[Film] Le Masque du Démon, de Mario Bava (1960)

Au XVIIe siècle, la sorcière Asa et son diabolique amant, Igor Iavoutich ont été suppliciés. Avant de mourir, l’infâme créature lance une terrible malédiction. Deux siècles plus tard, le professeur Kruvajan, accompagné de son fidèle assistant Andrei Gorobek, provoque involontairement en se blessant à la main, le réveil de la sorcière. Ce sera le début d’un effroyable cauchemar pour les habitants du château des Vajda, dont la princesse Katia ressemble étrangement à la revenante…


Avis de Rick :
En 1960, Mario Bava brille d’une étonnante réputation en tant que directeur de la photo. Il aura même sauvé plusieurs films du désastre en finissant la mise en scène de quelques films, notamment Vampires de Riccardo Freda, ou La Bataille de Marathon de Jacques Tourneur. Les producteurs voyant en lui un grand potentiel, il se voit proposer en 1960 donc de réaliser son premier film, seul. Ce sera Le Masque du Démon. Il choisit de tourner son film en noir et blanc, afin d’atténuer la violence de certaines scènes et de permettre au film de sortir, mais également afin de rendre possible certains effets spéciaux, uniquement réalisables via des effets de lumières sur du noir et blanc. Il réalise un film dans la veine des films de la Hammer sortant à la même période : un film gothique, voulant jouer sur la peur. Et malgré son noir et blanc, sublime d’ailleurs, le film eu quelques petits soucis lors de sa sortie. Il fut bannit en Angleterre jusqu’en 1968, et certaines scènes furent censurées lors de sa sortie en Amérique. Pour le casting, Bava choisit Barbara Steele pour le rôle principal. Excellent choix qu’il rend sublime à la caméra. Pourtant Le Masque du Démon ne part pas forcément avec d’énormes atouts, son scénario notamment étant assez classique et pas toujours des plus intéressant, et restant de plus assez lent, Mario Bava redouble d’efforts.

Et il faut avouer qu’il fait merveilleusement bien passer la pilule, puisque Le Masque du Démon malgré ces défauts est une incontestable réussite, et le début d’une œuvre dense. Premier bon point, Bava nous livre une mise en scène et une photographie sublime en noir et blanc qui réussissent à elles seules à créer une ambiance unique et intrigante, et ce dés la marquante scène d’ouverture, devenue culte depuis. Clairement en avance sur son temps, Bava marque les esprits en réalisant une scène d’ouverture choc, atténuée certes par le noir et blanc, mais pouvant faire penser à une torture à la Saw, plus de 40 ans plus tôt. Coup de maître, vu ses très faibles moyens. Mais touche à tout, Bava soigne tout, de sa photographie à son montage, et Barbara Steele rayonne à l’écran malgré la noirceur de son personnage. L’intrigue reprend alors deux siècles plus tard, et jamais le film ne perdra son ambiance gothique et clairement morbide. Bien que son histoire de vengeance deux siècles plus tard soit plutôt banale et que de nombreux moments de son scénario soient prévisibles, le film est une pure merveille pour les yeux.

Ici, tout n’est que jeu d’ombres, d’éclairages. La plupart des effets spéciaux, notamment les transformations sur les visages, furent effectués ainsi, et il faut avouer qu’encore aujourd’hui, la plupart d’entre eux fonctionnent très bien. Bava excelle dans sa représentation graphique du macabre, des ambiances pesantes, et déjà ici, c’est le cas. L’esthétique de son métrage est irréprochable, de la première à la dernière image, malgré un final un peu simpliste. Rendre une histoire banale passionnante de par sa représentation visuelle, voilà bien une des forces de Bava, et dans le cas présent de son premier film. Certains spectateurs pourront toujours critiquer son rythme relativement lent, ce qui est le cas, mais compensé par bien d’autres aspects. On pourra également reprocher au film un doublage anglais pas toujours bien synchronisé (même souvent en décalage), qui pourra surprendre et faire sortir par moment de l’œuvre, nous rappelant bien que les films italiens étaient tournés sans le son avec un casting international, et ce pendant encore de longues années.

LES PLUSLES MOINS
♥ L’ambiance gothique et morbide
♥ Magnifique noir et blanc
♥ La scène d’ouverture
♥ Barbara Steele
⊗ Une VA pas toujours bien synchronisée
⊗ Une histoire banale et prévisible
Premier réel film de Mario Bava, il contourne les défauts de son œuvre pour n’en garder que le meilleur, à savoir une ambiance étonnante, une mise en scène virtuose et des scènes marquantes.



Titre : Le Masque du Démon / La Maschera del Demonio
Année : 1960
Durée : 1h27
Origine : Italie
Genre : Fantastique
Réalisateur : Mario Bava
Scénario : Ennio de Concini, Mario Serandrei

 Le masque du démon (1960) on IMDb
















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Matt
Matt
22 juillet 2018 16:46

Ah ben je suis assez d’accord. Le film est un chef d’oeuvre visuellement, mais l’histoire est quand même prévisible et linéaire.
Je trouve que “Danse Macabre” est excellent par contre. Moins joli visuellement bien sûr, mais une histoire plus onirique et mystérieuse.
J’aime les les 2 films “Dr Hitchcock” aussi.

