[Film] Mope, de Lucas Heyne (2019)

La dramatique histoire vraie de Steve Driver et Tom Dong, aspirants “Chris Tucker et Jackie Chan du porno”, et leurs efforts toujours plus pathétiques pour s’élever au-delà du pitoyable statut de “mope” – dans le jargon du X, les moins que rien, les figurants de bukkake à peine dignes d’une éjaculation.


Avis de John Roch :
Aussi révulsant que fascinant, le monde du porno a fait l’objet de nombreuses études et de documentaires biographiques (Pornstar! The Legend of Ron Jeremy, Rocco), cinématographiques (Inside Deep Throat) ou parfois traités sous un angle intéressant (les After Porn Ends ou autres Hot Girls Wanted). Au cinéma, c’est souvent la voie du biopic qui est choisie pour parler du milieu, tels ceux de Larry Flint dans le film du même nom, John C. Holmes par deux fois (Boogie Nights et Wonderland) et Linda Lovelace (Lovelace). Ce qui n’empêche pas certains cinéastes de s’intéresser à des personnalités moins connues dont la soudaine célébrité est liée à des fait divers qui ont trouvés leur chemin sur les chaînes d’info Américaine. Citons Black Cobra, sombre histoire du meurtre d’un producteur de pornos gays (joué par Christian Slater) pour casser le contrat le liant à son acteur star, et ce Mope, visible en France sur Shadowz qui en a fait l’une de ses exclues.

Pour commencer, qu’est ce qu’un mope ? Dans le monde du porno, un mope est considéré comme de la merde, un moins que rien qui n’a pas percé ne serait-ce que dans l’amateur, relayé à des “rôles” dans ce que l’industrie peut produire de pire, du fétichisme bizarre à la scatologie en passant par l’uro et le bukkake. A l’image d’un acteur porno (tout du moins aux Etats Unis, et à de rares exceptions près) qui aura la lettre X gravée sur son front à vie, l’empêchant toute reconversion, on peut considérer que le mope aura le même destin mais lui n’évoluera même pas à un niveau supérieur de l’industrie du X. Ce qui n’était pas de l’avis de Stephen Clancy Hill, qui s’est lancé dans l’industrie sous le nom de Steve Driver après avoir consommé plus que de raison du porno pendant une assignation de 3 ans à résidence après avoir menacé un prof de fac avec une arme de poing pour une histoire de note. Psychologiquement instable, il trouve la mort en 2010 après s’être fait viré de la société Ultima DVD inc., suite à quoi il a blessé deux employés et assassiné son collègue et ami Herbert Hin Wong, AKA Tom Dong, avec un Katana. Mope retrace le parcours du duo, surnommé “les Chris Tucker et Jackie Chan du porno”, de leur rencontre en plein bukkake à l’événement tragique dont est tiré le métrage. Dès la première scène, Lucas Heyne, dont c’est le premier film, fait une sorte de mise au point : bien que Mope se déroule dans le monde du porno underground, hors de question d’y porter le moindre jugement. Pour cela, il désamorce le coté trash et sale en y injectant un peu de second degré, ainsi la trentaine de mecs attendent le bukkake comme des soldats attendant d’être parachutés sur le champ de bataille, et quand le voyant passe au vert, c’est sous fond d’une reprise de la Chevauché des Walkyries (renommée pour l’occasion la Chevauchée du bukkake) qu’ils entourent la jeune femme prête à se faire asperger. Tous les autres moments contenant les gang bangs, scènes scatophiles, reniflages d’aisselle et autres lattages de couilles fonctionne sur le même principe, Heynes ne fait pas dans le contemplatif, ne va pas dans des détails explicites et ne cherche pas à choquer ou dégouter le spectateur, tout en ne lui épargnant pas les diverses pratiques sexuelles et fétichismes nombreux. .

