[Film] Byzantium, de Neil Jordan (2012)

Dans une petite ville côtière, deux jeunes femmes aussi séduisantes que mystérieuses débarquent de nulle part. Clara fait la connaissance de Noel, un solitaire, qui les recueille dans sa pension de famille déserte, le Byzantium. Eleanor, étudiante, rencontre Frank, en qui elle voit une âme sœur. Bientôt, elle lui révèle leur sombre secret… Eleanor et Clara sont nées voilà plus de deux siècles et survivent en se nourrissant de sang humain. Trop de gens vont finir par l’apprendre pour que leur passage dans la ville n’ait aucune conséquence sanglante…


Avis de Rick :
Neil Jordan, réalisateur important d’un cinéma de genre différent et subtil, se faisait plutôt oublier depuis quelques temps. En effet, passé ces deux films cultes, que sont La Compagnie des Loups (1984 déjà) et Entretien avec un Vampire (1994), ses films passèrent inaperçus. En 2012, il revient aux vampires, en adaptant une pièce de théâtre mettant les suceurs de sang sous un jour nouveau. Ici, ils marchent au soleil, n’ont pas de canines pointues, et se font appeler les Soucoyants, faisant parti d’une sorte de société secrète. À l’heure où les films et autres séries sur les vampires sont de nouveau à la mode pour le meilleur mais surtout pour le pire, Byzantium était un pari risqué, puisque se voulant un film avant tout sérieux, mystique parfois, ambiancé souvent, et basé avant tout sur ces deux personnages principaux, une mère (Gemma Arterton surprenante) et sa fille (Saoirse Ronan, sublime et envoutante avec ses yeux bleus). Bâtit avec des retours en arrière fréquents pour nous expliquer le passé de ses personnages, Byzantium met en avant deux façons de vivre l’immortalité. Clara d’un côté, la mère, apprécie les plaisirs de la vie et le pouvoir que lui offre l’immortalité. Elle sait se débrouiller, aime s’entourer, et règle ses problèmes à sa manière, à coup d’égorgements et autres décapitations.

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Et de l’autre côté, Eleanor, la fille, qui nous raconte son histoire, préfère vivre dans la solitude, vivant avec un fardeau, un secret qu’elle ne peut dire à personne. Distante, semblant souvent perdue, elle n’attend finalement que de pouvoir raconter son histoire, qu’elle écrit, jour après jour, avant de jeter les pages au vent. En essayant de rester terre à terre, tout en n’oubliant jamais l’aspect fantastique de son œuvre, Neil Jordan fait fort, et nous livre deux portraits de femmes sublimes, que tout ou presque oppose, le tout agrémenté de quelques images qui resteront à tout jamais dans les mémoires des spectateurs. Car si le portrait de ses femmes dans le monde actuel, agrémenté de quelques rencontres masculines (dont Caleb Landry Jones, vu dans Antiviral de Brandon Cronenberg, décidemment habitué aux rôles « autres »), s’en sort honorablement grâce à la mise en scène simple et le talent de ses différents acteurs, le gros du film est bel et bien situé dans les nombreux flashbacks, mettant surtout en scène Clara, à une période de sa vie qui va la bouleverser, et faire d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Malgré le très faible budget (8 millions de livres, pas énorme), la reconstitution d’époque, parfois minimaliste (beaucoup d’intérieur, ou la campagne), fonctionne à merveille, et une vraie atmosphère s’en dégage.

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C’est d’ailleurs en nous en révélant plus sur cette société secrète de vampires que Neil Jordan nous livre ses meilleures scènes, notamment un passage d’une poésie immense concernant Gemma Arterton et une chute d’eau. Si la jeune femme, jouant la mère donc, se voit sublimée dans les flashbacks, Saoirse Ronan elle se voit sublimée dans sa relation avec Frank (Caleb Landry Jones donc), lui permettant enfin de trouver une âme qui lui ressemble. Solitaire, seul, malade. Il est, dès leur première rencontre sur un magnifique air de classique joué au piano, fait pour elle, on le ressent. Malheureusement, dans ce film intéressant, original et prenant, tout n’est pas parfait. On aurait par exemple souhaité en savoir plus sur cette confrérie secrète de vampires qui n’accepte pas les femmes parmi eux. Beaucoup de choses sont laissées de côté (mais bon, le film dure déjà 2h quasi), mais là n’est pas le seul défaut du métrage. On pourra également citer son final, qui s’il lorgne plus vers la série B classique, fait bouger les choses, mais semble en trop grand décalage avec tout ce qui précédait pour pleinement fonctionner, dommage. Bien entendu, Byzantium ne sera pas au goût de tout le monde. Très lent, basé avant tout sur son ambiance et ses personnages, nous montrant des vampires marchant au soleil et sans canines, il demeure pourtant une magnifique alternative à l’heure où les produits vampiriques tout public pullulent.

