[Film] Microhabitat, de Jeon Go-Woon (2018)


Mi-So, 31 ans, vivant simplement de son petit salaire de femme de ménage, adore savourer un whisky et fumer des cigarettes en rentrant chez elle le soir. À la nouvelle année 2014, suite à l’augmentation des cigarettes et plutôt que se priver de ses petits plaisirs, elle préfère quitter son logement et aller dormir sur le canapé de ses amis dispersés dans tout Séoul.


Avis de Cherycok :
Récompensé dans de nombreux festivals en Corée et projeté chez nous en 2018 sur grand écran au Festival du Film Coréen de Paris, Microhabitat est, sous ses airs de petit film minimaliste, un film qui a beaucoup à dire. Il s’agit d’une première réalisation et immédiatement Jeon Go-Woon est propulsée au rang des réalisatrices à suivre. Pourtant, force est de constater que Microhabitat est un film qui ne plaira pas à tout le monde, par son côté minimaliste déjà, mais aussi parce qu’il pourra donner l’impression qu’il ne raconte pas grand-chose en mettant en scène une tranche de vie dans lequel on va suivre une jeune fille qui doit adapter sa vie aux aléas de la société. Sauf que c’est tout le contraire. Microhabitat est un film qui alarme. Il pousse un cri de souffrance, mais il le fait tout en douceur, tout en légèreté, tout en discrétion, à l’image de son personnage central qu’on va suivre. On sent la colère de la réalisatrice en arrière-plan, qui s’inspire de sa vie pour certains détails de l’histoire. Oui, Microhabitat est un très bon film.

Microhabitat est un portrait de femme doublé d’un constat amer d’une société qui part en vrille, avec des logements hors de prix et un coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, mettant toujours plus en difficulté ses habitants les plus précaires. Le film prend le pouls d’une culture qui va bien au-delà de la Corée. Les prix augmentent, les revenus stagnent. Ceux qui sont au sommet gagnent beaucoup d’argent aux dépens de tous les autres, causant une grande misère humaine. Le sujet n’est pas nouveau et la critique pourrait être facile, sauf que la réalisatrice Jeon Go-Woon choisit un angle d’attaque des plus judicieux car au final des plus simples. Elle va centrer son histoire autour du personnage de Miso, interprété par la géniale Esom (Man on High Heels, Hindsight), d’ailleurs récompensée pour sa performance au Busan Film Critics Awards, qui vit encore comme quand elle avait 20 ans, qu’elle était heureuse et insouciante, alors que la société autour d’elle a évolué et que le regard des gens a changé. Mais ça, elle s’en fiche et compte bien continuer à vivre comme elle l’entend, à ne pas rentrer dans le moule, à rester fidèle à elle-même, quitte à faire certaines concessions matérielles. Microhabitat est un film qui questionne le spectateur sur ce qui est le plus important dans la vie, bien que cela soit personnel et que chacun va essayer de vivre comme il l’entend et surtout comme il le peut. C’est un film qui fait réfléchir sur notre manière de vivre, sur ce qui est important, sur ce dont nous pourrions nous passer, ou non, pour améliorer le reste. Les sujets abordés sont lourds, mais ils ne plombent pas l’ambiance avec le côté tragicomique des personnages que Miso va rencontrer. Malgré tout, le ton est parfois acerbe et même violent dans ce qu’on nous montre, mais il reste toujours juste car le film est cohérent dans ce qu’il nous raconte.

