[Film] Antigang, de Benjamin Rocher (2015)

Serge Buren est un flic de légende, entouré d’une bande de jeunes flics aux méthodes peu conventionnelles. Qu’importe qu’ils utilisent des battes de baseball ou « oublient » le règlement au cours d’arrestations spectaculaires, les résultats sont au rendez-vous ! C’est alors qu’un groupe de braqueurs meurtriers entre en scène, dévalisant avec une facilité déconcertante banques et bijouteries de la capitale, à coup d’armes de guerre et de scénarios imparables…


Avis de Cherycok :
J’avoue, je fais partie de ces quelques personnes qui ont apprécié La Horde et Goal of the Dead, les deux précédents films de Benjamin Rocher. Deux films très imparfaits, dont beaucoup ont, à raison, relevé les nombreux défauts, mais qui pour moi sont à part dans le paysage cinématographique français qui manque cruellement de films de genre. Du coup, bon, voilà, je surveillais de près le réalisateur et me voilà donc embarqué dans cet Antigang qui se veut, selon les dires du réalisateur lui-même, un « Heat à la française ». Oui, ça fait un peu prétentieux, et du coup un peu casse gueule dès le départ tant le film de Michael Mann est culte pour toute une génération. Il rajoute que son film a été réalisé dans un esprit proche des comédies policières américaines des années 80 telles que L’Arme Fatale, Piège de Cristal ou encore 48 Heures. On ne demande que ça hein, mais il faut toujours attendre de voir la marchandise avant de juger. Et bien c’est vu, et sans être la catastrophe que certains semblaient annoncer, Antigang n’est pas fameux fameux…

Premier réel problème, Jean Reno. Elles sont loin les années 90 et l’époque des Leon, Ronin ou encore Mission Impossible… C’est qu’il vieillit le Jeannot ! Son personnage de flic baroudeur vieillissant, gros dur, aux méthodes peu orthodoxes, aurait pu lui coller à merveille. Et d’ailleurs l’illusion est intacte lors de sa première apparition. Mais tout s’effondre rapidement dès que l’action rentre en jeu et qu’on constate qu’il a du mal à bouger sa carcasse et à tenir une arme correctement. On le sent fatigué, et surtout pas forcément très intéressé par son rôle qui ne présente au final que peu d’intérêt, les véritables « stars » étant le reste du casting et principalement Alban Lenoir. Révélé au grand public avec ses rôles dans les séries Kaamelott et Hero Corp ou encore les films Les Gamins (2013), Gibraltar (2013), Goal of the Dead (2013) donc, ou encore Un Français (2015), il vole d’entrée de jeu la vedette à Reno et est à l’origine de toutes les meilleures scènes du film. Ses répliques plutôt drôles dans l’ensemble en font immédiatement le seul personnage réellement attachant du film. A n’en pas douter, un acteur sur lequel il faudra compter dans les années à venir dans le paysage cinématographique français, capable de jouer à peu près tous les rôles, des plus légers aux plus musclés, comme il le montre ici lors des scènes de baston plutôt bien troussées.
Car oui, malgré des gunfights parfois un peu mollassons (ceux qui impliquent Jean Reno), certains passages bien pêchus (ceux où on retrouve Alban Lenoir donc) relèvent clairement le niveau, grâce à une mise en scène qui tient la route et des plans vraiment bien foutus dotés, d’une jolie photographie, pour lesquels le réalisateur nous évite un montage trop cut histoire de garder un minimum de lisibilité.

