[Film] Ça, de Andy Muschietti (2017)

Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Grippe-sou, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur…


Avis de Rick :
Afin de ne pas céder au fameux jeu des 7 différences, de la comparaison avec le livre, avec le téléfilm de 1990, puisque d’une part tout le monde l’a déjà fait et d’autre part, ce n’est au final pas intéressant, mettons les choses au clair. Oui, j’ai lu le roman Ça il y a des années, et voilà. Oui, j’ai découvert le téléfilm Ça alors que je n’avais même pas 10 ans, et d’une part, les clowns, et bien je m’en fou, ça ne m’a jamais fait peur (mais je ne comprend pas non plus en quoi c’est censé amuser), et le téléfilm ne m’a donc aucunement traumatisé, et d’un autre côté, et bien il faut avouer qu’au final, quitte à me faire lapider par une horde de fans, il n’est pas bon ce téléfilm. Filmé platement, ultra soft car téléfilm pour la TV, avec des acteurs plutôt convaincant enfants mais catastrophiques dans la seconde partie, un final totalement à côté de la plaque. Puis non, le clown ne fait pas peur, même si Tim Curry est une des réussites du téléfilm (la seule ?). Bref, voilà, Ça, version cinéma, version 2017. Un film tellement attendu comme étant le messie des adaptations de Stephen King (il faut dire que La Tour Sombre est sorti deux mois plus tôt dans l’indifférence totale, et ce n’était pas glorieux) que tout le monde semble s’être emballé devant cette adaptation, la mettant d’office sur un piédestal en oubliant absolument toute objectivité. Ça version 2017 est un bon film, il a plus d’un atout dans sa poche, mais non, ce n’est pas le meilleure adaptation, et surtout non, ce n’est pas le film le plus flippant existant, oh que non, loin de là. Certes la peur, c’est subjectif, personne n’a peur des mêmes choses, mais j’ai plus eu l’impression que Ça réussissait à poser une ambiance horrifique qu’à faire peur. Poser une ambiance, il y arrive d’ailleurs avec brio, et là j’applaudis, mais faire peur, à part nous mettre quelques jumpscares, j’ai l’impression qu’il n’essaye même pas.

Ça, tout le monde connaît l’histoire, pas la peine de revenir là-dessus. Dans une ville paumée du Maine, plusieurs jeunes vont s’allier pour traquer un Clown surnaturel qui utilise leurs peurs pour les emmener dans son antre, car « they float down there » qu’on nous dit depuis plus de 30 ans. Roman, téléfilm, film, le pitch reste le même, tout comme dans les grandes lignes sa narration. On nous présente une bande de jeunes plus ou moins développée suivant le moment où ils apparaissent dans le récit, des jeunes souvent délaissés par leurs parents et le monde adulte en général, et qui vont se serrer les coudes pour s’en sortir, car le pouvoir de l’amitié, tout ça tout ça. Bon il y a aussi à un moment le pouvoir de l’amour mais on y reviendra plus tard. Parlons déjà de ce que le film fait bien, car il fait beaucoup de choses bien. La reconstitution d’époque, la mise en scène, la photographie, tout ça, c’est un sans faute, c’est magnifiquement filmé, c’est gothique presque par moment (l’exploration de la maison abandonnée), certaines idées sont bien vues (la dite maison ressemble vraiment à une maison fantôme où chaque pièce amène une frayeur différente), c’est du vraiment bon boulot, bien pensé, bien cadré, bien photographié, aucun souci. On se croirait vraiment en 1989 dans cette petite ville paumée qui cache de grands secrets. Malgré certaines simplicités, l’écriture des personnages est elle aussi réussie, même si parmi la bande, deux ou trois personnages seront laissés en arrière plan. Et le clown donc, élément de la peur de beaucoup ? Il ne fait, à mes yeux, absolument pas peur, après tout, la plupart de ses apparitions ne sont pas assez longues pour imposer une ambiance lourde de peur, mais je dois saluer l’effort pour le rendre creepy, et surtout saluer sa toute première apparition lors de la scène d’ouverture, assez magistrale au final.

