[Film] Cops and Robbers, de Alex Cheung (1979)


Trois malfrats agressent des policiers pour s’emparer de leurs armes et attaquer une banque. Rapidement, les cadavres s’accumulent et la Police se lance à leur recherche afin d’arrêter le bain de sang.


Avis de Cherycok :
John Woo, Ringo Lam, Johnnie To, Kirk Wong, Andrew Lau… Des noms qui ont marqué le cinéma de Hong Kong par leurs polars à partir de la deuxième moitié des années 80 jusqu’à nos jours. Des films comme Le Syndicat du Crime, The Killer, City on Fire, The Mission, Crime Story, Full Alert, OCTB, Infernal Affairs sont connus de tous les amateurs de péloches HK et même au-delà. Mais la mode des polars HK, on la doit à tout un tas de réalisateurs de la nouvelle vague HK à la fin des années 70 et 80 qui ont donné leurs lettres de noblesse au genre. Parmi eux, Alex Cheung, qui signe avec Cops and Robbers son premier long métrage, mais qui aux côtés de quelques autres a décidé de ne pas rentrer dans le moule de la Shaw Brothers, alors toute puissante à l’époque, et de donner au cinéma de Hong Kong un nouveau visage.

A une époque où la Shaw Brothers impose ses standards de films, avec une énorme quantité de films de sabres et d’arts martiaux tournés rapidement le plus souvent en studios, les jeunes réalisateurs aspirant à d’autres genres, à d’autres techniques de tournage, n’ont d’autre choix que de se réfugier à la télévision où ils sont totalement libres malgré des budgets restreints. On y voit fleurir des drames, des comédies, mais aussi beaucoup de polars, que ce soit en téléfilms ou en séries. C’est ici que vont naitre des noms tels que Ronny Yu, Ann Hui, Johnny Mak, Alex Cheung, Patrick Tam, Peter Yung et autres Tsui Hark. Dès 1979, tous ces réalisateurs vont passer du 8ème au 7ème art et se lancer sur le grand écran. Les premiers à se lancer sont Ronny Yu avec The Servants (1979), Ann Hui avec The Secret (1979), Peter Yung avec The System (1979), Tsui Hark avec Butterfly Murders (1979), ou bien encore celui qui nous intéresse ici, Alex Cheung, avec Cops and Robbers. Bien d’autres suivront mais ici n’est pas la question. Avec ses 600000$HK, Alex Cheung se lance donc dans Cops and Robbers, aux côtés de son ami chanteur et musicien Teddy Robin Kwan, qui participera au scénario, à la production, ainsi qu’à la bande originale. Son travail de recherche pour des séries policières à la télévision l’ayant bien aidé à connaitre son sujet, Alex Cheung décide de confronter un groupe de policiers à un groupe de braqueurs de banque et intitule son film tout sobrement Cops and Robbers, un titre on ne peut plus clair renvoyant directement au jeu du gendarme et du voleur que tous les enfants de cette époque jouaient quelle que soit l’heure de la journée. Un jeu qu’on retrouve d’ailleurs dès l’introduction de son film comme pour nous rappeler que ce concept de gentil et de méchant est présent dès le plus jeune âge et que ce concept, en grandissant, passe de jeu à réalité, de simple engueulade d’enfants à massacres entre policier et brigands. Cette évolution, on va la retrouver également dans le film de Cheung, avec dans sa première partie un ton léger, avec des policiers qui rigolent entre eux, à propos de baseball, de la nouvelle recrue. Puis, plus le film va avancer, plus le ton va se faire grave, noir. Dès l’apparition d’un personnage aux allures de psychopathe, le virage va s’amorcer et le film va petit à petit pencher vers le drame, vers le pessimisme, puis arriver dans le nihilisme dans sa dernière partie.