Le très gros problème de Antigang, c’est qu’on ne croit pas une seconde à ce que le film nous raconte. Vraiment. Les membres d’une bridage antigang qui partent en intervention avec des battes de baseball, qui n’hésitent pas à volontairement abîmer les voitures mises à leur disposition, habillés comme s’ils allaient faire leurs petites courses au supermarché du coin, et qui défoncent des mecs à coups de tonfa-bélier, on atteint le niveau zéro de la crédibilité. Certes, il faut peut-être voir cela avec un côté un peu second degré, en se disant qu’il s‘agit d’un simple divertissement (ce qui dans l’absolu est vrai), mais ça coince forcément à un moment donné, surtout lorsque la seule réponse qu’ils ont à apporter à leurs méthodes peu conventionnelles est : « On va encore se faire engueuler. ». D’autres se sont fait virer pour moins que ça, je te le dis moi ! Les incohérences sont nombreuses et c’est pas parce qu’on essaie de faire un divertissement « à l’américaine » façon buddy movie des 80’s que le résultat va fonctionner à tous les coups.
On sent que Benjamin Rocher a du talent, quelques fulgurances sont là pour le prouver. Mais on a l’impression qu’il ne sait pas encore réellement l’exploiter. Il veut peut-être trop copier les choses qu’il aime dans le cinéma, Antigang semblant calqué sur la sympathique production britannique The Sweeney (2013) qui s’inspirait déjà elle-même de Heat…

LES PLUSLES MOINS
♥ Alban Lenoir
♥ Quelques fulgurances
⊗ Des incohérences à foison
⊗ Originalité zéro
⊗ Jean Reno
⊗ Un « Heat à la française » ? WTF ?
Trop d’incohérences, un Jean Reno en dehors de ses pompes, rien d’original ni même de réellement intéressant dans Antigang qui s’apparente plus à une bobine assez lambda qu’à un réel coup de fouet dans le cinéma de genre français. Aussitôt vu, aussitôt oublié.



Titre : Antigang
Année : 2015
Durée : 1h33
Origine : France
Genre : Policier / Action / Comédie
Réalisateur : Benjamin Rocher
Scénario : François Loubeyre, Tristan Schulmann

Acteurs : Jean Reno, Alban Lenoir, Caterina Murino, Thierry Neuvic, Stéfi Celma, Oumar Diaw, Sébastien Lalanne, Jean-Toussaint Bernard, Stephen Scardiccchio

 Antigang (2015) on IMDb


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Jang Gerald
10 mai 2016 15:23

Jamais eu le courage de le mater, pourtant, rien que la présence de Alban Lenoir mérite un coup d’œil je pense.

Jang Gerald
10 mai 2016 15:38

Bon j’avais pas fini mon commentaire en fait..lol

Donc Alban Lenoir, c’est l’acteur épatant, trop sous estimé, ils suffit de la voir dans  Un Français pour s’apercevoir de son potentiel, malheureusement le film n’a pas eu de chances niveau marketing, dû à son sujet brûlant, mais pourtant essentiel, d’ailleurs, dans le même genre de sujet sur les dangers des extrêmes, un autre film français tout aussi important et qui n’a également pas eu de chance niveau distribution (sortie cinéma annulée avec les attentats du 13 novembre), c’est Made in France.

Deux excellents films français, couillus, et surtout maîtrisés !

Sinon pour en revenir à Alban Lenoir, j’aimerai voir ce Anti Gang, ne serait-ce que pour son combat contre Jess Liaudin, ex artiste mma/acteur, qui lui aussi à une véritable gueule, mais trop sous estimé, d’ailleurs son Night Fare (pareil, sortie ciné catastrophique…4/5 salles sur Paris…) où il joue le chaufeur de taxi/serial killer, sort d’ici une semaine en bluray/dvd, un film de Julien Seri…ouais ok il a fait de le merde, mais celui à à l’air très bon au vu de la bande annonce.

Et pour finir, vu qu’on parle de Goal of the dead, j’ai vu le Alone de Thierry Poiraud, réalisateur d’une des mi-temps…après un bon début, une tension et une violence sèche, le film prend un virage inattendu, et  accumule les temps morts avec des paraboles douteuses et chiantes au possible…le film semble durer une éternité, pourtant il ne dure que 1h18 générique compris !

Tout ça pour dire que le ciné français à tendance série B (Night Fare) ou à tendance “couillu” (Made in France) est plutôt mal barré, entre les difficultés à trouver le financement, à connaître une sortie cinéma avec un circuit salles digne de ce nom, et d’éviter des purges comme Alone…on va se bouffer du Kev Adams et de la comédie franchouillarde pendant un moment, j’vous le dit !

