. Le film est un succès phénoménal en Italie et à l’international et aura droit à deux suites : Adios Sabata en 1970, avec Yul Brynner en tête d’affiche, et Le Retour de Sabata en 1971, avec Lee Van Cleef qui vient reprendre son rôle. Le succès ne s’arrête pas là puisque ce sont pas moins d’une douzaine de films estampillés Sabata de près ou de loin qui vont voir le jour. Et Sabata les Tua Tous (1970), Arriva Sabata (1970), Sabata Règle ses Comptes (1971), … et même un film érotique franco-belge au doux nom de Les Filles du Golden Saloon (1975). Sans égaler les répercussions de Django, Ringo ou Trinita sur le marché cinématographique italien de l’époque, la folie Sabata était bien là. Et cette saga continuera à avoir un impact bien plus tard puisque le personnage (secondaire) de Banjo, interprété par William Berger, est la principale source d’inspiration de Robert Rodriguez pour créer son personnage joueur de guitare de El Mariachi, Desperado, One Upon a Time in Mexico. Tarantino fera un clin d’œil au film dans son Django Unchained. Culte je vous dis.

Sans pour autant verser dans la comédie, le ton de Santana est bien plus décontracté que la plupart des westerns spaghettis habituels. Nous sommes plus ici dans le fun, avec un héros façon James Bond (avec tout ce que cela comporte de gadgets) au pays des cowboys. Ce héros, c’est l’attraction principale du film : Sabata. Interprété par Lee Van Cleef, avec sa petite moustache fine et sa tête de fouine, son cynisme, l’œil coquin, le sourire en coin, tout de noir vêtu, cigare fin au bec, adapte de la winchester, fine gâchette et pro du lancer de pièce d’un dollar, il est ici au sommet de son art et de son charisme. Il sera accompagné d’un lanceur de couteaux mexicain bien en chair, d’un indien acrobate mutique, d’un joueur de banjo mystérieux et ils seront opposés à un méchant dandy très ambigu, à la tête improbable, dont le passetemps est de lire des ouvrages de philosophie tels que « L’inégalité est à la base de notre société » et de se prendre pour le maitre du monde.
Il y question dans Sabata de règlements de comptes, d’amitié, de trahisons, de personnages véreux, de gros sous, de coup montés, de duels, de pièges, … Bref, tous les ingrédients qui, lorsqu’ils sont bien imbriqués et qu’ils sont couplés à des idées originales et une mise en scène de haute tenue, vont donner un très bon western.

D’entrée de jeu, on notera la mise en scène très classe de Gianfranco Parolini. Superbe scope, plans séquences, positionnement osé de la caméra, photographie très belle, le tout avec un budget des plus confortables lui permettant d’avoir des décors luxueux et un sacré paquet de figurants. Oui, visuellement, ça en jette vraiment. Au niveau de la musique, même chose. Même si on n’atteint pas les sommets comme sur la trilogie du dollar de Ennio Morricone ou les thèmes génialissimes de On l’appelle Trinita et Django, les musiques sont très bonnes, d’ailleurs assez différentes des films cités précédemment.
L’autre très grosse force de Sabata, c’est son rythme. Pas ou peu de temps morts malgré l’histoire parfois bizarrement fichue, les scènes d’actions sont nombreuses, inventives, et surtout très réussies, à commencer par le long final. Le film est bourré d’idées et lorsque l’heure n’est pas à l’action, les dialogues sont pittoresques et certaines punchlines mémorables. Alors oui, tout ça n’est pas très profond au final, mais qu’importe, parce que qu’est-ce qu’on s’amuse! Et même si la suite est à priori moins bonne, on a juste envie d’y foncer tête baissée pour prolonger le plaisir. Et ça, c’est signe que c’est réussi.

LES PLUSLES MOINS
♥ Lee Van Cleef
♥ L’ambiance générale
♥ Très bonne mise en scène
♥ Excellent rythme
⊗ Quelques effets (le sang) vieillots
Avec son ton plus léger qu’à l’accoutumée, un rythme élevé et un Lee Van Cleef absolument génial, Sabata fait partie des fleurons du genre western spaghetti. Un indispensable pour les amateurs du genre.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le body count du film est assez élevé : 75 morts.
• Aldo Caldi, qui interprète l’indien muet acrobate, arrêta le cinéma en 1980 et devint chef d’une des mafias italiennes avec qui il s’était acoquiné par le passé. Il fût assassiné d’une balle dans la nuque en 1990 par deux personnes à qui il devait de l’argent lors de paris clandestins qu’il organisait.
• Le personnage de Sabata est inspiré par celui de Sartana, créé par le même Parolini et Gianni Garko.


