[Film] Dead Silence, de Xu Fei-Qing (2023)


Lu Li est un patrouilleur de nuit qu’on appelle un « Exorciste ». Il erre sur les routes à la recherche des démons qui ont pris l’apparence humaine pour les exterminer et les renvoyer dans leur monde. Au fil des rencontres, Lu Li se rend compte que la frontière entre le bien et le mal n’est pas toujours simple à distinguer et que peut-être, il est en train de faire fausse route à les tuer sans discernement, sans se poser de questions…


Avis de Cherycok :
Je me suis lancé dans Dead Silence sur la seule foi d’un court avis d’un de mes contacts Twitter (enfin, « X » désormais) qui enchaine les DTV chinois et qui lui a mis un magnifique 10/10. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui, le bougre semblant beaucoup apprécier les DTV de fantasy avec abus de fonds verts qui me font parfois tiquer, mais il a qualifié celui-ci de « marquant », alors cela m’a rendu curieux. Et puis sur Douban, le IMDB/Allociné chinois, il écope d’un 6.1/10 sur plus de 2000 votes. Cela peut sembler peu, mais les chinois sont très durs envers leurs productions locales du genre. Ils en bouffent à toutes les sauces étant donné que leurs plateformes de SVOD en sont remplies. Alors 6.1/10 est une bonne note, une très bonne note même. Disponible sur iQiYi, basé sur le roman fantastique Zi Buyi, mis en scène par Xu Fei-Wing, réalisateur pas le plus prolifique du « DTV Chinese Universe » puisqu’il n’a pondu que 4 films en 10 ans là où certains en font plusieurs par an, Dead Silence fait effectivement partie des meilleurs DTV que j’ai pu voir, le plaçant immédiatement en tête de cortège aux côtés de Blind Sword et autres Fight Against Evil 2. Alors la note de 10/10 de mon ami twittos est peut-être exagérée (mais faut le comprendre, il parle avec le cœur), mais Dead Silence est néanmoins un très bon film.

Dès l’introduction, Dead Silence va intriguer, avec ce personnage ressemblant à un vagabond qui semble être un chasseur de monstres, n’hésitant pas à tuer les progénitures mi-enfants mi-monstres. On nous explique que ces gens errants, qui vivent souvent dans la pauvreté, sont là pour éradiquer ces mauvais démons afin de garder un équilibre dans le monde, bien qu’ils soient parfois eux-mêmes accompagnés de démons qui les assistent. Le scénario, bien qu’au final peu complexe, va petit à petit nous en apprendre plus sur ce héros un peu mystérieux. Il va prendre le temps de développer son personnage, sans chercher à nous abreuver de scènes d’action. Il met en place des scènes assez fortes et a compris qu’un bon récit passe également par des scènes plus posées, par une ambiance, et pas juste un enchainement de combats frénétiques comme on le voit parfois dans les DTV chinois. En seulement 1h30, il montre de manière très complète l’interaction entre les humains et les démons du point de vue de son héros. Le noyau de l’histoire est également très simple : humain ou démon, qui est bon et qui est mauvais ? Et de manière plus générale, comment distinguer le bien du mal ? Des thématiques simples et un scénario simple donc, mais la façon dont l’histoire est racontée et montée donne au film une certaine tension et il n’y a aucun problème de logique tout le long. Mieux encore, les personnages sont réussis et capables d’interpréter la complexité de la nature humaine, qu’il s’agisse d’ailleurs d’humains ou de démons. Il n’y a pas de bien ou de mal absolu, et ce sujet est mine de rien traité en profondeur avec une narration intelligemment peaufinée. On sent un vrai investissement dans le film, on sent une réelle sincérité, ce qui est loin d’être le cas avec les DTV chinois, souvent là pour remplir un catalogue en étant vite faits / plus ou moins bien/mal faits. Pas d’humour ici, l’univers qui nous est décrit est sérieux, sombre, un peu désespéré même, et il ne faut clairement pas se fier à l’affiche pleine de couleurs mais plutôt aux affiches alternatives, en blanc et noir, bien plus représentatives de ce qu’est le film réellement.