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Neil Jordan revient aux vampires après Entretien avec un Vampire, avec cette variante féminine et maîtrisée. Sensible, parfois envoutant, cruel, beau également, Byzantium est un excellent film de vampires.

note7

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ByzantiumTitre : Byzantium
Année : 2012
Durée : 1h58
Origine : Angleterre / Irlande
Genre : Vampires
Réalisateur : Neil Jordan

Acteurs : Saoirse Ronan, Gemma Arterton, Sam Riley, Jenny Lee Millier, Caleb Landry Jones et Daniel Mays

 Byzantium (2012) on IMDb


Galerie d’images :

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frimann
frimann
28 mars 2014 1:06

Vu l’annee derniere, envoutant (c’est le mot) de bout en bout, il m’a surpris, je ne m’y attendais pas. Dans mon top 20 des meilleurs films de 2013. 8/10 pareil.
Je suis aussi devenu un fan de Saoirse Ronan par la meme occasion, ayant vu How I Live Now la meme semaine, un film absolument magnifique, revu recemment et encore plus adore. Superbe actrice (par contre non je ne regarderai pas The Host)

Matt
Matt
12 octobre 2018 11:02

Très bon film. C’est le genre de films de vampires que je préfère. A titre amateur, je dessine des BD aussi avec ce genre d’histoires^^
J’ai beau aimer l’horreur gothique, ça m’intéresse toujours davantage ces histoires de vampires qui vivent planqués parmi nous et ont des choix moraux à faire, etc.
J’ai bien aimé le fait aussi que les confréries de vampires puissent être aussi sectaires et sexistes que celles des humains^^

Matt
Matt
Reply to  Rick
12 octobre 2018 19:45

Moi c’est mon truc, mais pas pour le côté monstre avec une cape et des grandes dents qui se changent en chauve souris.
J’aime juste l’idée de “monstres” intelligents (pas comme les zombies, et pas bestiaux comme les loups garous non plus) qui peuvent donc avoir des sentiments mais qui sont à côté de ça forcés de vivre cachés parce qu’ils ne vieillissent pas (donc impossible de rester trop longtemps au même endroit sinon les humains vont trouver ça bizarre de ne pas les voir vieillir) et devant se nourrir de sang, donc pour toujours rejetés parce que l’humain n’acceptera jamais de prédateur.
ça et puis le concept de l’immortalité qui pose aussi des difficultés d’adaptation selon l’époque, la tristesse de voir mourir certains humains, etc.
En gros les possibilités d’une telle existence peuvent soulever plein de thématiques intéressantes.

Matt
Matt
Reply to  Rick
12 octobre 2018 23:21

Ouais mais bon après…pas besoin d’avoir 50 films non plus^^
Comme toi j’ai Aux frontières de l’aube, Entretien avec un vampire, Byzantium.
J’ai aussi Vampire Lovers, le Dracula de Coppola comme adptations “libres” des classiques littéraires, et puis voilà.
Bon j’ai apprécié les Underworld mais comme films d’action stylisés. Encore que…au niveau description du mode de vie des vampires (notamment expliqué dans le 3), c’est pas SI con que ça.
J’ai toujours pas vu Morse.
 
Le vampire gothique purement méchant, je ne suis pas contre, mais je trouve ça moins intéressant justement parce que la dimension tragique de la vie du vampire m’intéresse plus. Le vampire fatigué de sa longue vie qui perçoit son immortalité comme un fardeau plutôt qu’un don, c’est intéressant.

Matt
Matt
12 octobre 2018 23:26

Euh au fait…la bande annonce dans l’article est celle de Maniac.

Matt
Matt
Reply to  Rick
13 octobre 2018 17:45

T’as raison^^
Le Dracula de Coppola, mon souci c’est surtout les acteurs qui sont en roue libre.
Sérieux WTF Hopkins ? Son personnage devient complètement hystérique.
Keanu Reeves joue mal (de son propre aveu même dans ce film)
Bref y’a des moments ou je me dis “sérieux ils ont pris de la dope ou c’est de l’impro là ?”
Mais sinon visuellement génial oui^^