Titre : Sabata / Ehi amico… c’è Sabata. Hai chiuso!
Année : 1969
Durée : 1h46
Origine : Italie
Genre : Sabata ? Saba, merci
Réalisateur : Gianfranco Parolini
Scénario : Renato Izzo, Gianfranco Parolini

Acteurs : Lee Van Cleef, William Berger, Ignazio Spalla, Aldo Canti, Franco Ressel, Antonio Gradodi, Linda Veras, Robert Hundar, Gianni Rizzo, Spartaco Conversi

 Sabata (1969) on IMDb


Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

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16 Comments

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  1. Oooooh ben tiens, je l’ai jamais vu celui-là, alors que j’adore les westerns et que j’adore Lee Van Cleef!!!!! Merci pour la piqure de rappel, à voir donc assez vite (et ça me donne envie de resortir les Blu-Ray des Leone avec Cleef tiens par la même occasion).

    1. Comme d’hab , Rick à dit exactement ce que j’allais écrire.
      Merci pour la découverte El Che !

      1. Le souci c’est que les westerns italiens, il y en a tellement eu que si on se lance dedans, on ne sait jamais quand ça va finir 😉

        1. J’ai demandé au mec qui tient le site Indianagilles, une des references pour moi en matière de western italiens, ceux qui pour lui étaient les meilleurs. Donc j’en ai un sacré paquet lol

  2. Je connais le personnage de Sabata mais je n’ai pas vu ce film.
    J’ai même lu le manga Jabberwocky qui est…euh…un manga un peu cyberpunk avec des humains qui cohabitent avec des dinosaures intelligents qui parlent et…euh…
    Bref c’est un peu perché mais un des 2 héros est un oviraptor cowboy nommé Sabata inspiré de Lee Van Cleef.

  3. J’ai trouvé ca très mauvais j’ai même pas tenu jusqu’au bout.
    La réalisation copie les effet de style de Léone et en abuse exemple les gros plan sur les yeux pour rien toute les deux minute.
    Lee Van Cleef qui peut être très bon cabotine a mort en fait des tonnes sont personnages et chiant au possible c’est le surhomme qui domine tout le monde dans tout les domaines.
    Bref j’aime pas Sabata

    1. C’est justement ce que j’ai aimé. Sabata, c’est le début de la vague des western parodique qui sera popularisée par Trinita. Mais déjà là, on sent que ca joue avec les clichés, ça part dans des délires (les gadgets genre James Bond), Lee Van Cliff reprend encore son perso qu’il avait dans les Leone mais en mode décontract (ses séances sur la chaise devant le saloon).
      Moi j’ai adoré Sabata et je me ferais rapidement la fausse suite (le 2 avec Yul Brynner) et la vrai suite, le 3, avec le retour de Lee Van Cleef. J’ai pas mal d’autres westerns qu’il faut que je me mate d’ailleurs.

      1. Le truc c’est que j’ai pas ressenti ca comme une parodie

        1. Moi si. Quand j’ai commencé à chercher des anecdotes sur le web, je me suis aperçu que c’était le but original du film. Et je pense que si on ne le prend pas comme ça, y’a effectivement peu de chance qu’on aime.

  4. Bien sympa cette petite rubrique “Le saviez-vous” en fin d’article! A conserver ^^

    1. Je la mets depuis 2/3 critiques. J’aime bien les anecdotes sur les films, j’en mets souvent dans mes chroniques. Donc voilà, celles que je ne mets pas directement dans la chronique, je les mets en dessous en mode liste ^_^

      1. Ah oui j’avais remarqué également , et vu que je commence à être un vieux con qui radote , j’adore les petites anecdotes de tournage.

        Donc pour peu que ça te demande pas trop de recherche hésite pas et continue d’en balancer.

        1. Oh mais je continue car j’aime bien ça aussi. C’est parfois compliqué à trouver, faut lire des interviews des réalisateurs, mais parfois un coup d’oeil sur wiki + imdb + 1 ou 2 autres sites et on en trouve quelques unes

  5. Ah ça y est, tu attaques à fond le Western Italien! 😉

    Sabata est énorme, il fait partie de la dernière vague de western avant que ce dernier tombe dans la comédie : le western gadget.
    Ce n’est pas bien sérieux, le héros est ultra invincible mais même si c’est plus léger que le western picaresque, ça reste plus musclé que le western comique. 1969 C’est l’année de rupture qualitative pour le western Italien mais Sabata, quel spectacle sérieux!
    Il y a du budget, le rythme est dingue, le film est un régal!
    Même si le premier Sartana en 1968 est une bombe, je crois que je préfère encore Sabata.

    Puis pour le coup, il y en de la fusillade.

    Chery. : Tues-les tous…et revenez seul
    Il faut absolument que tu découvres cette perle de Castellari, je n’ai jamais vu autant d’action dans un western.

  6. Ah, je suis content de voir que tu es du même avis que moi. C’est pas que j’attaque à fond les western italiens, c’est que j’en ai chopé plein, donc je les mate petit à petit étant donné que j’aime le genre ^_^

    Tuez les tous et revenez seul, je crois que je dois l’avoir dans un coin, promis je me le ferais !

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