[Film] Only God Forgives (2013)

Il y a 10 ans, Julian a fuit les Etats Unis pour Bangkok après avoir tué un policier. Il tient à présent un club de boxe comme couverture pour des trafics de drogue. Son frère Billy tue une prostituée mineure. Chang, un policier radical, autorise le père de la victime à tuer Billy, avant de lui couper le bras pour restaurer l’ordre. Jenna, la mère de Julian et Billy, arrive alors à Bangkok pour récupérer le corps de son fils, et accomplir sa vengeance.


Avis de Rick :
Hué par une grande partie du public au festival de Cannes, Only God Forgives est le nouveau bébé de Nicolas Winding Refn, beaucoup plus connu du grand public pour avoir réalisé en 2011 l’excellent Drive avec Ryan Gosling. Only God Forgives marque donc le grand retour de Refn derrière la caméra, une nouvelle fois avec Gosling devant la caméra, et forcément, beaucoup de spectateurs se sont attendus à voir un Drive 2. Sauf qu’ici, le métrage est tout simplement l’opposé. Pas de voitures, de personnages attachants, de petite romance platonique sympathique, de petites notes d’espoir et d’histoire simple mais bien rodée. Le métrage prend totalement le chemin inverse. Déjà l’histoire, pour faire simple, en plus d’être une simplicité extrême, elle est contenue dans les 20 premières minutes du métrage, et puis, c’est tout, elle n’évoluera plus. Là n’est pas l’intérêt du métrage, et là n’est absolument pas ce qui intéressait le réalisateur. Son histoire n’est qu’un énorme prétexte pour mettre en scène ses obsessions et nous dépeindre ces personnages. Si vengeance il y a dans le métrage, celle ci sert plutôt de toile de fond pour broder autour, pour dépeindre la relation entre les deux personnages principaux, et nous offrir des excès de violence graphiques dans un chassé croisé entre ses personnages. Dans le fond, on pourra tout de même dire que le métrage manque parfois de substance, ce qui est vrai, mais le réalisateur, qui signe donc ici également le scénario, remplit ce vide grâce au reste.

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Premier bon point qui saute aux yeux dés la scène d’ouverture, les nombreuses qualités artistiques du métrage. On le sait depuis le temps, Refn sait tenir une caméra et soigner ces visuels, et il le prouve encore une fois. C’est bien simple, tout est à tomber par terre. Les plans de caméras sont absolument sublimes, la photographie est à tomber par terre, le film baignant souvent dans des ambiances bleutées, ou rouges du plus bel effet. Visuellement, oui, c’est tout simplement une claque. Le film n’aura coûté environ que 4 millions, et chaque dollar investi semble se retrouver à l’écran tellement on en prend plein la gueule. Les couleurs très chaudes dans lesquelles baigne le film contraste justement avec le propos et les différents thèmes, qui eux, sont toujours abordés avec beaucoup de distance. Oui, contrairement aux apparences, le film est froid, très froid. La violence est brute et frontale, et surtout présente à intervalle régulier, les personnages parlent peu. Comme pour ajouter un peu de chaleur à son film, Refn place des petites scènes chantées arrivant un peu comme ça, et donnant un petit cachet kitch mais finalement pas si désagréable que ça.

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Le visuel est donc un sans faute total, heureusement, puisque le film est plus visuel que véritablement narratif au sens qu’on l’entend habituellement, et l’ambiance sonore vient en rajouter une couche. Outre les quelques morceaux, chantés justement par Vithaya Pansringarm, un des trois acteurs principaux du métrage, Cliff Martinez se charge encore une fois de la musique après Drive. Compositeur fétiche de Steven Soderbergh depuis son premier film (Sexe, mensonges et vidéo, en 1989), Cliff Martinez nous livre une partition superbe, rappelant à la fois les moments calmes et contemplatifs de Drive que des sonorités parfois un peu plus électro comme il avait pu le faire récemment sur le Contagion de Soderbergh. Extrêmement visuel, le métrage nous propose donc de suivre, non pas une histoire, mais plutôt trois personnages, totalement opposés.