La distribution est très variée, permettant au public de s’imprégner de l’intrigue et des personnages. Ces derniers sont vivants et les performances des acteurs sont convaincantes. Alors certes, Sun Qi-Heng, qui interprète le protagoniste principal, manque un peu de charisme et quelqu’un comme Miu Tse (Blind Sword, Mutant Tiger) aurait clairement donné encore plus de force à Dead Silence, mais il compense par une réelle implication dans son rôle de chasseur de démons tiraillé entre son métier et son envie de réellement faire le bien lorsqu’il se rend compte, au fur et à mesure de ses différentes rencontres et péripéties, que le mal n’est pas toujours là où on le pense. Outre ce personnage principal, ce sont également les seconds rôles de manière générale qui sont soignés et qu’on n’a pas juste placés là pour faire joli. Comme souvent, et même pour certains mauvais DTV, c’est visuellement très soigné et élégant. On sent qu’un soin tout particulier a été apporté à la construction des cadres et certains plans sont vraiment magnifiques. Même chose pour le look des personnages. C’est crédible, palpable, tout est tourné sur place avec un réalisateur qui semble refuser les fonds verts, et certains paysages sont tout bonnement à couper le souffle. Les scènes d’action sont bonnes, moins découpées que dans la plupart des DTV chinois de fantasy, permettant de bien apprécier le talent des chorégraphes et des acteurs qui, certes très câblés, fournissent un travail impliqué qui fait plaisir à voir. On sent que ça privilégie la lisibilité et, bien qu’il y ait au final peu de combats car ils ne sont pas le point principal du récit, ça commence à réellement ressembler à quelque chose et prouve bien que lorsqu’elles veulent bien s’en donner la peine, ces petites productions en ont sous le capot. Alors oui, certains CGI pourront clairement faire tiquer et il est vrai que le faible budget alloué à ces DTV se ressent parfois, ici lorsqu’il s’agit de mettre en scène des monstres, bien que le réalisateur essaie de limiter leur présence. Mais pourtant, l’univers que dépeint Dead Silence est des plus crédibles au point que ces quelques CGI approximatifs ne sont au final qu’un petit détail qui ne vient à aucun moment gâcher l’ensemble. Car la grande majorité des décors, qu’ils soient naturels ou construits pour l’occasion, sont un bel exemple de ce que ce cinéma chinois, souvent parasité par des films vite faits / mal faits et trop calqués sur le même moule, est capable de donner quand il s’en donne la peine et qu’il ne succombe pas à l’abus de fonds verts.

LES PLUS LES MOINS
♥ Visuellement superbe
♥ Un scénario simple mais travaillé
♥ Des personnages réussis
♥ Un casting impliqué
♥ Des scènes d’action lisibles
⊗ Les CGI, bien que peu nombreux

Dead Silence est un très bon wu xia pian fantasy qui n’oublie pas en route ses personnages et son scénario et qui prouve qu’au milieu de tous ces DTV chinois répétitifs et sans âme se cachent parfois de jolies petites pépites.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le scénariste et le réalisateur ont choisi d’intégrer à leur scénario le sujet moins connu mais souvent assez fascinant des shikigami. Les shikigami sont des sortes d’esprits invoqués pour servir un adepte du onmyōdō, à l’instar des familiers chez nous.



Titre : Dead Silence / 子不语:夜行郎
Année : 2023
Durée : 1h38
Origine : Chine
Genre : Où est le bien ? Où est le mal ?
Réalisateur : Xu Fei-Qing
Scénario : Xu Fei-Qing

Acteurs : Sun Qi-Heng, Li Ming, Lian Sai, Ding Li, Shu Yao-Xuan, Xin Yi-Quan, Shi Yu-Feng, Le Ping-an, Feng Li-Ping, Meng Shu-Qi, Zhang Feng-Jun, Xin Yi-Quan


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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