[Film] I’m Livin’ It, de Danny Wong (2020)


Le quotidien d’un petit groupe de SDF solidaires qui dorment le soir dans un restaurant fast-food.


Avis de Nasserjones :
Depuis 2/3 ans, il est en train de se passer quelque chose à Hong Kong. Quelque chose d’un peu difficile à comprendre, vu que personne n’en parle, mais une nouvelle génération de réalisateurs est en train d’émerger à Hong Kong. Une génération qu’on pourrait presque qualifier de nouvelle vague, tant elle présente des points communs avec la nouvelle vague HK qui avaient émergée à la fin des années 70. Tout comme la précédente nouvelle vague, cette nouvelle vague affiche un changement radical de style et de vision du cinéma par rapport à ce qui se faisait avant à Hong Kong.

Pendant 50 ans, le cinéma HK a été avant tout un cinéma d’exploitation, naviguant d’un genre à l’autre suivant les modes. Bien sûr, il y a toujours eu des auteurs à Hong Kong tel que Ann Hui, Patrick Tam, Derek Yee ou Lawrence Ah Mon, mais ces auteurs étaient souvent obligés d’insérer des éléments du cinéma de genre dans leur drame. On a ainsi souvent reproché à Ann Hui d’avoir le cul entre deux chaises et de faire des films qui n’étaient ni des vrais drames, ni des vrais polars (Zodiac killers, Ah Kam ou Story of Woo viet) et même Wong Kar-Wai, dans ses premiers films, réalisait déjà des romances mélancoliques avec des tueurs à gage ou des trafiquants de drogue au milieu de tout ça (Chungking express, Fallen Angels). Hors cette nouvelle génération composée de Oliver Chan, Kiwi Chow, Jun Li ou Danny Wong, réalise des drames sociaux purs et durs sans plus aucune référence au cinéma de genre. I’m Livin’ It est donc un exemple parfait de ce nouveau cinéma, un drame social qui parle de la vie des petits gens de Hong Kong. Alors quand on a grandi avec Jackie Chan, John Woo et Tsui Hark, ce cinéma peut être difficile d’accès. I’m Livin’ It ressemble parfois à un film d’auteur français ou taïwanais, c’est lent, parfois ennuyeux, misant avant tout sur le jeu de ses acteurs. Le film n’a pas vraiment d’histoire, on suit le quotidien de ces SDF, essayant de survivre comme ils peuvent entre petits boulots et combines minables. Chacun ayant son histoire, on apprend peu à peu à les connaître et on découvre leurs histoires respectives les ayant conduits à la vie de SDF.