D’ailleurs avec Ça version 2017, on sent bien que nous sommes dans un film de cinéma, et que le cinéma a évolué. On peut faire mal aux enfants, et quand il le faut, le métrage ne s’en prive pas. Plus violent, plus sombre dans son visuel et ses choix, plutôt bien écrit et rythmé, Ça a donc pas mal de bonnes cartes en main. MAIS, car rien n’est parfait, loin de là, il faut également avouer que le film fait quelques choix peu glorieux à certains moments qui viennent lui retirer un peu de sa force. Premier point, sans doute le moins important puisque le film semble plus vouloir jouer sur l’ambiance que la peur, ses jumpscares. Ils ne sont pas si nombreux que ça si on le compare à d’autres métrages récents du genre, mais ils ne fonctionnent pas. Le film fait monter la tension grâce à de très bons artifices, que ce soit dans la mise en scène ou simplement ses idées, mais se plante par la suite avec un jumpscare. La plupart son prévisibles et peu efficaces. Ce qui ne ridiculise pas le film, mais le rend plus dans l’ère du temps on dira. Non, le point le moins réussi du métrage, ce sera son côté « regarde je suis dans les années 80 », qui semble être de plus en plus présent autant au cinéma (les suites tardives, reboot, hommages) que dans les séries (Stranger Things), et qui casse totalement certaines scènes avec l’utilisation de la musique. Mettre des tubes des années 80 en bande son alors que les enfants nettoient une salle de bain pleine de sang après un moment où la tension monte = mauvaise idée. La scène semble déplacée. Et pourtant, j’aime bien The Cure, mais non, pas là !

Dans le même ordre d’idée, la scène où les jeunes se battent avec les adolescents pas gentils à coup de cailloux dans la face… pourquoi y mettre un autre tube des années 80, et des ralentis partout ? Pour lui donner un aspect cool ? Mais Ça, ce n’est pas censé être cool, c’est censé être de l’atmosphère non ? Quelques scènes se greffent ainsi dans le film et ne semblent pas vouloir suivre la ligne directrice générale, et c’est dommage. Quelques moments tombent à l’eau également, comme ce moment où le pouvoir de l’amour gagnera… Cela empêche le film d’être ce qu’il aurait pu être, sans pour autant en faire un mauvais film. Car à l’heure où le cinéma d’horreur est de plus en plus présent et rapporte de plus en plus d’argent, Ça fait au moins des choix parfois judicieux, il développe ses personnages, il se refuse le gore frontal (la mode des torture porn), et si il utilise certains jumpscares, ils ne sont pas non plus le cœur du récit (contrairement à beaucoup de titres récents). Le métrage s’avère efficace, un plaisir pour les yeux, certaines scènes fortes sont présentes, les personnages sont intéressants et les acteurs bons, on s’attache à eux. Le fameux clown est en soit convaincant, plus sombre que par le passé, mais tente par moment d’en faire trop. L’ambiance années 80 fonctionne visuellement (on a même pas mal d’hommages à l’époque en arrière plan, via des posters, des noms, des affiches) mais tente également d’en faire trop au niveau sonore. Du coup, on se retrouve devant un film d’horreur bien supérieur à ce qui nous arrive généralement au cinéma, mais qui ne fait pas peur, et qui essaye toujours d’en faire trop. Réussi, plaisant, mais pas la claque que certains voient, du moins pas pour moi.

LES PLUSLES MOINS
♥ Visuellement impeccable
♥ La première scène, extra
♥ Des personnages attachants
♥ Une bonne ambiance
⊗ Le film ne fait pas peur
⊗ Quelques scènes trop appuyées et discutables
note8
Ça version 2017 est un bon film. Il installe une bonne ambiance, nous intéresse sur la durée. Mais il ne fait pas peur, du tout, et a recours à des procédés qui ne marchent pas, que ce soit dans ses tentatives de faire peur (les jumpscares) ou de se raccrocher aux années 80 (les scènes avec la musique trop appuyée).



