[Film] On l’Appelle Jeeg Robot, de Gabriele Mainetti (2015)

Poursuivi par la police dans les rues de Rome, Enzo plonge dans les eaux du Tibre et entre en contact avec une substance radioactive qui le contamine. Il réalise bientôt qu’il possède des pouvoirs surnaturels : une force et une capacité de régénération surhumaines qu’il décide de mettre au service de ses activités criminelles. Du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Alessia, une jeune fille fragile et perturbée qu’il sauve des griffes de Fabio, dit “Le Gitan”, un mafieux déjanté qui a soif de puissance.
Témoin des pouvoirs d’Enzo, Alessia est persuadée qu’il est l’incarnation de Jeeg Robot, héros de manga japonais, présent sur Terre pour sauver le monde. Mais Enzo va être forcé d’affronter Le Gitan qui veut savoir d’où vient cette force surhumaine. Parviendra-t-il à sauver la ville de la folie meurtrière de Fabio et être le super-héros qu’Alessia voit en lui ?


Avis de Cherycok :
Ceux qui me connaissent savent que les super héros ce n’est pas trop ma tasse de thé et que je ne me rue pas sur le premier Marvel qui sort. Par contre, je ne dis jamais non sur un film qui aborde ce thème de manière un peu différente à l’instar du Chronicle (2012) de Josh Trank ou du court métrage The Flying Man (2013) de Marcus Alqueres. Ceux qui me connaissent savent également que j’aime bien les films que je qualifierais « d’exotiques ». Entendez par là qui proviennent de pays un peu plus « originaux » que la normale (USA, France, Angleterre, …) ou dont la gloire cinématographique remonte déjà à quelques années. Alors forcément, lorsque j’apprends l’existence d’un film récent de super-héros italien à l’ambiance noire avec pour toile de fond un manga des années 80, il n’en fallait pas plus pour que je parte à la recherche du Saint Graal, surtout après une bande annonce laissant présager quelque chose de réellement différent de ce que je n’aime pas chez nos super-amis de Marvel, leurs couleurs flashy et leurs costumes en lycra moule parties génitales. Je conçois qu’un film de super-héros italien au budget riquiqui de 1.7 millions d’euros peut faire peur au commun des cinéphiles là où les machines hollywoodiennes alignent des budgets cent fois supérieurs (220M$US pour Avengers, 250 pour sa suite, 215 pour Civil War, …). Mais ne soyez pas effrayés. Non, ne le soyez pas. Parce que On l’appelle Jeeg Robot, c’est bien.

Cette crainte est compréhensible malgré tout d’autant plus que dès le départ, personne n’y croyait, à tel point que le réalisateur Gabriele Mainetti a dû faire des pieds et des mains pour réunir le budget pourtant peu élevé nécessaire à son film. D’autant plus qu’il s’agit ici du premier long métrage du réalisateur. Mais malgré un court métrage d’animation nominé aux oscars en 2014, Tiger Boy, les producteurs n’avaient en tête que de produire des comédies ou des films d’auteur à petit budget. Et oui, comme chez nous, le cinéma de genre n’a plus la côte en Italie alors qu’il y était prédominant dans les années 70 et 80. Gabriele Mainetti n’eut d’autre choix que de créer sa propre société et produire son film lui-même. Il dut même se mettre dans l’illégalité pour la scène finale dans le stade olympique puisqu’il n’avait au départ pas l’autorisation de filmer les spectateurs de l’intérieur. Et grand bien lui en a pris puisque le film est un succès dans tous les festivals où il passe, embarquant avec lui un palmarès assez hallucinant. Prix du jury au Fantastic’Arts de Gerardmer en 2017, Grand Prix Nouveau Genre à l’Etrange Festival 2016, ou encore pas moins de 7 prix aux David di Donatello de 2016, l’équivalent italien des Césars. Autant vous dire que malgré les difficultés initiales, les distributeurs se sont rapidement arrachés le film qui a pu paraitre ainsi un peu partout à travers le monde, dont chez nous, tout récemment, et ainsi proposer une autre vision du super-héros que celle formatée par les films Marvel, surtout depuis le rachat par Disney.

