[Dossier] Neil Blombamp / Oats Studios

Neill Blomkamp est un personnage très intéressant du petit monde du 7ème Art. Découvert par le grand public grâce à son District 9 (2009) produit entre autres par Peter Jackson, son brûlot qui explore les thèmes de la xénophobie et de la ségrégation sociale, cela fait pourtant bien plus longtemps qu’il bourlingue dans le milieu sur le poste d’animateur 3D. Il a par exemple travaillé sur les séries Stargate SG-1, First Wave, Dark Angel, Smallville, ou encore le film 3000 Miles to Graceland avec Kurt Russell et Kevin Costner. Parallèlement, il réalise quelques courts métrages dont Alive in Joburg (2005) et Tetra Vaal (2004), qu’il adaptera donc plus tard en long avec respectivement District 9 et Chappie, ou la trilogie de courts live se passant dans l’univers du jeu vidéo Halo pour promouvoir la sortie du troisième opus de la série.

Le grand public le connait aujourd’hui pour trois films : District 9 donc, Elysium (2013) avec Matt Damon et Jodie Foster, et Chappie (2015), son dernier en date, avec Hugh Jackman, Sigourney Weaver, et les membres du groupe Die Antwoord. Les fans de Alien étaient aux anges lorsque Neill Blomkamp annonce début 2015 qu’il travaille sur un 5ème volet de la saga Alien débutée en 1979 par Ridley Scott, en postant sur Instagram des concept art de Ripley, de Hicks, du Derelict, ou encore d’un xénomorphe. En février 2015, lors d’une interview au magazine Collider, il confirme que Sigourney Weaver sera de la partie en reprenant son rôle de Ellen Ripley. Le mois suivant, il annonce qu’il planifie plusieurs suites pour la franchise Alien. Les fans sont aux anges mais leur rêve d’un Alien par Blomkamp commence à partir en fumée lorsque Ridley Scott annonce son Alien : Convenant. En janvier 2017, Neill Blomkamp répond à un fan sur Twitter en lui disant que les chances que son projet Alien se concrétise sont très minces. Rapidement, Ridley Scott confirme lui-même que le projet du réalisateur sud-africain est annulé et Alien : Convenant sort sur les écrans du monde entier en Mai 2017. Le succès n’est pas celui espéré, les critiques sont partagées et les fans parfois exaspérés de voir Ridley Scott détruire une franchise qu’il a lui-même créée.

Neill Blomkamp met donc son projet Alien en pause et annonce début 2017 la création de sa propre compagnie de production de films, Oats Studios, installée dans un entrepôt à Vancouver où tout est concentré, du stockage des costumes aux machines qui serviront pour les effets spéciaux. Le but de ce studio ? Il s’agit dans un premier temps de produire et distribuer gratuitement sur YouTube et Steam des courts métrages sur des thématiques différentes, de jauger leur popularité auprès de la communauté et de voir si certains pourraient devenir des longs métrages. Une sorte d’incubateur d’idées venues du réalisateur ou d’autres personnes afin de jauger le public en quelques sortes, un grand laboratoire où il n’y aurait pas de barrière ni de limite. Dans une interview, Neill Blomkamp explique Le concept de plateforme est de faire ce que l’on veut c’est-à-dire avoir une totale liberté artistique ce que ne permet plus l’industrie du cinéma depuis plusieurs années. L’idée est donc de proposer des films et des courts-métrages expérimentaux qui seront diffusés en streaming afin d’aider les films de demain.