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Nous retrouvons bien sur Ryan Gosling sur le devant de la scène, dans le rôle de Julian, qui gère un club de boxe Thaï. Assez inexpressif, Ryan fait pourtant un bon travail, le personnage voulant cela. Un personnage torturé, qui obéit gentiment à sa mère quoi qu’il arrive, même quand elle le rabaisse en public. Face à lui, Kristin Scott Thomas en mère un brin sal****, dans un rôle détestable au possible qu’elle incarne avec talent. C’est bien simple, souvent, elle vole la vedette à Ryan Gosling, et est absolument parfaite. Elle a d’ailleurs droit à une des meilleures scènes du métrage, celle du restaurant, où le reste du casting s’écrase littéralement, à la fois devant son personnage, mais devant l’actrice. La relation entre la mère et son fils, pleine de sous-entendus, est un des points les plus importants du métrage. Face à ces deux personnages pas forcément attachant (mais c’est totalement voulu), le réalisateur place sur le chemin de cette famille qui s’écroule Vithaya Pansringarm, en flic maniant le sabre, en ange de la mort. Car le film est bel et bien un chassé croisé entre cette famille et ce flic, du début, à la fin, chacun se faisant sa justice, à sa manière, mais toujours de la manière la plus violente qui soit, dans un but opposé. La mère de Julian recherche la vengeance, tandis que Chang rétablit l’ordre suivant sa vision de la justice. La relation entre la mère et le fils, ainsi que cette accumulation de violence, voilà donc là les deux seuls uniques thèmes du métrage. On pourra toujours pester que c’est un peu léger, il est vrai, mais le métrage possède une telle ambiance (pouvant parfois rappeler une ambiance très Lynchienne) qu’il ne peut laisser indifférent.

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Refn nous livre là un ovni indéfinissable, il nous invite à un voyage visuel d’émotion et de violence, laissant son intrigue au placard, un film que le grand public n’est définitivement pas prêt d’encaisser dés maintenant, mais qui deviendra surement culte avec l’âge.

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OnlygodforgivesTitre : Only God Forgives
Année : 2013
Durée : 1h30
Origine : U.S.A – France – Thaïlande – Suède
Genre : Drame expérimental et violent
Réalisateur : Nicolas Winding Refn

Acteurs : Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm, Yayating Thatha Phongam, Tom Burke et Rhatha Tphongam


 Gallerie d’images:Onlygodforgives09Onlygodforgives10Onlygodforgives13Onlygodforgives16Onlygodforgives17

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jinchu
jinchu
3 juin 2013 22:59

je doit avouer que je me range du coté des décus. Je savais que Drive faisait beaucoup de concession commerciales. Et il faut dire

Ici j’ais l’impression de revenir a un Bronson.

Évidement c’est super bien filmé l’ambiance est grandiose…mais un peut de scenar aurait été un plus bien appréciable!!!

jinchu
jinchu
3 juin 2013 23:01

il manque une partie:

il faut dire que maintenant attends quelque chose de ce réalisateur donc l déception pouvais surgir plus facilement.

Félix
4 juin 2013 0:56

Je ne sais pas s’il deviendra culte mais j’ai été content de constater que NWR continuait à faire ce qu’il voulait et de ne pas avoir affaire à la suite “asiatique” de Drive que je craignais. 🙂

Jang Gerald
4 juin 2013 5:51

Vu Bronson récemment, j’ai galéré, pourtant il faisait parti de mes priorités dès son annonce !
Un travail magistral au niveau de la mise en scène, on rentre carrément dans la tête de Bronson (les “entractes” avec le public, une trouvaille de génie !), Tom Hardy y est impressionnant !
Difficile d’accès, le film nous entraîne dans la violence quotidienne de ce véritable paumé, et arrive même à nous émouvoir.
A voir !
Et j’ai plus que hâte de découvrir ce Only God forgives !

I.D.
4 juin 2013 9:12

Bien entendu que OGF va trouver son public. T’en fais partie Rick, tout comme moi et beaucoup d’autres. Allons, allons… 😉

Je peux comprendre les avis négatifs d’OGF. Et j’en ai lu un paquet, plus que les avis élogieux à son sujet d’ailleurs. Perso’, j’y ai trouvé ce que je voulais. Au-delà de la maestria filmique (mise en scène, photo’,…), j’ai apprécié que le spectateur prenne part à l’intrigue. Vrai qu’elle tient sur un bout de papier mais ce qui est intéressant, c’est la façon que Winding Refn amène la chose pour nous impliquer. Il nous oblige à combler les trous (les non-dits), les ellipses, à tisser nous-même les liens. J’ai aimé le film atmosphérique qu’il est, entre rêve et réalité. Cette ambiance à la fois clinquante et sale avec une violence très dure mais surtout en off où l’on questionne pas mal philosophiquement parlant, etc. Les acteurs sont bons, la musique emballe l’ensemble. Ç’a de la gueule. Et ce flic, espèce de Terminator thaï m’a bien fait triper à expier ses meurtres par le karaoké, dégainant son sabre dont on ne sait où, c’est beau.

