[Film] Domino, de Brian De Palma (2019)


Un flic danois est aux trousses d’un tueur, responsable de la mort de son coéquipier, il sera épaulé par une policière, également maitresse de ce dernier. Mais ce que le duo ignore, c’est que le coupable qu’ils traquent travaille pour la CIA et est sur la piste d’une cellule terroriste.


Avis de Rick :
Le grand De Palma reviendra-t-il un jour ? À l’image de Dario Argento, Brian De Palma fait clairement parti de ces réalisateurs cultes des années 70 et 80 qui ont du mal à tourner aujourd’hui. Si certains voient en L’Impasse en 1993 son dernier chef d’œuvre (dont moi, je ne vais pas mentir), il ne faut pas oublier que la suite des années 90 n’aura pas été honteuse pour le maître du suspense. Mission Impossible et Snake Eyes, c’était malgré tout du très bon. Même le début des années 2000 n’auront pas été catastrophique, même si la gloire d’antan était loin, avec un Mission to Mars à la première heure magistrale avant de s’effondrer par la suite, et un Femme Fatale très critiqué mais très intéressant et à l’ouverture elle aussi magistrale. Oui, mais après, il y avait le soporifique Le Dahlia Noir, puis Passion, remake du film Français Crime d’Amour, pas déshonorant mais assez insignifiant. À l’image d’Argento, De Palma tente de continuer sa carrière, mais n’a pas les moyens de ses ambitions (on connait les soucis de tournage du Dahlia Noir), n’écrit plus ses scénarios, et a souvent dans les pattes un rendu de DTV. Et bien Domino, son retour après 7 années d’absence, ne va pas venir changer la donne, loin de là. De Palma a en effet tourné son métrage, éternel film policier à base de complots, au Danemark, avec une production et un financement Danois donc, pour un budget bas de moins de 10 millions, des acteurs venant de là-bas pour la plupart, et un rendu visuel vraiment cheap et très proche du vulgaire téléfilm, pas aidé par une photographie terne et sans saveur venant de Joé Luis Alcaine, avec qui il avait déjà bossé sur Passion. Et comme pour ses derniers films, De Palma ne signe pas le scénario du dit métrage. À ce niveau, son prochain film relèvera peut-être le niveau, de par son sujet (un producteur prédateur à Hollywood haha), et le fait que De Palma sera seul maître à bord (mise en scène, scénario). Mais revenons à Domino, son opus de 2019.

Domino ne part pas avec de bons points, et De Palma ne dit par ailleurs pas forcément des choses rassurantes vis-à-vis du métrage. Budget ridicule, équipe technique qui a été payée en retard (ou pas du tout ?), et un montage final qui, s’il est bien de lui en terme de plans (son final cut donc), n’aura pas eu droit sa participation au-delà de l’assemblage. Donc, le mixage, la musique, l’étalonnage des couleurs, tout ça, il n’y a pas participé. Bon, même en prenant ça en compte, ça ne remontera pas le niveau, puisque niveau montage, Domino dure à peine 1h30, et ressemble dans son déroulé à un DTV tout ce qu’il y a de plus classique, avec ses raccourcis scénaristiques énormes, ses conclusions hâtives nous amenant du point A au point B en temps record et j’en passe. On y suit un flic, forcément, cherchant à venger son partenaire, tué par un tueur au Danemark. Il sera aidé par la maitresse de son coéquipier, et les deux vont prendre la route pour traquer le tueur, capturé par la CIA et bossant pour elle afin de démanteler un réseau terroriste qui prépare un sale coup en Espagne. Encore une fois comme Argento, De Palma, sur un scénario pas de lui, se raccroche à sa gloire d’antan et tente d’insérer dans un récit sans surprises ses propres obsessions, thématiques mais également techniques. Une cage d’escalier, des mouvements de caméra lents et calculés, des faux semblants, des complots, sans oublier une multitude d’écrans de caméra, un écran splité, et un final abusant du ralentis et de la musique. Les intentions sont clairement là, aidées par le score musical de Pino Donaggio qui semble vouloir nous ramener 30 ans en arrière, à la grande époque d’un Blow Out ou Body Double. Mais De Palma n’est pas aidé par une photographie fade qui vient le plus souvent donner un résultat tiède à ses tentatives.