Dans On L’appelle Jeeg Robot, tout n’est pas lisse, aseptisé. Le film est noir, glauque, parfois malsain. De l’aveu même du réalisateur, il ne voulait pas raconter les aventures d’un Superman en collants. Il voulait quelque chose de plus réaliste, de plus terre à terre, avec un héros bien plus humain, plus fragile, qui a ses failles, ses travers. Ce dernier est d’ailleurs un looser, asocial, violent, vivant dans un petit appartement avec le strict minimum, passant ses journées à regarder des films pornos et se nourrissant exclusivement du combo danette à la vanille / cigarette, survivant grâce à des vols à l’arrachée et des petits boulots pas très honnêtes. Un anti-héros dans toute sa splendeur qui, une fois ses pouvoirs acquis involontairement, s’en servira pour son propre bien, arrachant des distributeurs de banque à main nue, braquant des fourgons blindés à grands coups de pavés. Un super anti-héros qui redécouvrira petit à petit le bonheur avec Allesia, fille de son dernier patron mafieux, abusée sexuellement depuis son plus jeune âge par son père, mentalement dérangée au point de penser qu’elle vit dans le dessin animé Jeeg Robot (Kotetsu Jeeg pour le titre original), manga créé par le célèbre Go Nagai, papa de Goldorak, Devilman ou encore Bomber X, et qu’elle regarde avec amour à longueur de journée sur son lecteur DVD portable.
Claudio Santamaria (Diaz, Romazo Criminale) interprète ce rôle avec brio. Son personnage, à la fois tendre et brutal, est immédiatement attachant. Mais ce dernier n’est pas étranger aux films de super-héros puisqu’il est le doubleur italien de Batman / Bruce Wayne dans la trilogie de Christopher Nolan et a œuvré également dans le film Lego Batman. Un clin d’œil à ce propos est d’ailleurs habilement glissé dans le film lorsque Enzo, le méchant psychotique du film, lui demande s’il a été mordu par une chauve-souris pour devenir un super-héros.

On l’appelle Jeeg Robot va détourner les codes du film de super-héros. Le réalisateur va notamment utiliser le thème des réseaux sociaux afin de livrer une satire de notre monde où tout va un jour finir sur la toile dans cette incessante course au buzz. Mais il y a aussi un côté déviant qu’on n’a pas l’habitude de voir et qui est présent à de nombreuses reprises. La fille abusée sexuellement, le passage de drogue cachée dans l’orifice anal et qui tourne mal, le grand méchant qui se tape des prostituées transexuelles, mais pas que, et cela donne une ambiance parfois assez glauque au film de Gabriele Mainetti. Mais derrière tout cela se cache une véritable histoire d’amour entre un homme rustre qui va se découvrir de nouveaux sentiments et une jeune fille instable qui va trouver des bras et une présence rassurante. On l’appelle Jeeg Robot prend le temps de développer ses personnages et il le fait bien, les rendant immédiatement attachants, ou à l’inverse parfaitement détestables. Et à n’en pas douter, c’est un gros plus.
Qui dit film de super-héros, dit scènes d’action. Alors oubliez tout ce que vous avez vu dans Marvel, on est aux antipodes de tout ça. Ici, l’action est sèche, brutale, au final assez peu présente, sans pour autant qu’on ait l’impression que le film en manque. « Il y a dans le film une violence de dessin animé ou de bande dessinée » a déclaré le réalisateur lors d’une interview, et c’est exactement l’impression que ça donne, le meilleur exemple étant sans doute l’affrontement final. Manque de moyens oblige, la manière d’aborder les super pouvoirs est bien différente de ce qu’on a l’habitude de voir et il était nécessaire pour l’équipe technique de n’y recourir que très peu. Mais pourtant, la puissance des coups donnés ressort immédiatement à l’écran, rendant les combats intenses malgré leur courte durée. Gabriele Mainetti fait preuve d’un grand savoir-faire, sait se faire modeste, et n’essaie à aucun moment de péter plus haut que son cul sans en avoir les moyens.

LES PLUSLES MOINS
♥ Le thème bien exploité
♥ Les personnages
♥ Original et rafraichissant
⊗ Pas très crédible
⊗ De très rares longueurs
On l’appelle Jeeg Robot est un film étonnant à bien des niveaux. Il plaira sans doute aux amateurs de films de super-héros qui verront leur thème favori abordé sous un autre angle, ainsi qu’aux néophytes qui découvriront là un film à la fois tendre, violent, sincère, drôle et touchant. Un film vraiment rafraichissant.



Titre : On l’appelle Jeeg Robot / Lo Chiamavano Jeeg Robot / They Call me Jeeg
Année : 2015
Durée : 1h57
Origine : Italie
Genre : Super héros rital
Réalisateur : Gabriele Mainetti
Scénario : Nicola Guaglianone, Menotti

Acteurs : Claudio Santamaria, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli, Stefano Ambrogi, Maurizio Tesei, Francesco Mormichetti, Daniele Trombetti

 On l'appelle Jeeg Robot (2015) on IMDb











Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

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3 Comments

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  1. D’accord avec ta critique ce film est une bonne surprise, original drôle imprévisible.
    Par contre la BA est trompeuse on dirait un film d’action sérieux et la fille a l’air normale du coup je met un extrait qui montre bien a quel point ce film est barré.
    https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Be6XazaaNjs

    “proposer une autre vision du super-héros que celle formatée par les films Marvel, surtout depuis le rachat par Disney.”

    MARVEL a toujours été formaté depuis les premier comics, disney n’a rien a voir la dedans un peut comme pour Star Wars

  2. Ah j’ai oublié de préciser c’est le méchant du film qui chante.

  3. Je trouve que c’est plus formaté que avant dans le sens ou il en sort encore plus depuis le rachat et qu’ils ont à peu près tous le même schéma

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