[Film] Frère De Sang, de Frank Henenlotter (1982)

Un jeune homme transporte partout avec lui un grand panier en osier. À l’intérieur, se trouve son frère siamois, un monstre au visage déformé. Ensemble, ils traquent les médecins qui les ont séparés pour se venger.


Avis de John Roch :
Bien avant que le maire Rudy Giuliani (aidé par les investissements immobilier massifs de Disney, ça ne s’invente pas) ne prenne en main la ville de New York et la débarrasse de sa criminalité, Time Square et sa mythique 42ème rue était le coin des putes, des camés, des criminels en tout genre, des sex-shops et autres peep-shows, mais aussi des cinémas qui diffusaient en double, voire triple programme, des films d’exploitation de tous les genres possibles, avant de ne diffuser quasi exclusivement que du porno. C’est dans ce New York que Franck Henenlotter a découvert le cinéma dès son plus jeune âge. Après quelques court métrages, place au long, avec Frère de sang, qui reste aujourd’hui toujours aussi culte dans le cercle des amateurs de cinéma d’horreur underground. C’est avec un budget de base de 10000 dollars qu’il commence son film, complété par des investisseurs au fur et à mesure que le métrage se tournait, pour un cout total de 35000 Dollars. La bonne époque où non seulement on faisait des films avec une idée et pas d’argent, mais qui bénéficiaient en plus d’une visibilité sur grand écran qui grandissait avec le bouche à oreille. Frère de sang a d’ailleurs été diffusé pendant 2 ans sur la 42ème rue, sans doute une fierté pour Henelotter, qui en est toujours aussi nostalgique. Ce qui ne sera pas un tremplin pour autant, le réalisateur aura par la suite mis 6 ans avant de trouver des fonds pour Elmer le Remue Méninge, puis a dû donner 2 suites à Frère de Sang afin de pouvoir mettre en scène Frankenhooker, une méthode qui l’a dégouté du système et l’a poussé à s’éloigner de la réalisation avant de revenir avec Bad Biology en 2008. Entre temps, il a confirmé être un amoureux du cinéma d’exploitation en collaborant avec Something Weird Vidéo (sauveur d’un nombre fou de bobines du genre, certaines anecdotes sur leurs acquisitions valent le détour), qui lui dédie une collection.

Mais revenons au commencement avec Frères de sang, qui a pour héros Duane qui s’installe dans un Hôtel New-yorkais de la 42ème rue avec un sac à dos, une liasse de billets, et un panier en osier. Il n’est pas seul puisque dans ce panier se cache Belial (ou Marcel en VF, une traduction du nom original étrange qui amuse le réalisateur lui-même lors de ses passages en France), son frère siamois monstrueux et difforme. Leur but est de retrouver les médecins qui ont clandestinement séparés les frangins alors qu’ils étaient enfants et leur faire payer. Frère de sang part de cette idée simple mais bien trouvée pour en faire un film gore, de ce côté c’est une légère déception puisque hormis des jets de sang et quelques plans saignants, on ne peut pas dire que le métrage soit un monument du genre. Des effets spéciaux simples, sans trucages extraordinaires. Quant à Belial, le monstre fait illusion la plupart du temps malgré des techniques rudimentaires, qui vont du gant en latex à la stop motion, mais c’est surtout au niveau sonore que la bête marque, ses hurlements sont par moments flippants.

Bien que devenu culte pour son coté gore, ce qu’il n’est pas vraiment, la réussite de Frère de sang est ailleurs. En effet, c’est avant tout une histoire de deux frères considérés l’un comme l’autre comme des monstres du fait que l’un ne peut pas vivre sans l’autre. Un élément qui est le thème principal du film et l’exploite à merveille, car au-delà de l’histoire de vengeance qui est là pour amener son lots d’atrocités, Frank Henenlotter concentre son récit sur la relation entre les deux frères. Duane profite de son passage à New York pour commencer une romance qui va déclencher une relation conflictuelle avec Bélial, qui jalouse cette relation puisque tout être difforme qu’il est, il a les mêmes envies et désirs que son frère. Un début de conflit orageux, qui amène un côté dramatique (la scène où Duane raconte son enfance est vraiment réussie) à une histoire qui se soldera par une issue tragique. Pour le reste, Henenlotter soigne son film et lui donne un cachet particulier et une ambiance par moments poisseuse car tourné en plein Time Square, renforcé par des acteurs au jeu par moment mauvais mais pour la plupart recrutés à même la rue, ce qui en rajoute dans l’authenticité de la vision du réalisateur de la 42ème rue, qui livre là une sorte de lettre d’amour au New York qu’il a tant affectionné. Il réussit même à faire du panier en osier un personnage à part entière en le mettant au centre de plusieurs scènes sources de suspens, qui fonctionnent bien, si l’on omet la première apparition de Belial sacrément foirée. Autant d’éléments qui font que Frère de Sang a bien traversé les époques et à raison : si le coté effets spéciaux a pris un coup de vieux, ce n’est pas forcement pour cela qu’il est réussi.

LES PLUSLES MOINS
♥ La relation Duane/Belial bien exploitée
♥ Le New York des années 80, comme si on y était
♥ Un coté dramatique surprenant
⊗ Pas si gore
⊗ Ça a pris un coup de vieux sur certains aspects
Frère de sang est un film bien plus intéressant que sa réputation de film culte gore underground ne laisse l’entendre. Frank Henenlotter parvient à rendre son histoire prenante en se concentrant sur une relation fraternelle qui amène un soupçon de drame au récit, et c’est là qu’est la réussite du métrage.