C’est tout le souci, De Palma tente de s’appliquer comme il peut. La caméra est souvent habile et fluide, le montage pas déshonorant, les idées là, mais ça ne fonctionne jamais vraiment. Pour le fan ou du moins le cinéphile, l’exercice n’est pas inintéressant par contre, bien que laissant un petit pincement au cœur. L’exemple le plus flagrant d’un tel résultat, ce sera une scène glaçante dans les faits, où De Palma met en avance le terrorisme via les nouvelles technologies, ramenant un peu à ce qu’il avait tenté de faire avec Redacted il y a un peu plus de 10 ans. Une scène intéressante dans ce qu’elle nous montre, dans sa manière de nous le montrer (l’usage du split screen justement), mais qui sonne parfois un peu fausse. L’autre moment que l’on pourra qualifier de bravoure, ce sera le final, où De Palma semble étirer le temps pour profiter de cette scène qui l’intéresse, utilisant du ralenti, d’une nouvelle reprise du Bolero de Ravel (après sa sublime utilisation dans Femme Fatale), et où la photographie fait enfin un peu dans la fantaisie, avec ses néons bleutés. Un final jamais totalement convaincant, et se plantant même sur certains aspects, mais où De Palma, faisant ce qu’il sait et a toujours su faire, parvient enfin à capturer pleinement notre attention via quelques moments figeant le temps et nous donnant ce que l’on attendait de l’ex maître. Un peu à l’image du Dahlia Noir, souvent raté, parfois risible (ce final nom de dieu), souvent chiant, mais traversé de quelques éclairs de génie (la scène des escaliers). C’est un peu la même chose ici, les longueurs en moins, mais également l’ambition du sujet en moins.

LES PLUSLES MOINS
♥ Quelques éclairs de génie
♥ Du haut de ses 1h29, rythmé
♥ La nostalgie d’un score à l’ancienne pour Donaggio
⊗ Une esthétique de téléfilm bas de gamme
⊗ Un scénario simpliste avec son lot de facilités
⊗ Jamais palpitant malgré son sujet
De Palma revient par la petite porte DTV, avec un produit fauché qui aura eu une production difficile. La grande époque est loin, ça sonne fauché, mais ce n’est pas inintéressant pour autant, même si on est loin du bon film.



Titre : Domino
Année : 2019
Durée : 1h29
Origine : Danemark
Genre : Policier
Réalisateur : Brian De Palma
Scénario : Petter Skavian

 Domino (2019) on IMDb


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6 Comments

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  1. J’avais déjà lu ta chronique la semaine passée , et que dire de plus que le De Palma des années 70 à 90 à l’air bien loin à présent …

    Et ses amis les milliardaires (Lucas où Spielberg par exemple) , ils auraient pas envie de le financer en lui laissant carte blanche ?
    Parce qu’on sent que le bonhomme à encore des idées mais c’est clairement au niveau production que ça coince …

    Sinon pas tenté par ce (télé)film … 🙁

  2. Il reste à espérer pour son prochain projet, dont le sujet a l’air bien intéressant, et qui lui permettrait je pense de retrouver les idées et le côté grandiose du début des années 80. Bon ça se trouve il va se planter et je vais grincer des dents, mais j’ai envie d’y croire.

    Après, dans ses films post 90, même si pas parfait, j’adore son Femme Fatale ^^

  3. Oh attention , entendons nous bien , même dans ses films post 90 il y a des qualités. (même son Dahlia noir et sa Femme fatale m’ont pas déplu)

    Mais lire que son dernier métrage fait téléfilm , lui le maître des réalisations virtuoses ça troue le cul !

  4. Femme Fatale j’aime beaucoup.
    Mission to Mars la première heure est magistrale. Après, il y a la fin, ça coince là.
    Le Dahlia Noir, il y a quelques bonnes scènes, mais que le rythme est bancal, et il y a quelques scènes ridicules.
    Passion ne m’avait pas passionné…

    1. Mission to mars je dirais même que c’est juste le final qui ressemble à du mauvais Spielberg !
      Donc 20 minutes sur 1h53… mais une mauvaise fin peut gâcher tout le ressenti positif d’un bon film.

      Sinon jamais eu le courage de voir Passion.

  5. Ou du mauvais Disney…ah merde non c’est produit par Disney c’est vrai, j’oublie souvent ce détail 😀
    Oui, c’est ça, ça impacte le ressenti du reste, alors que le reste était excellent.

    Passion, c’est un remake sans âme de Crime d’Amour, film français que j’avais beaucoup aimé. De Palma y insère ces tics de mise en scène, mais ça m’a pour le coup paru forcé, et mal venu (mais je ne peut pas aller plus loin sans faire du gros spoil).

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