[Film] Inferno, de Dario Argento (1980)

Rose Elliot, jeune poétesse newyorkaise, habite un immeuble à l’atmosphère étrange. Elle achète un vieux livre intitulé “Le Tre Madri” (Les Trois Mères), écrit par Emilio Varelli, architecte alchimiste tombé dans l’oubli. Le livre raconte la rencontre de Varelli avec les trois mères des Enfers: Mater Suspiriorum (la Mère des Soupirs), Mater Lacrimarum (la Mère des Larmes) et Mater Tenebrarum (la Mère des Ténèbres). Il leur construit une maison à chacune: une à Friburg, une à Rome et une à New York. Après avoir lu le livre, Rose commence à penser qu’elle habite dans cette troisième maison de New York, où réside la troisième Mère et commence à être inquiète et fouiller les environs.


Avis de Rick :
Argento avait frappé fort, en livrant coup pour coup Les Frissons de l’Angoisse en 1975, considéré comme son meilleur giallo (aux côtés de Ténèbres en 1982), puis Suspiria en 1977, œuvre baroque et expérimentale par excellence. Après avoir produit et supervisé la version Européenne de Zombie de George A. Romero, Argento retourne donc aux sorcières. Après tout, Suspiria mettait en scène la mère des Soupirs, et il reste encore deux autres sorcières dans sa mythologie. Avec Inferno, Argento s’attaque donc à la Mère des Ténèbres, et livre malheureusement un film assez imparfait et parfois bien trop calqué sur Suspiria, en terme de visuel, d’ambiance. Mais comme l’ensemble prend moins, on a également parfois l’impression qu’Inferno est un brouillon de Suspiria. Ironique étant donné que le métrage date de trois ans plus tard. Il faut savoir que durant la production du métrage, Argento était très malade, ce qui peut sans doute expliquer certaines erreurs. Mario Bava, présent à divers postes (réalisateur de seconde équipe, technicien, gestion de certains effets d’optique) serait même le réalisateur de pas mal de scènes concernant le personnage de Rose, soit le début du métrage. Bref, Inferno. Co-financé par la 20th Century Fox après le succès international de Suspiria, Argento récolte un budget confortable de 3 millions de dollars. De quoi se permettre beaucoup de choses.

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Malheureusement, malgré toutes les bonnes intentions du monde, malgré des moments proprement excellents, une imagerie forte (mais calquée sur Suspiria), un excellent score musical composé par Keith Emerson, une solide équipe technique (Mario Bava en réalisateur de seconde équipe donc, William Lusting en coordinateur de production, Lamberto Bava en assistant), Inferno ne prend jamais totalement. Les bons moments y sont pourtant nombreux, et ce dés la sublime scène d’ouverture, dans laquelle Rose plonge dans un bassin, avant de retourner à son appartement, où la photographie du film rappelle Suspiria, mais il manque clairement quelque chose à Inferno. Le métrage, dans la mouvance donc de Suspiria, en reprend pas mal d’éléments visuels voir même narratif, mais se disperse un peu plus. Là où nous suivions Suzy et étions plongé dans un cauchemar envoutant qui ne s’arrêtait jamais, Inferno multiplie les points de vu, les personnages, et parfois, ça prend l’eau. Le film nous présente Rose, mais finalement change de pays pour nous présenter son frère Mark qui reçoit une lettre de sa sœur. Mais il oublie la lettre, et le film passe donc à Sara, qui découvre la vérité sur les sorcières. Puis nous repasserons à Rose, avant de revenir à Mark.