**

“Bronson”, sans plus. Est-ce parce que je m’attendais à beaucoup plus ? Faut dire que sa trilogie “Pusher” m’avait mis une claque. Alors oui, j’en attendais pas mal. Mais le côté one-man show est trop présent tout du long. Pas inintéressant mais mal dosé et ça m’a saoulé. J’ai pas toujours adhéré aux parti-pris de Winding Refn.

Jang Gerald
5 juin 2013 0:33

Bim !!!! Vu !!!!
Claque de malade, je commande la bo histoire de m’imprégner de l’ambiance en attendant la sortie vidéo !
C’est marrant, mais comme I.D., la comparaison avec Terminator (le T 1000 pour être exact) est flagrante : la musique, sa démarche, quand il court, sa manière de se déplacer les bras le long du corps.
Puis l’approche quasi mystique du personnage, une sorte de divinité devant lequel tout le monde s’incline (le karaoke et son “public”, les p’tits dans le gymnase qui se mettent autour de lui et le saluent solennellement !).
L’histoire tient en effet sur un bout de papier, mais ce sont les enjeux psychologiques qui font le boulot(putain les rapports avec la mère, d’ailleurs on parle pas assez de Kristin S. Thomas, elle est stupéfiante !), puis la mise en scène est encore une fois prodigieuse, alternant rêve et réalité (le générique de fin avec la chanson du groupe Proud résume bien la chose).

!!!Spoiler!!!

Sans compter que Only God Forgives regorge de scènes anthologiques/magiques : la scène de torture insoutenable avec ce symbole bien connu “ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire”, la scène où Ryan Gosling se fait son propre avortement…de la pure beauté/cruauté !

jinchu
jinchu
6 juin 2013 13:19

petite question!! du coup, pourquoi ne pas faire une “analyse” du film lors de sa sortie video pour que les endormis comme moi puissent en profiter a fodns???? 😀

jinchu
jinchu
6 juin 2013 13:20

D’ailleur plsueiurs amis a moi m’on aussi conseiller le Vahalla Rising de cet auteur…. affaire a suivre

Supavince
7 juin 2013 22:06

Aïe ça me donne grave envie tout ce que vous dites… ^^
Bronson et Drive, j’avais bien kiffé, mais Vallhlaa machin, pas…du…tout… c’était beau mais bien gonflant!

bubu
bubu
23 juillet 2013 1:38

film merdique, nul a en chialler bref aussi chiant que certain film japonais de par la lenteur et l inexistance de dialogue, avec une fin
en queue de poisson, bref le flic est un gros tare de psychopate ,, mais no problemo , il tue tout le monde,
super logique , en thailande il ny a aucune ambassade americaine,

bref aussi nul que l art moderne actuellement,
de plus on voit que dalle toujours filmé a l’arrache dans la pénombre , ca nique les yeux.)

Gros navet , bonne quenelle quoi.

Realisateur
Realisateur
Reply to  bubu
24 juillet 2013 2:27

une superbe plume de critique d’art ancien

Cherycok
Administrateur
23 juillet 2013 7:08

“aussi chiant que certain film japonais de par la lenteur et l inexistance de dialogue”

=> Un copain pour toi Rick ^_^

feroner
Éditeur
26 mai 2015 13:33

J’ai trouvé tout ses film excellents sutout “drive” et la trilogie “Pusher” mais la je trouve qu’il se regarde filmer les personnages sont vide (un vrais concourt d’inexpression) comme l’histoire certaine scène sont ridicule (celle du resto).
La mise en scène et la photo sont grandiose mais ca ne suffit pas car le film et ultra lent.
Mais j’ai quand même trouver la scène ou Gosling après avoir frimé a mort se fait eclater la tronche par le vieux très bonne, bravo a lui d’avoir accepté.