On sent bien que son expérience hollywoodienne Elysium (2013) ne s’est pas passée comme prévue, qu’il a dû être bridé, qu’il n’a pas pu exposer toutes ses idées. Il s’est exprimé à ce sujet récemment sur le site Screenrant, il aimerait bien donner une suite à Elysium : « Il aurait pu être mieux conçu. Je pense que si vous utilisez l’univers d’Elysium dans le cadre Oats Studios, vous le perfectionneriez probablement et finiriez par obtenir quelque chose de très bien pensé et qui contient les thématiques que je voulais aborder. J’aime toujours la mise en place d’Elysium. Cette idée de séparation, de lutte des classes, avec cet anneau spatial me plaît toujours autant et j’aimerais beaucoup y revenir pour réaliser un autre film. Je pense pouvoir arriver à un résultat bien meilleur en développant des thèmes plus clairs et les motivations du personnage. Je peux faire mieux que ça, je pense. »

La chaine Youtube de Oats Studios se remplit petit à petit. Outre des parodies de télé-achat qui se terminent mal (Cooking with Bill) très funs, un excellent court de 4 minutes intitulé God: Serengeti nous contant l’histoire de Dieu s’occupant de son troupeau et qui s’ennuie ferme, on trouve trois courts métrages plus ambitieux, Rakka, Firebase et Zygote, qui composent ce que Blomkamp appelle le Volume 1 : “L’objectif est de voir si le public les aime et si le public est prêt à payer pour le Volume 2,” explique le réalisateur. “Ils sont trop courts pour les faire payer maintenant.” Plus d’infos ci-dessous sur ces trois-là en particulier.


RAKKA
Durée : 22 minutes
Réalisation : Neill Blomkamp
Acteurs : Sigourney Weaver, Eugene Khumbanyiwa, Robert Hobbs, Carly Pope, Brandon Auret, Owen Macret, Mike Huff

L’action de Rakka se déroule en 2020, des aliens au look de lézard, ayant la faculté de contrôler les esprits, dominent toute la planète, réduisant l’humain à l’esclavage, faisant des expérimentations sur des corps leur servant de cobayes. L’histoire va se centrer sur un groupe d’humains qui tentent de résister à cet envahisseur, contre-attaquant dès que possible, essayant de survivre comme ils le peuvent sur une planète presque en ruine.
L’expérience sabordée de Alien 5 n’a pas refroidi Sigourney Weaver (Alien, Copycat) qui collabore une fois de plus avec Neill Blomkamp et elle n’a pas peur de s’embarquer dans quelque chose de dark, glauque, gore, et un peu fou avec parfois même un côté expérimental. Mais surtout, après District 9 et, dans une moindre mesure Elysium, Neill Blomkamp fait son retour dans la SF politique avec ce mix de science-fiction, culture pop et de jeu vidéo. Le réalisateur voit Rakka comme une saga composée d’épisodes au format long. « J’aurais pu tout simplement écrire « Rakka », et aller à Hollywood. Je ne veux pas le faire. Je veux tester ce modèle et voir si quelqu’un dans le monde va nous soutenir ». Le court se termine d’ailleurs au moment même où on allait rentrer dans le vif du sujet. Du coup, on reste un peu sur sa faim, mais c’est voulu, histoire de bien nous donner envie de voir la suite. On sent bien qu’on a affaire à une mise en place d’un univers.


Comment toujours chez Neill Blomkamp, c’est visuellement impressionnant et soigné, surtout lorsqu’on sait que le budget de ce genre d’initiative est plus que limité. Tout n’est pas complètement abouti, comme par exemple quelques petits “bugs” au niveau de l’animation des aliens. Mais l’univers qui nous est présenté là est tellement excellent qu’on pardonne sans effort quelques petites fautes de production. On comprend immédiatement ce besoin de liberté dont parle le réalisateur dans ses différentes interviews, même si Rakka est sans doute celui des trois qui ressemble le plus à un film hollywoodien.

Le film est disponible gratuitement sur YouTube (mais je vous mets la vidéo ci-dessous), les fans sont invités s’ils le souhaitent à soutenir le projet sur le site de Oats Studios ou sur Steam (pour 4.99$), ce qui leur donnera accès entre autres aux assets (Concept Art, éléments 3D, fichiers PDF, HQ,…) du court et s’en servir comme bon leur semble.