Non, ce qui intéresse le réalisateur, c’est les personnages (au casting impeccable, dont Nathan Stewart-jarrett, Kelly Sry, brian Huskey, et même David Arquette qui s’amuse dans son rôle de réalisateur porno professionnel), il réussit à faire une histoire d’amitié touchante sur deux paumés qui rêvent de gloire et d’ascension sociale, rapidement confrontés à la réalité des choses, ce dont Tom est pleinement conscient et s’épanouit dans son nouveau job de web designer qui se fait occasionnellement pisser dessus le temps du tournage d’une scène. Quant à Steve, qui croit dur comme fer que que son avenir sera fait de strass et de paillettes au point de violemment se mentir à lui même, encore plus lorsque ses proches tentent de le ramener à la raison (des scènes cruelles, voire triste et glauque à la fois, comme cette scène où Tom lâche ses quatre vérités à Steve en plein tournage d’un gang bang), ce qui l’emmène à n’en faire qu’à sa tête au point de fermer la seule porte qui aurait pu l’envoyer plus près des étoiles, c’est sa lente descente dans la folie qui est mise en avant, peut être un peu trop. Pas que le personnage soit inintéressant, c’est même tout le contraire, mais le récit est trop centré sur lui et en oublie par moment l’autre moitié du binôme, ce qui impacte grandement les dernières minutes du métrage qui pour le coup ne provoque aucune émotion, en plus d’être trop rapidement expédiées. Coté personnages secondaires, si il s’agit pour beaucoup d’autres employés de l’Ultima DVD inc., c’est son propriétaire et réalisateur qui n’hésite pas à donner de sa personne pendant un tournage qui donne une profondeur supplémentaire au film. Celui-ci reste un chef d’entreprise qui fait évoluer les bons éléments et vire les troubles fêtes, ce qui développe d’avantage le thème de l’ascension sociale, qui reste peu ou prou le même, qu’importe le domaine. Car au delà d’un portrait de l’industrie du porno qui meurt à petit feu à l’heure où tout est accessible gratuitement et sans limite en deux clics, où les acteurs vont toujours plus loin et les actrices encaissent de plus en plus et toujours plus pour se faire remarquer, Mope s’en prend également à la vision du fameux rêve Américain, qui est bel et bien enterré mais continue pourtant de faire miroiter à qui veut encore y croire qu’à force de travail et de persévérance, tout est possible. Stephen Clancy Hill était de ceux qui voulaient y croire, et le destin l’aura amené à avoir son quart d’heure de gloire, mais à quel prix ?

LES PLUSLES MOINS
♥ Un casting impeccable
♥ Des personnages bien développés…
♥ Une vision d’un certain monde du porno sans jugement
♥ Parfois touchant et drôle
⊗ Les dernières minutes rapidement expédiées
⊗ …mais un récit trop centré sur le personnage de Steve Driver
Pour son premier film, Lucas Heyne signe avec Mope une première réussite, en plus d’adapter un fait divers sordide, il dresse un portrait de l’industrie du porno underground drôle, touchant, et sans jugement.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Mope est dédié à la mémoire de Herbert Hin Wong.



Titre : Mope
Année : 2019
Durée : 1h46
Origine : U.S.A
Genre : Une bromance pour les gouverner toutes, et dans le bukkake les lier
Réalisateur : Lucas Heyne
Scénario : Lucas heyne, Michael louis albo, David c. hill et Zack newkirk

Acteurs : Nathan Stewart-Jarrett, Kelly Sry, Brian Huskey, Max Adler, David Arquette, Tonya Cornelisse, clayton Rohner

 Mope (2019) on IMDb


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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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Cherycok
Administrateur
15 septembre 2021 10:43

Ca a l’air assez improbable comme bobine j’ai l’impression. Bon, en ce qui me concerne, je ne suis pas fan des films qui traitent du milieu du porno, donc par défaut, je ne suis pas attiré par les films bien qu’il y a parfois des exceptions. Mais celui-là, il a l’air assez fun, avec des pointes de folie j’ai l’impression, donc je me le garde sous le coude. Merci de la découverte en tout cas car je n’en avais jamais entendu parler !