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Inferno donne souvent l’impression d’avoir trop d’idées, trop de personnages, et cela nuit à l’ensemble du métrage. Pourtant encore une fois, les moments forts ne manquent absolument pas, les meurtres sanglants, passages surréalistes et autres moments à la fois terrifiants et hypnotisant se multiplient. Même certaines scènes, clairement reprises de Suspiria, fonctionnent relativement bien, comme la scène du taxi. Certaines scènes surprenantes s’invitent dans le métrage, comme ce meurtre violent sur fond de musique d’opéra (on pourra dire que cela mènera au film Opéra en 1987), ou encore l’exploration du sous-sol de la demeure de la sorcière sur un morceau magnifique. Mais on a trop souvent l’impression encore une fois de voir une copie de Suspiria en moins maîtrisée, autant dans le fond que dans la forme. Oui, les plans sont magnifiques, les couleurs vives, mais voir dans le coin droite de l’écran la main du technicien qui lance un chat, ça a moins la classe (ok, c’est peu voyant au final, mais quand on connaît la dextérité d’Argento à l’époque…). Oui, le film se veut encore être une expérience surréaliste, mais en reprenant pas mal d’éléments de Suspiria, autant narrativement que visuellement, il ne bénéficie plus de l’effet de surprise. Si des scènes sont fortes, quelques autres auraient pu être aisément raccourcie pour donner plus de rythme au métrage (durant 1h50 quasi). Inferno n’est donc pas mauvais, loin de là, mais est clairement inférieur à l’expérience proposée trois ans plus tôt.

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LES PLUSLES MOINS
♥ De très bons moments surréalistes
♥ Un métrage plutôt intéressant
♥ Avec Suspiria, une œuvre différente
⊗ Un poil trop long
⊗ Parfois trop calqué sur Suspiria
Si Inferno reste un bon film, il ne bénéficie plus de l’effet de surprise. N’arrivant pas toujours à se détacher de l’influence du premier film, on passe néanmoins un très bon moment.

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InfernoTitre : Inferno
Année : 1980
Durée : 1h47
Origine : Italie
Genre : Fantastique
Réalisateur : Dario Argento
Scénario : Dario Argento

Acteurs : Leigh McCloskey, Irene Miracle, Eleonora Giorgi, Daria Nicolodi, Sacha Pitoëff et Alida Valli

 Inferno (1980) on IMDb


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Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

4 Comments

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  1. Aucun commentaire sur ce film ? Mais à moi d’y remédier alors.
    Personnellement, je préfère cet opus au précédent. On y trouve une narration particulière, avec trois personnages qui sont potentiellement les héros, mais dont nous ne découvrirons le véritable qu’au terme de rebondissements bien amenés. Un peu plus complexe mais très bien maîtrisée, cette narration me captive plus que celle, limite absente, de ‘Suspiria’. Certes, ‘Inferno’ reprend de nombreux éclairages et des idées, mais cela reste une suite, et, malgré ces points communs, se détache du chapitre précédent. Argento filme encore mieux des femmes magnifiques et mystérieuses ( des beautés comme Eleonora Giorgi ou Ania Pieroni ne s’oublient pas ), fascine par des architectures bizarres et plus nombreuses, et sa galerie de personnages bizarres permet de ne pas s’ennuyer.
    Le score de Keith Emerson, plus discret que celui des Goblin, mais tout aussi bon, donne un côté plus subtil à l’oeuvre je trouve.

    1. Et oui il n’y a pas de grands fans d’Argento traînant sur le site 😉 Du coup les oeuvres moins connues (ou qui furent difficilement visibles pendant des années) restent des chroniques sans commentaires 😛
      Beaucoup préfèrent au final Inferno snif !
      Il y a beaucoup de bonnes choses, mais Suspiria fut un tel choc que je n’arrive jamais à passer outre certaines “répétitions”. Même s’il s’en détache au fur et à mesure. Puis je déteste la scène des chats, mais ça, c’est personnel 😀
      Keith Emerson a fait du bon taf, notamment sur le thème principal, mais aussi le thème vers la fin (Matter Tenebrarum).

  2. Ah oui en effet, la scène des chats est assez douloureuse. On est en pas au snuff animalier des films de cannibales, mais ça reste difficile à voir. Comme pour ‘Suspiria’ d’ailleurs, c’est le final qui me semble un peu trop expédié.

    1. Oui, et puis bon, les chats, ce sont un peu des animaux des quotidiens, que l’on croise partout, dans les rues, les jardins, chez soit (pour moi).
      Exact, le final autant de Suspiria que d’Inferno (et au final, de pas mal de films Italiens de cette époque) est expéditif, dommage. Mais bon, souvent ce sont des moments épiques donc on fait avec.

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