FIREBASE
Durée : 27 minutes
Réalisation : Neill Blomkamp
Acteurs : Steve Boyle, Nicole Goliath, Robert Hobbs, Tyler Johnston, Pat Mastroianni, Nic Rhind, Carlo Yu

Ce coup-ci, l’intrigue se déroule durant la guerre du Vietnam en 1970, avec une version de l’histoire bien différente de la vraie. L’armée américaine est confrontée à une forme de menace inconnue que la population appelle “Dieu de la Rivière”. Il s’agit d’un fermier local qui, alors que se famille vient d’être tuée sous ses yeux, se transforme en monstruosité pleine de haine et de colère semblant invincible.
Firebase fait lui aussi dans la science-fiction bien sombre et se veut un peu plus difficile d’accès que Rakka, aussi bien dans les thèmes qu’il aborde, parfois un peu mystiques (la “capsule de relativité”), que dans son visuel assez noir, violent et bien gore. Son monstre a un côté dérangeant, mais Blomkamp aime montrer les choses et le fait de manière crue, n’en déplaise aux âmes sensibles. Une fois de plus, le visuel est impressionnant. Il définit lui-même son œuvre comme un court métrage surréaliste à mi-chemin entre Apocalypse Now et Matrix. Le réalisateur ose plein de choses et ça fonctionne, même si Firebase est celui des trois courts qui est le plus “classique” en termes d’univers (si on enlève le monstre). Néanmoins, le développer un peu plus dans un long métrage pourrait être quelque chose de très intéressant tant Blomkamp ne donne quasiment aucune explication sur le “dieu de la Rivière”.

Le film est disponible gratuitement sur YouTube (mais je vous mets la vidéo ci-dessous avec grand plaisir), les fans sont invités s’ils le souhaitent à soutenir le projet sur le site de Oats Studios ou sur Steam (pour 4.99$), ce qui leur donnera entre autres accès aux assets (Concept Art, éléments 3D, fichiers PDF, HQ, …) du court et s’en servir comme bon leur semble.




ZYGOTE
Durée : 23 minutes
Réalisation : Neill Blomkamp
Acteurs : Dakota Fanning, Jose Pablo Cantillo

L’histoire de Zygote se déroule dans une mine de l’Arctique, elle suit deux survivants isolés qui essaient de survivre face à une nouvelle espèce extraterrestre terrifiante qui prend vie sous forme d’un amoncellement de morceaux de corps humains.
Hommage à peine déguisé à The Thing de John Carpenter et des éléments faisant référence au premier Alien de Ridley Scott, Zygote est sans nul doute le plus réussi et le plus abouti techniquement des trois courts métrages. Neill Blomkamp centre son histoire sur son duo de personnages et arrive à faire en 20 minutes ce que beaucoup n’arrivent pas à faire en deux heures : on s’attache à eux et on a peur pour eux. La peur est d’ailleurs le centre du récit avec dans un premier temps un gros travail sur l’ambiance stressante et un coté volontairement mystérieux sur ce qui a bien pu se passer dans cette mine. Et puis dans un second temps avec l’arrivée de ce monstre terriblement effrayant, au cri strident et viscéral, au visuel qui risque de marquer le spectateur un moment.
Le travail effectué ici en termes de visuel est tout bonnement hallucinant. Les incrustations sont quasiment parfaites, les décors bien dans le ton et les effets de lumière sont tout simplement impressionnants. Blomkamp se fait plaisir et le rendu final scotche le spectateur à son fauteuil. L’atmosphère est tendue, les acteurs parfaitement dans le ton, les thématiques chères au réalisateur sont évoquées et on se dit que s’il ne devait en adapter qu’un en long métrage, ça serait Zygote, ne serait-ce que pour connaitre le devenir du personnage de Dakota Fanning (La Guerre des Mondes), impeccable.

Le film est disponible gratuitement sur YouTube (oui, toujours ci-dessous, je suis trop sympa), les fans sont invités s’ils le souhaitent à soutenir le projet sur le site de Oats Studios ou sur Steam (pour 4.99$), ce qui leur donnera entre autres accès aux assets (Concept Art, éléments 3D, fichiers PDF, HQ,…) du court et s’en servir comme bon leur semble.