Avec Barbara Steele, j’aime aussi “les amants d’outre-tombe” même si la partie concernant la potion de rajeunissement ne sert pas à grand chose.
Et “le cimetière des morts vivants” (dont le titre VF est naze) est un film imparfait mais que je trouve intéressant.
Le final ne montre rien (peut être pour des questions de budget mais du coup ça donne une impression assez originale de menace invisible qui frappe avec la maladie), on ne voit jamais le visage du “nécromancien” à part une ombre dans un miroir, c’est assez sympa.

Sinon il y a aussi les 3 visages de la peur, le corps et le fouet, la vierge de Nuremberg qui valent le coup.

Matt
Matt
23 juillet 2018 7:33

Pour le doublage, il doit bien exister une version italienne peut être mieux synchronisée, mais elle n’est dispo dans aucun DVD de chez nous.

Matt
Matt
Reply to  Rick
23 juillet 2018 15:15

Sur Devildead, il y a tout un sujet sur le forum qui cause des diverses éditions du masque du démon, et je ne me souviens plus trop mais il me semble que les éditions qui ont la version italienne ont une image pourrie avec des noirs plutôt gris, ce qui est un comble pour un film avec un magnifique noir et blanc. Du coup je sais plus quoi acheter moi, il faut vérifier dans des chroniques de cette version anglaise si l’image est jolie ou non.
Pour l’instant je garde mon DVD.
 
Le cimetière des morts vivants (5 tombes pour un médium, si on traduit l’italien correctement…oui, ça n’a plus rien à voir comme titre^^) n’est pas un chef d’oeuvre attention. Mais il y a des chouettes idées dedans et on se croirait presque dans un film mystique à la Jacques Tourneur parfois…avec des éléments Lovecraftiens aussi avec un personnage mort qui semble exercer une vengeance depuis le monde des morts, sans qu’on le voit jamais. Il a enregistré ses recherches sur un gramophone, et le personnage principal les écoute à un moment…et ça fait penser à Evil Dead et son enregistrement maléfique.
Certaines scènes sont maladroites et on sent le manque de budget, mais il fait partie de ces films que je revoie avec plaisir malgré ses défauts parce qu’il est assez intéressant.
 
Je ne sais pas si je suis un “grand connaisseur”, tu me flattes^^ Mais j’aime le cinéma donc je suis curieux et attiré par toutes les époques et tous les pays; Alos j’ai forcément mis mon nez dans ces films.

Matt
Matt
Reply to  Rick
23 juillet 2018 16:47

Pour savoir…tu passes par où pour commander des DVD/blu-ray anglais ?
ça m’est arrivé d’en acheter (le DVD de lord of illusions uncut version UK, que j’ai depuis remplacé par la version sortie cette année chez nous) mais celui-là j’avais du bol il était sur amazon France. Mais là par exemple je ne saurais pas où aller pour choper le masque du démon version UK. Surtout que sur amazon parfois, le descriptif n’est pas bon et les avis des gens ne correspondent pas au bon produit…donc on a des chances de se planter d’édition.

Matt
Matt
Reply to  Rick
23 juillet 2018 17:16

Merci.
Je ne savais même pas qu’on pouvait faire ça…
Je pensais que les articles qui n’apparaissent pas sur amazon France n’étaient pas dispo en livraison internationale.

Matt
Matt
Reply to  Rick
23 juillet 2018 17:41

Oui je connais, j’ai déjà commandé au Royaume Uni ou aux USA sur ebay, pour des comics ou autres trucs devenus introuvables ici.
En général j’suis un peu maniaque et j’aime bien avoir des dvd/blu-ray qui ont au moins des sous-titres français (je comprends l’anglais écrit mais bon…c’est moins pratique à prêter un film sans VF)
Mais bon là je peux surement faire une exception pour avoir la version italienne + le montage alternatif + une plus jolie image.
Et puis bon…je risque pas de le prêter, tout le monde s’en fout de ces films hélas…
 
C’est les éditions de chez Arrow Video qui sont de bonne qualité ?
http://10kbullets.com/reviews/b/black-sunday-arrow-video-bluray-dvd-combo-release/

Matt
Matt
Reply to  Matt
23 juillet 2018 21:01

Ah mais la VO sous-titrée j’ai aucun souci avec, au contraire. Encore heureux parce que j’ai plein de films asiatiques qui n’ont pas de doublage français.
Mais VO sous-titrée anglais…voire pas sous-titrée du tout…c’est pas pour tout le monde quand même…

Matt
Matt
26 juillet 2018 17:45

Ah tiens bah dans les films italiens des années 60/70, je rajoute “la nuit des diables” de Giorgio Ferroni sorti chez Le chat qui fume, que je viens de voir et qui est pas mal du tout.
C’est une autre adaptation de la famille des Vourdalak de Tolstoï, déjà adapté par Mario Bava dans les 3 visages de la peur.

ça commence un peu mou mais ça devient très sympa au fur et à mesure du film.
On m’a dit que le moulin des supplices du même Giorgio Ferroni était bien aussi, mais je ne l’ai pas vu.