Alex Cheung amène aux polars de Hong Kong, présents avant la nouvelle vague mais bien moins « typés », une rugosité empruntée aux polars américains de la fin des années 60 et années 70, s’appuyant sur des films tels que L’Inspecteur Harry ou certains Charles Bronson, avec leur violence, sèche, jamais avare en hémoglobine, sans jamais tomber dans le spectaculaire. Un côté sans concession dans lequel Alex Cheung va prôner le réalisme. Rien n’est iconisé ici comme cela peut l’être dans le cinéma de John Woo. On se rapproche plus ici du style documentaire, avec une caméra portée à l’épaule afin de coller au plus près de ce qu’il se passe à l’écran, avec une image plus brute. L’action y est au final assez rare car nous sommes ici dans un polar social qui va aborder différentes thématiques : Comment le métier de policier se répercute sur sa famille ; les relations entre la population et la Police ; comment la Police est parfois critiquée pour son inefficacité, … On s’attarde sur les personnages, sur les moments à coté aussi simples qu’une discussion entre collègues, un diner avec une petite amie, … Cela permet de donner encore plus d’impact lorsque l’action et/ou la violence retentissent. En résulte des scènes très fortes en émotion, parfois très dures (la scène du gamin sur la plage), dont la scène finale, courte mais d’une intensité folle, dans un couloir d’immeuble. Le casting y est pour beaucoup. Très investis, ils livrent tous une très belle prestation, à commencer par le tout jeune Chan Siu-Dik (dont c’est le seul et unique film). Mais celui qui retient toute notre attention, c’est Hui Bing-Sam (The Imp, He Lives by Night) qui interprète le méchant principal. Il est absolument terrifiant, aussi bien de par son visage étrange (il aurait été « arrangé » pour les besoins du tournage) que par sa façon d’incarner le personnage. Entre sourires inquiétants, regard empli de folie et rires psychopathes, il est l’une des attractions du film et il y est pour beaucoup dans la réussite de ce final mémorable. Alors il est certain qu’aujourd’hui, plus de quarante ans après, Cops and Robbers semble un peu daté: son ambiance 70’s, ses couleurs parfois flashys, ses tenues vestimentaires improbables, ses coupes de cheveux qui le sont tout autant, ses moustaches dégueulasses. Mais c’est aussi ce qui fait son charme et, quoi qu’on en dise, il a posé avec l’excellent Man on the Brink deux ans plus tard, toujours de Alex Cheung, les bases de bon nombre de polars qui vont suivre dans les années 80 et au-delà.

LES PLUSLES MOINS
♥ Des scènes vraiment marquantes
♥ Un bon casting
♥ Le réalisme de l’ensemble
♥ Le méchant
⊗ Le look un peu daté
⊗ Assez prévisible
Note :
Cops and Robbers est un des plus beaux représentants des polars de la nouvelle vague de Hong Kong. Certes moins percutant que Man on the Brink du même réalisateur, il n’en demeure pas moins un film solide que tout amateur de polar HK se doit de voir au moins une fois.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Alex Cheung voulait d’abord faire une comédie musicale (il est fan du genre) se déroulant dans les années 60. Mais avec son maigre budget de 600000$HK (là où les productions de l’époque coutaient entre 1 et 2M$HK), le travail de reconstitution n’aurait pas pu aboutir. Il a dû donc repenser son projet qui sera finalement Cops and Robbers.


Cops and Robbers est sorti chez Spectrum Films en combo DVD / Blu-ray au prix de 19€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : Présentation du film par Arnaud Lanuque. La Nouvelle Vague HK et le polar, par Julien Seveon. Rushes d’epoque en Super 8 par Alex Cheung. Interview Exclusive de Alex Cheung et Teddy Robin Kwan. Critique par Dirty Tommy et Critique Masquée. Critique par l’équipe de No Ciné. Bande annonce.



Titre : Cops and Robbers
Année : 1979
Durée : 1h31
Origine : Hong Kong
Genre : Le début de la nouvelle vague
Réalisateur : Alex Cheung
Scénario : Alex Cheung, Teddy Robin Kwan

Acteurs : Wang Chung, Cheung Kwok-Keung, Chan Chik-Wai, Cheung Ka-Kai, Chan Siu-Dik, Kam Hing-Yin, Lau Si-Hong, Phillip Chan, Dennis Chan, Teddy Robin Kwan

 Dian zhi bing bing (1979) on IMDb


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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Feroner
Administrateur
8 septembre 2021 17:47

J’ai adoré surtout pour l’ambiance car il ne ce passe rien de bien original comme le dit le titre. Et le côté daté ne m’a pas gêné au contraire surtout que ca sonne super juste. Et ce qui est cool c’est que ca se passe beaucoup dans la rue et on voit a quoi ressemblai HK a cette époque. Le petit passage dans le bar avec Teddy Robin Kwan qui met le feu sur scène est cool aussi je me le suis repassé plusieurs fois. Ce côté urbain réaliste est très novateur il y avait bien quelques Shaw Brother qui l’avait tenté comme Chang Cheh avec son singing killer mais c’était que des scènes en intérieur très peu de passage dans la rue.

Nasserjones
8 septembre 2021 22:06

Moi ce que j’ai adoré dans ce film, c’est le bad guy. Un des truands les plus baré que j’ai pu voir au cinéma.