[Avis] La rivière de boue, de Oguri Kôhei

Titre : Doro no kawa / Muddy river
Année : 1981
Durée : 1h44
Origine : Japon
Genre : Drame

Réalisateur : Oguri Kôhei

Acteurs : Asahara Nobutaka, Fujita Yumiko, …

Synopsis : L’amitié entre trois enfants, habitants aux abords d’une rivière durant la période de l’après guerre.

 

 

Avis Best : Oguri Kôhei, auteur en 2005 de La forêt oubliée, signe un remarquable film sur l’enfance. A l’image de L’incompris (Luigi Comencini), Cria Cuervos (Carlos Saura) ou encore Mon voisin Totoro (Hayao Miyazaki), il saura saisir avec justesse et humanité le ressenti de ses jeunes personnages, dans un contexte emprunt de difficultés.

L’après guerre a laissé de nombreuses personnes dans une situation précaire, dans laquelle tous ne sont pas égaux devant la vie. Cette période trouble nous est contée à travers le regard innocent mais néanmoins chargé de souffrance de trois enfants, liés d’amitié suite à un drame survenu aux abords de la rivière. L’un vit avec sa famille dans une maison au bord de cette même rivière, bénéficiant du confort lié à la situation sociale de ses parents, tandis que les deux autres, une fille de dix ans et son petit frère, vivent sur un bateau accosté à la rive. Premier contraste, la mère de ces derniers n’a d’autre choix que de se prostituer, et laisse à contre cœur sa progéniture se débrouiller par elle-même, pour au final grandir plus vite que la normale. Une manière d’insister sur la triste réalité de nombreuses veuves de guerre, n’ayant que peu d’alternatives pour subvenir aux besoins des siens.

Ici, les différences de classes sociales et la volonté affichée par certains de faire tomber les barrières sont au centre des débats. Ce désir contribue constamment à humaniser cette douloureuse tranche de vie. Ou quand la solidarité nécessaire à la reconstruction du pays et des âmes qui lui donnent vie passe par une volonté commune d’apporter sa contribution, aussi minime soit-elle. Même dans la difficulté ou la pauvreté, une parole donnée ne se reprend pas, et le respect garde une vraie valeur.

Par moments, la souffrance s’éclipse le temps d’une parenthèse dorée. Alors, la simplicité des jeux, le bonheur qui en découle, de même que la spontanéité et le regard enthousiaste porté à des détails rappelle qu’ils ne sont que des enfants. Eux aussi victimes en cette période de transition, leur attitude illustre à merveille la complexité des émotions, à cet âge où il est nécessaire d’être entouré. Mais ces bulles d’oxygène passagères ne cachent jamais un malaise patent, toujours prêt à les toucher au cœur. Celui-ci frappera par à-coups, toujours cruel et sans concession. Un difficile apprentissage de la vie et une découverte de la réalité du monde dans lequel ils évoluent. Un monde où les injustices sont légion et où tout ne passe pas toujours comme on l’aurait voulu. La vie ne tient ici qu’à un fil, celui de la volonté … et de l’espoir.

Un grand film sur l’enfance, dont l’authenticité et l’humanité rayonnent à travers les regards de ceux qui le font vivre. Muddy river n’oublie jamais la dure réalité mais garde toujours une place à l’espoir et à l’optimisme, et s’avère au final une très belle réalisation.

8,5/10

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Xavier
Xavier
14 août 2009 12:03

A noter d’ailleurs que cette première oeuvre a été nominée pour l’Oscar du meilleur film étranger, ce qui n’est pas rien.