LE SAVIEZ VOUS ?
• La plupart des noms affichés pendant le générique de fin sont bidons. L’ équipe était réduite et à tout les postes, il a été décidé de ne pas répéter les mêmes noms et donc d’ en créer.
• La liasse de billet que Duane a sur lui est réelle, il s’ agit du budget du film.
• Les cris de Belial ont été fait par Kevin Van Hentenryck, l’ interprète de Duane.


Titre : Frère de sang / Basket case
Année : 1982
Durée : 1h31
Origine : U.S.A
Genre : Conflit fraternel
Réalisateur : Frank Henenlotter
Scénario : Frank Henenlotter

Acteurs : Kevin Van Hentenryck, Terri Susan Smith, Beverly Bonner, Robert Vogel, Diana Browne, Lloyd Pace, Joe Clarke

 Frère de sang (1982) on IMDb


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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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Rick
Administrateur
21 août 2021 22:19

Quand je l’avais vu, il y a bien déjà…. 6 ou 7 ans, pas du tout aimé. Je m’étais un peu fais chier devant en fait, et du coup l’ambiance poisseuse de New York n’avait pas du tout fonctionné pour moi. Heureusement que tu te dévoues pour écrire dessus (et sur les suites mouahaha)

Cherycok
Administrateur
24 août 2021 16:16

Ca fait partie de ces films devant lesquels je suis de nombreuses fois passé en videoclub mais qui ne m’ont jamais inspiré confiance ^_^

Faze
Faze
26 août 2021 3:29

AAAAh Rick est de retour ! Le retour du roi ! (Chery toi tu es l’empereur)
J’espère que tes problèmes pc – internet sont résolus amigo 😉

Sinon Basket Case découvert il y a longteeeeeemps (plus ou moins en même temps que la chanson du même de greenday c’est dire …) et je l’aime bien ce petit film. (après je suis bon public avec les films de Henenlotter)

Faut dire le new york glauque et dégueulasse de la fin des 70’s – début 80’s m’a toujours fasciné , donc réalisateur + décor + trash rigolo idiot , ça fonctionne très bien sur ma personne (j’ai même le bluray , désolé de te décevoir Rick :p )

Après de là à avoir cette aura de film culte , c’est déjà plus discutable , Brain damage du même réa est bien plus solide (aussi bien niveau réalisation que sous texte et scénario même si on devine toujours un budget famélique)

A la limite Chery , je te conseille éventuellement de tenter l’aventure si tu le trouve « àpascheresurinternetclindoeilclindoeil » …

Rick
Administrateur
Reply to  Faze
26 août 2021 3:58

Et oui, I’m back, j’aurais pu revenir il y a une semaine, mais j’ai profité pour me relaxer aussi (et pour faire une refonte totale de mon propre site, et ça, ça a donné de sacrées crampes aux doigts :/ )
Mon souci était d’informatique, internet marche très bien. Disons que mon ordi, qui fonctionne toujours au top, est un mac avec un os datant de quand je l’ai acheté… donc il y a 11 ans, et qu’à force de mise à jour wordpress sur le site, je n’avais plus accès à rien. Poster un article ? Impossible de d’appuyer sur les boutons pour mettre des images, planifier une date précise, mettre des mots clés. Je ne pouvais limite que copier du texte, ce qui limite quand même 😀
Mais comme je dois me barrer plusieurs mois d’ici la fin de l’année (on croise les doigts), hors de la France, il fallait de toute façon que j’achète un ordi portable, donc voilà, je raconte ma life, l’achat ordi portable a été fait, je suis de retour, je peux de nouveau poster, répondre aux coms, vous emmerder avec mes films Japonais, tout ci tout ça haha !

Et ne t’inquiètes pas pour le blu-ray de BASKET CASE, je te pardonne car tu dis clairement que BRAIN DAMAGE est meilleur à tout point de vu, et justement, je l’aime beaucoup celui-là. Evidemment c’est un peu fauché aussi, on sent rapidement les limites du budget, mais je sais pas, il y a un truc qui me parle plus, une ambiance, un côté grotesque mieux géré (et une bande son que j’aime beaucoup, aussi). Le fait que j’ai découvert BRAIN DAMAGE jeune et BASKET CASE beaucoup plus tard, adulte, joue peut-être.

Par contre clairement, son côté « culte », il est difficile à comprendre par moment.

Faze
Faze
Reply to  Rick
27 août 2021 1:39

Heureux de ta savoir en forme en tous cas !

Et si c’est pas trop indiscret : de quel côté du globe vas tu voyager d’ici la fin de l’année ?

Rick
Administrateur
Reply to  Faze
27 août 2021 2:06

Dans un coin inconnu du monde, dont il m’arrive occasionnellement de parler dans mes critiques, à condition que toutes les frontières ouvrent et tout ça……… Le Japon 😉

Faze
Faze
Reply to  Rick
27 août 2021 5:41

A présent je t’imagine tel un Bill Murray faisant une pub de Whisky entouré de gens incompréhensibles et se demandant dans quelle aventure il s’est embarqué … 😀

Et tu passeras le bonjour à Tsukamoto et Miike de ma part 😉

Rick
Administrateur
Reply to  Faze
27 août 2021 15:28

Et voilà comment sans prévenir, tu me fais sortir mon blu-ray de LOST IN TRANSLATION, vu que je suis un grand fan de ce film (oui le casting y est pour beaucoup). Alors tu peux m’imaginer comme ça, mais bon, je suis moins âgé, je ne ferais pas de pub, et je ne risque pas de trainer tous les soirs dans le bar d’un hôtel de luxe mais plutôt dans le logement fournis par l’école (j’y vais pour apprendre la langue, voilà voilà) 😀