On sent bien avec ces trois œuvres que Neill Blomkamp est amoureux de ce qu’il fait et qu’il se sent à l’étroit dans les dictats d’un cinéma hollywoodien un peu trop carré, un peu trop aseptisé. Mais le cinéaste n’en oublie pas ses projets de plus grande ampleur et évoque régulièrement sur les réseaux sociaux un potentiel District 10 : “Pour District 10 la réponse est oui. Je veux revenir dans ce monde et raconter le reste de l’histoire avec Wikus et Christopher. Pour l’heure, j’ai beaucoup d’autres projets et idées sur lesquels je veux travailler et terminer. Mais le plus important, la raison exacte de réaliser District 10 doit être très claire. Le premier film était basé sur des thèmes et sujets réels d’Afrique du Sud qui m’ont tellement affecté et fait grandir que nous devons être sûrs que le prochain film ne l’oublie pas”. Autre projet qui lui tient à cœur, l’adaptation du livre de Thomas Sweterlitsch intitulé The Gone World, un thriller de science-fiction dans lequelle il sera question de voyages dans le temps et qui devrait être porté à l’écran grâce à l’appui de Sony. Espérons qu’ils laissent assez de libertés à Neill Blomkamp pour faire ce qu’il a vraiment envie. Et, à quand un Zygote version longue ?

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Feroner
Éditeur
17 septembre 2017 17:07

Mais en fait c’est une bonne nouvelle qu’il n’ait pas pu réalisé de suite a Alien qui est super film mais son univers est quelconque, ses court on l’air nettement plus intéressant.
“une totale liberté artistique ce que ne permet plus l’industrie du cinéma depuis plusieurs années” mais ca na jamais été le cas a partir du moment ou ont te file un gros budget.

Feroner
Éditeur
17 septembre 2017 17:26

Aïe pas de sous titres pour l’instant (ca a l’air prévu “soon”) mais ca a l’air très bien déjà 4 millions de vues.

Feroner
Éditeur
17 septembre 2017 17:51

Robocop premier du nom n’est pas un film a gros budget c’est pour ca que le film n’est pas bridé. Pareil pour les Carpenter.
Pour “Indiana Jones le temple maudis” Spielberg c’est fait taper sur les doigts trop de violence.

Rick
Administrateur
Reply to  Feroner
17 septembre 2017 17:57

Exact. Robocop à l’époque c’était du 13 millions, R Rated, contre du tout public à 100 millions pour le remake. Bien plus dur à rentabiliser déjà si tu ne peut accepter les ados dans la salle.

Rick
Administrateur
17 septembre 2017 17:54

Dans les années 80 et 90, pas mal de réalisateurs avaient déjà des soucis avec les studios pour donner leurs visions. Lynch avec DUNE, qu’il renie, McTiernan a eu beaucoup de mal à faire LAST ACTION HERO (de mémoire, je crois que personne ne croyait au projet et en sa direction), Fincher sur ALIEN 3 justement aussi. Dès qu’il y a un gros budget, le producteur a constamment les financiers sur le dos, qui surveillent le cahier de charge, hésitent pas à te dire “non fait ça à la place” alors qu’ils n’y connaissent pas grand-chose en cinéma au final…
C’est peut-être de plus en plus vrai aujourd’hui vu que les budgets gonflent constamment par contre en effet, mais ça a toujours été comme ça. Même déjà avec CLÉOPATRE dans les années 60, qui a changé de réalisateur en cours de route, qui a été largement coupé par le studio.

Liojen
Liojen
19 septembre 2017 10:32

Quoiqu’il en soit Blongkamp est un p***** de génie! Le genre de réal comme il y en a peu. Sa maitrise des sfx est impressionnante. J’ai hâte de voir son prochain long métrage.

Merci pour ce bel article cherycok!