Outre le fait que le film soit lent, il est aussi terriblement dur et déprimant. Si vous n’avez pas le moral au plus haut au moment du visionnage, ce film risque de vous déprimer encore plus. Mais I’m Livin’ It est aussi un film profondément humain, avec une galerie de personnages attachants dont on est pris d’affection. On a envie de les voir s’en sortir et c’est précisément le sujet du film, I’m Livin’ It est un film qui parle de gens brisés par la vie, sans domicile, mais animés par l’envie de s’en sortir. Ils refusent de mendier et de dormir dans la rue ou de se noyer dans l’alcool et font preuve d’une grande solidarité entre eux pour affronter la misère et garder une existence digne. Toute la brochette d’acteurs sont tous très bons, à commencer par Aaron Kwok qui livre une des meilleures prestations de sa carrière (la meilleure depuis After this our exile) et tous les autres, principalement Miriam Yeung et la jeune Cya Liu (revu depuis dans Limbo). A noter aussi la présence du vétéran Alex Man en retraité un peu fou. Le film est aussi très bien réalisé, avec une belle photo numérique qui capte parfaitement les lumières de la nuit hongkongaise et ses ambiances. Bien que le film ne nous épargnera pas une succession de drames, il se finit quand même sur une note d’espoir qui résonne comme un message adressé au peuple hongkongais plongé dans une période de grandes incertitudes.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une galerie de personnage attachant
♥ De belles prestations d’acteurs
♥ Une bonne réalisation dans un style sobre et réaliste
⊗ Un peu lent
⊗ Quelques passages un peu ennuyeux
Note :
I’m Livin’ It est un des dignes représentants de la nouvelle vague HK. Un excellent drame social qui parle du vrai Hong Kong et de son peuple.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Bien qu’il s’agisse de son premier film, Danny Wong a travaillé comme sur assistant réalisateur sur 17 films déjà, dont Black Mask 1 et 2 ou Dog bite dog. Il a débuté sa carrière en 95 dans le cinéma en tant que producteur sur le The Blade de Tsui Hark.
• Le film a été nominé pas moins de 12 fois aux 39èmes Hong Kong Film Awards : Meilleur acteur, meilleure actrice de second rôle, meilleure photographie, meilleure bande son, … Il n’en remporta finalement qu’un seul, celui du meilleur second rôle masculin pour Cheung Tat-Ming.
• Aaron Kwok a révélé avoir lu pour la première fois le scénario du film au Festival de Cannes 2017 et a insisté pour faire partie du projet à ce moment-là. Il s’est également affamé pour ressentir la sensation de faim afin de plonger plus profondément dans son rôle. Il a souffert de symptômes psychosomatiques en conséquence, a pensé avoir développé un cancer comme son personnage et a dû faire vérifier son corps par un médecin qui lui a dit de ne pas s’inquiéter.


Titre : I’m Livin’ It / 麥路人
Année : 2020
Durée : 1h50
Origine : Hong Kong
Genre : Drame Social
Réalisateur : Wong Hing Fan (ou Danny Wong)
Scénario : Poon Hang-Kei

Acteurs : Aaron Kwok, Miriam Yeung, Cya Liu, Alex Man, Pau Hei-Ching, Cheung Tat-Ming, Zeno Koo, Kathy Wu, Gaga Wong, Sammy So, Nora Miao, Aaron Chow

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Auteur : Nasserjones

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Jonathan-asia
2 août 2021 11:10

Je confirme, un petit bijou. Tout à fait d’accord avec ton analyse au début : les drames sociaux HK ont une toute nouvelle puissance avec ces jeunes réals.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Jonathan-asia
2 août 2021 11:22

Content de te voir faire un coucou Jonathan ^^

Feroner
Administrateur
2 août 2021 12:44

J’ai pas aimé j’en parle dans le forum.
Enfin une nouvelle génération a HK en espérant qu’elle puisse s’exprimer maintenant que c’est devenu une ville Chinoise comme les autres.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Feroner
2 août 2021 13:12

Je suis pas sur que ce soit devenu une ville chinoise comme les autres. Je pense que c’est encore pire et que du coup c’est encore plus surveillé, encore plus de répression qu’une ville chinoise normale. Mais c’est aussi ce qui peut donner de la force à de potentiels nouveaux réalisateurs.

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
2 août 2021 14:37

Ce serait bien mais c’est pas gagné, en Corée il a fallu la fin de la censure et de la dictature pour que leur cinéma explose.

John Roch
Administrateur
Reply to  Nasserjones
2 août 2021 17:51

Effectivement si nouvelle nouvelle vague il y a ce serait pile le bon moment, les Hong Kongais se sont fait bien baiser par la Chine, car malgré la rétrocession il y avait encore 30 ou 40 ans ( il me semble) avant que HK ne revienne completement à la Chine, ce qui je pense à du les rassurer un peu du fait qu’ils auraient pu encore vivre à la Hong Kongaise, avant que le gouvernement ne passe pro Chinois comme par “miracle”. Mais là la Chine est de plus en plus opressante sur HK, et les Hong Kongais ont la rage, pile le bon moment pour faire des films engagés qui l’exprime cette rage. Mais ouais, refaire aussi fort que la 1ere nouvelle vague, ça relève du rêve, mais on sait jamais.