Au fil de ses va-et-vient dans les rues de Séoul, Miso va un à un retrouver ses anciens amis avec qui elle avait un groupe de musique. Des personnages travaillés et barrés chacun à sa manière. On croisera une femme célibataire, à fond dans sa carrière, une femme au foyer qui vit chez sa belle-famille et qui n’en peut plus d’eux, un célibataire endurci qui vit chez ses parents légèrement tordus, le fraichement divorcé tombé dans la dépression qui n’arrive plus à regarder une femme dans les yeux, ou encore la femme de riche qui ne veut surtout pas sortir de cette condition malgré la façon dont la traite son mari. Chacun d’entre eux est là pour montrer une faiblesse humaine ou un revers de la société. Le petit ami de Miso nous montre les difficultés qu’ont les jeunes pour les études, avec des prêts étudiants que certains passent des années à rembourser. Microhabitat est un film doux amer. Doux car il règne constamment un léger humour, par le comportement insouciant de Miso ; Amer parce que le constat est là, assez pessimiste, pas très reluisant. Objectivement, oui, c’est un peu déprimant, mais on ne peut s’empêcher d’avoir le sourire aux lèvres car le personnage central est plein de vie, lumineux, tellement attachant, et que la réalisatrice amène pas mal de poésie à l’ensemble. Le montage et la mise en scène du film, bien que simples à l’image du protagoniste principal, sont réussis et sous ce titre Microhabitat se cache un double sens. D’abord, les logements toujours plus petits suite à l’augmentation du coût de la vie mais pas des salaires ; mais aussi car les personnages sont tous enfermés dans leur petite vie, qu’elle soit bien ou non, qu’elle soit subie ou voulue, et au final seule Miso est libre malgré son petit habitat car elle a choisi de vivre comme elle l’entendait. Miso est un personnage lumineux, et rien que pour elle (mais aussi pour plein d’autres raisons), Microhabitat est un film à voir.

LES PLUSLES MOINS
♥ Le personnage de Miso
♥ Le ton à la fois grave et léger
♥ Le jeu d’acteur
♥ La mise en scène réfléchie
♥ La critique sociétale
⊗ Ne plaira pas à tout le monde
Ce portrait de la société coréenne actuelle est une réussite grâce à une réalisation simple mais efficace, un humour léger mais cynique, des personnages travaillés et une héroïne touchante et attachante. Oui, définitivement, Microhabitat a bien plus de choses à dire qu’il n’y parait.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Microhabitat est le premier long métrage de Jeon Go-Woon. Il a été produit par la société de production indépendante Gwanghwamun Cinema, que Jeon a fondée en 2013.

• Les droits du film ont été vendus à plusieurs pays asiatiques, dont le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, le Népal, les Philippines, Singapour, le Sri Lanka, la Thaïlande, le Vietnam et la Chine.

• Le titre anglais « Microhabitat » est traduit en coréen par « MisoSeosikji » qui signifie littéralement « un endroit où vit Miso (le nom du protagoniste) ». MisoSeosikji était le nom coréen original du film qui comportait un jeu de mots, mais suite à la recommandation du distributeur qui craignait le manque de spectateurs, le titre a été changé en « Sogongnyeo (A Little Princess) » d’après le roman de Frances Hodgson Burnett.


Microhabitat est sorti chez Spectrum Films en combo DVD Blu-ray au prix de 25€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : Court-métrage Too Bitter to Love et Bad Scene de Jeon Go-woon, Interview de Jeon Go-woon, Présentation du film par Antoine Coppola et Bande-annonce.



Titre : Microhabitat / 소공녀
Année : 2018
Durée : 1h44
Origine : Corée du Sud
Genre : Comédie douce acerbe
Réalisateur : Jeon Go-Woon
Scénario : Jeon Go-Woon

Acteurs : Esom, Ahn Jae-Hong, Kang Jin-A, Kim Guk-Hee, Lee Sung-Wook, Choi Duk-Moon, Kim Jae-Hwa, Kim Hee-Won, Jo Soo-Hyang, Kim Ye-Eun, Park Ji-Young

 Microhabitat (2017) on IMDb


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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Feroner
30 juin 2022 20:00

J’ai adoré comme tu la dis ca commence comme un petit truc léger et pas du tout. « Les prix augmentent, les revenus stagnent. » et nos libertés s’évaporent petit a petit, et j’arrête la sinon je vais m’énerver.