[Film] Les Nuits de Dracula, de Jess Franco (1970)

Jonathan Harker entreprend un long périple de Londres jusqu’aux confins de la Transylvanie pour y conclure une affaire immobilière avec le comte Dracula. Très vite, l’ambiance particulièrement oppressante des lieux met en alerte le jeune homme. Retenu prisonnier, il devient la proie des femmes du comte. Au bord de la folie, il est hospitalisé dans la clinique de Van Helsing, un chasseur de vampires hors pair. Pendant ce temps, Dracula débarque à Londres.


Avis de Rick :
Comme souvent quand on s’intéresse de près à la création d’un film de Jess Franco, on se rend compte que c’est un bon gros bordel. C’est lors d’un précédent tournage avec Jess Franco que Christopher Lee émet son envie de jouer Dracula dans une adaptation respectant plus fidèlement le personnage créé par Bram Stroker. Lee avait déjà joué Dracula auparavant, dans Le Cauchemar de Dracula (1958), Dracula Prince des Ténèbres (1966), ou encore Dracula et les Femmes (1968). Franco, malin, réussit à convaincre un producteur et l’aventure est lancée, en co-production entre l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. Son budget n’est pas grand, mais le métrage respecte en effet certains éléments du roman jusqu’alors zappés par les autres adaptations, comme le look de Dracula en lui-même (petit détail certes), et parfois des éléments plus importants, comme le rajeunissement du personnage au fur et à mesure de l’intrigue, ou encore l’épisode du nourrisson ! Et Franco y voit là l’occasion de tourner de nouveau avec Klaus Kinski. Sauf que l’acteur refuse catégoriquement de jouer dans un film avec des vampires… Pas de soucis, un projet est inventé de toute pièce où il doit jouer un fou enfermé, et les scènes seront insérées plus tard dans le métrage. Et comme souvent chez Franco, suivant le pays d’où vient la copie du film, le montage est différent, passant parfois de 1h26 à 1h38. Bref, Les Nuits de Dracula de Jess Franco. Un réalisateur mal aimé et souvent moqué mais oh combien intéressant dés que l’on tombe sur les bonnes oeuvres. D’ailleurs, détail amusant sur lequel je serais tombé récemment, Christopher Lee aurait dit dans une interview que Franco aurait pu devenir un grand, si seulement on lui avait donné du budget lui permettant de quitter l’image que l’on avait de lui, mais c’est un autre débat.

Nous n’allons pas nous attarder sur l’histoire, je pense que depuis le temps, tout le monde la connaît, avec Jonathan Harker partant dans le château du comte Dracula, qui est un vampire. Ce qui surprend dans cette énième adaptation, c’est encore une fois la fidélité avec laquelle l’histoire débute, en essayant de coller au plus près au fameux mythe et donc au roman, avec pourtant un manque de moyen évident à chaque instant. Cela ne dérange pas Franco, habitué depuis des années à des budgets frisant le zéro absolu, et qui nous ressort des atmosphères étranges qu’il maîtrise depuis le temps. L’arrivée de Jonathan au château se fera donc dans la brume, et ça fonctionne. Une fois au château, le manque de budget est encore une fois flagrant, les décors sont vides, sombres, et pourtant, c’est de ce vide qu’une atmosphère étrange va une nouvelle fois se créer. Pour l’aider, Bruno Nicolai, qui composa la même année la musique de Eugénie de Sade, se charge de livrer une musique angoissante convenant parfaitement à l’œuvre. De plus, malgré ses faibles moyens, Franco sait s’entourer d’acteurs de renommée avec qui a il a déjà tourné, ou va tourner à profusion. Christopher Lee bien entendu joue un génial comte Dracula, Herbert Lom joue Van Helsing, tandis que Klaus Kinski joue les fous, et que la belle Soledad Miranda joue le rôle de Lucy. On a connu bien pire comme casting principal.

Sans oublier les habitués que sont Maria Rohm (les Fu Manchu, Les Inassouvies, Venus in Fears), Fred Williams (Crimes dans l’Extase), Jack Taylor (Succubus, Eugénie de Sade) et bien entendu Paul Muller (Venus in Furs, Eugénie de Sade, Vampyros Lesbos). Malheureusement, et malgré l’habilité de Franco a livrer du bon boulot malgré ses nombreuses contraintes, tout n’est pas parfait dans cette nouvelle adaptation. Certaines scènes bien cheap feront parfois surface, comme celle de la chauve-souris, tout comme certains défauts (ah les ombres) probablement dû à un tournage éclair. Le plus frappant sera pourtant la seconde partie du métrage, beaucoup plus rapide et donc prenant là des libertés avec le roman, là où la première partie se faisait fidèle et très détaillée. Malgré tout, si Les Nuits de Dracula n’est pas un film parfait, loin de là, il reste pour les fans du personnage de Bram Stoker mais également les fans de Christopher Lee un métrage intéressant. Quand aux fans de Jess Franco, ils y trouveront également leur compte, la patte du réalisateur imprimant indéniablement la pellicule. Dommage qu’il n’ai pas fais de gros plans sur Emma Cohen et son sublime regard (Al Otro Lado Del Espejo), jouant ici une des femmes vampires.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un personnage fidèle au roman
♥ Christopher Lee
♥ Un métrage intéressant
♥ Très bon casting
♥ Une ambiance particulière
⊗ Le côté fauché parfois voyant
⊗ Une seconde partie trop rapide
note8
Sans être un grand film, Jess Franco signe là une adaptation intéressante du roman Dracula, toujours avec Christopher Lee.



Titre : Les Nuits de Dracula – El Conde Dracula – Count Dracula

Année : 1970
Durée :
1h37
Origine :
Allemagne / Espagne / Italie
Genre :
Fantastique
Réalisation : 
Jess Franco
Scénario : 
Augusto Finocchi
Avec :
Christopher Lee, Herbert Lom, Klaus Kinski, Soledad Miranda, Maria Rohm, Fred Williams et Paul Muller

 Count Dracula (1970) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

2 Comments

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  1. Ah le saligaud ! Faire tourner des scènes à un acteur sans lui dire pour quel film^^
    ça ne passerait plus aujourd’hui.
    Bon ben ça a l’air intéressant, même si c’est vrai que le côté fauché ne donne pas forcément très envie.

  2. Franco avait des techniques vraiment culottées. Parfois, il tournait en parallèle le début d’un autre film sans l’accord des producteurs et même sans personne au courant quasi, puis après, il montrait les 20 ou 30 minutes tournées aux producteurs, et quand ça plaisait, on finançait la suite. Ce qui explique certaines années ultra productives pour le monsieur, et aussi le fait que sa carrière alterne toujours le bon et le mauvais. Sans compter certains films existant sous plusieurs montages et plusieurs titres différents, ou ces métrages remontés dans son dos par certaines boites de prod pas fameuses (Eurociné en France par exemple).
    Aujourd’hui non c’est clair, ça passerait plus du tout.

    Quand tu sais à quoi t’attendre, le côté fauché doit passer clairement même pour quelqu’un qui ne connait pas l’oeuvre de Franco 😉 Mais il a fait quelques films qui ont bien plus de gueule c’est vrai.

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