Rick
Administrateur
10 mai 2016 20:53

Le souci c’est qu’en France, les producteurs et financiers ne prennent pas de risques, et quand on voit que la plupart des boite de prod sont en fait les chaînes de télé, on comprend vite pourquoi. Les films couillus sont rares en France, et c’est pour ça que quand il y en a, ça fait sacrément plaisir.

scott
scott
10 mai 2016 22:16

oui et c’est aussi pour ca que quand il y a des réalisateurs qui veulent faire des films qui se demarquent de ce qui se fait en France  sont obliger de partir voir ailleurs un jour ou l’autre ,comme Gondry,Gans , Aja ,Laugier ,Gens ,Richet ou Siri avec plus ou moins de reussite…

scott
scott
11 mai 2016 21:29

oui il a été tourner Blood Father avec Mel Gibson et William H Macy qui sort bientot ! il fait des va et viens lui ^^

on revient vers le cinema franchouillard, c’est pas une surprise , les films français qui marchent le plus ici c’est des comedies faite sur le même moule (comme tu le dit les visiteurs 3 quoi,voila , si on compte le remake ca fait 4, faut passer a autre chose !)  et ceux qui essaient autre chose soit tombent chez europacorp condamner a refaire éternellement les même films soit partent ,ou alors faut rester dans le tout petit budget mais ici c’est pas hong kong ,rien que le salaire minimum d’une tête connu coule un petit budget :/

Feroner
Administrateur
12 mai 2016 16:33

Apparemment vous cherchez un film Français de genre bien couillu, un Heat a la Française sans trouver votre bonheur.

Eh bien ca existe ca passe même en ce moment au ciné c’est “Braqueur” et c’est très bon.

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
13 mai 2016 19:17

De toute façon il le vend n’importe comment son film car il a du oublier que Heat ca n’a rein a voir avec Die Hard et l’arme fatale, ca m’avais couper l’envie cette sortie médiatique.

Braqueur c’est un peut la même chose c’est vendu comme un Heat a la Française alors que c’est beaucoup moins léché et long,  mais c’est beaucoup plus brutal. Je te le conseille chaudement.

Postscriptom
12 mai 2016 16:56

Perso vu NIGHTFARE au cinéma et j’ai beaucoup aimé, à voir dès sa sortie bluray (avec une superbe fin en plus pour une fois !), mattez aussi son modeste mais excellent SCORPION pour ceux qui l’ont raté, c’était déjà le film de la rédemption,  et pour NF j’habite dans le sud et pourtant je l’ai vu au ciné (mais les mecs de mon ciné sont jeunes et adorent le ciné de genre, ah, ah…), sinon pour ANTIGANG effectivement c’est inégal (le final justement, rarement vu aussi raté) mais c’est vrai que Rocher a du talent (mais alors qu’à fait Dahan sur LA HORDE ?!?…), sinon vu BRAQUEURS aussi et effectivement c’est vraiment pas mal, un bémol sur les scènes d’action qui auraient pu être meilleurs mais l’histoire et les personnages fait qu’on ne s’ennuie pas une seconde…

Jang Gerald
13 mai 2016 10:22

Putain Scorpion…j’avais rarement vu aussi pathétique, sans compter l’énorme erreur de casting : Clovis Cornillac…

Jang Gerald
Reply to  Cherycok
13 mai 2016 19:46

C’te chance ! Je n’ai aucun souvenirs du film en lui même, mais le fait de penser à cette séance cauchemardesque me file des nausées, c’est limite un traumatisme. Après au second degré, y’a moyen de bien rire entre potes, d’ailleurs avec un pote, après séance (bah ouais pendant c’était autre chose, surtout que j’avais payé le bluray ou le dvd, j’sais plus), le fait de se remémorer certaines scènes avec ce pitoyable Clovis Cornillac nous a valu des fous rires.