Titre : Ça – It

Année : 2017
Durée :
2h15
Origine :
U.S.A. / Canada
Genre :
Horreur
Réalisation : 
Andy Muschietti
Scénario : 
Chase Palmer, Cary Fukunaga et Garu Dauberman d’après Stephen King
Avec :
Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, Chosen Jacobs, Jack Dylan Grazer, Wyatt Oleff et Bill Skarsgard

 It (2017) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

6 Comments

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  1. Je rejoins totalement ton avis Rick !
    Ce film ne fait pas peur..il tente de faire peur, mais n’y parvient pas, ou n’ose pas y parvenir !
    En même temps, celà fait un bon moment que les films d’horreur qui sortent au cinéma n’offrent rien d’autres que de gentils frissons formatés et inoffensifs…
    Malheureusement, c’est en grande partie l’époque qui veut ça ! Les films sont pensés pour le grand public qu’il ne faut surtout pas trop secouer ou choquer !
    Il suffit de dire qu’un film est le summum de l’horreur pour qu’il y croit !
    C’est pour cette raison que je ne vais plus voir ce genre de films au cîné, car on s’y emmerde grave !
    Aujourd’hui, c’est dans le DTV qu’on trouve généralement les plus belles pépites et les meilleurs sensations !

  2. Tu t’intéresses au DTV, tu aimes Gary Daniels, Tu réagis sur le culte Street Trash, hey, tu ne veux pas rejoindre l’équipe ? ^_^

  3. Yaaaaay 🙂
    C’est vrai que quasi tout le monde, presse comme public, annonçait le film flippant ultime. Bon de toute façon, depuis le temps, il faut dire que je suis rodé et que le genre ne me surprend plus beaucoup. Mais bon là, c’était surtout des jumpscares bruyants. Reste quelques scènes à l’ambiance bien travaillée, et qui elles, fonctionnent carrément. J’ai vu depuis le premier film du réalisateur, MAMA, qui souffre des mêmes qualités et des mêmes défauts.
    Mais oui, depuis bien 15 ans, l’industrie est parti dans la direction du jumpscare facile, qui a totalement retiré aux yeux du public la notion de peur. Ce que tout le monde considère aujourd’hui comme de la peur, ce n’est au final que de la surprise (face à quelque chose qui arrive à l’écran, face à un son bien plus fort que le reste), et non pas de la peur, la vraie, qui inquiète sur la durée et fait stresser.
    Bon après, il reste des bons films malgré tout au ciné (quoi que dans l’horreur, beaucoup de déceptions surtout mais bon), mais ils ne font pas peur. J’arrive encore à trouver une ou deux perles par an de manière générale, que ce soit au ciné ou en DTV.

  4. Messieurs, mon cœur de cinéphile est en émoi !
    Quel plaisir d’échanger avec des gens qui ne me prennent pas pour un extra-terrestre ou un malade mental quand j’évoque le triste formatage de plus en plus récurent du cinéma actuel (tous genres confondus), ma passion pour Gary Daniels (ou Billy Blanks, Jalal Merhi, Matthias Hues…)
    quand je vante les mérites du DTV et des petites perles de série B, C ou même Z, qui même si elles ne décrocheront jamais d’Oscars ont au moins le mérite de souvent ètre faites avec le cœur et les tripes et de transpirer l’amour du cinéma…
    Pour ça, un grand merçi à vous !
    Avant de conclure, j’entends parfois dire que le cinéma est mort..
    À ça je répond “Non, le cinéma n’est pas mort, c’est juste qu’aujourd’hui, il faut savoir aller le chercher !”
    Le vrai cinéma est, et restera, un art !

  5. Je vais imprimer et encadrer ton dernier message car il illustre parfaitement ce que je pense!

  6. Le cinéma n’est sans doute pas mort, mais nous sommes dans une ère de sur-consommation. Il y a trop de produits, et ça convient au public qui bouffe ça en quantité. Le public voit quelque chose, et l’oublie la semaine suivante. Du coup beaucoup de produits (en films, séries, jeux, tout) sont prévus ainsi, et ne marquent pas les esprits, ne sont pas des grands films, ne sont pas fait avec le coeur.
    Heureusement, il y a encore des exceptions, dans les gros comme petits budgets.

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