[Avis] Motorway, de Soi Cheang

Des malfaiteurs dirigés par un excellent conducteur mettent en alerte la police de Hong Kong en multipliant les coups audacieux. Un tandem, composé d’un vieux briscard proche de la retraite et d’un jeune prodige du volant, va être mis sur le coup pour les arrêter…

Avis de Tequila :

Motorway est un projet qui ne peut qu’ interpeller : un pitch séduisant à base de courses poursuite dans les rues de Hong-Kong, un réalisateur qui s’est fait un nom avec une réalisation à la fois sophistiquée et énergique, le tout chapeauté par la compagnie Milkyway Image, bouée de sauvetage du cinéma de l’ex-colonie britannique depuis la rétrocession.

Le film nous offre une belle entée en matière avec une course poursuite magnifiquement mise en image sur le périphérique de Hong Kong : montage audacieux avec split screens, travellings serrés sur les bolides, gros plans sur les pédales, plans larges qui mettent en valeur les montagnes et les buildings… La musique, discrète, se fait électro-acoustique avec des sonorités très 80’s alors que les moteurs rugissent à pleins décibels. Toute l’ambiance du film tient dans cette opposition entre dynamisme et atmosphère aérienne, qui correspond bien à l’association entre Soi Cheang et la boite de production de Johnny To.

Cependant, l’enthousiasme redescend d’un cran alors que l’intrigue du film s’enlise dans des séquences de vie policière assez plates. L’alchimie entre le flic chevronné mais usé par les années de service ( campé par un Anthony Wong étonnamment transparent) et la jeune recrue fougueuse et déterminée ( interprétée par Shawn Yue) ne provoque que peu d’étincelles. On alterne donc entre de superbes séquences de courses, parmi les plus belles mises en boite dans un film du genre, et des moments creux pas forcément désagréables.

Au bout d’un moment, le film commence à trouver son équilibre ( à moins que cela ne soit le spectateur qui entre dans une trance molle et hypnotique) et on commence à savourer le plaisir basique des codes des films d’arts martiaux. Ainsi, le vieux maitre endormi finit par montrer ses crocs pour défendre son disciple, le disciple à force d’entrainement finit par maitriser la botte secrète de son maitre, et le duel avec les méchants finit par dépasser le plan physique pour s’aventurer sur le plan psychologique.

Soulignons quelques belles séquences comme une descente nocturne du Victoria Peak qui rappelle le manga Initial D, avec peu de visibilité et des virages pris au cordeau ou l’affrontement final dans lequel le Rookie déploie ses talents fraichement acquis : la finesse dans un parking qui demande beaucoup de doigté, la persévérance dans le centre labyrinthique de la ville, et finalement la puissance brute dans un affrontement viril sur les docks.

Au chapitre des fautes de goût, impossible de ne pas parler de la séquence de drague, échappée d’une soirée tuning dans la zone commerçante de Plan de Campagne, durant laquelle le héros tente d’emballer la belle…à coup de dérapages à 360 degrés ! Ce type de film aimant bien jouer avec les clichés, difficile de dire si on se situe dans le premier degré ou l’autoparodie, chacun se fera son opinion… Il n’en reste pas moins que le personnage féminin tombe comme un cheveu sur la soupe et illustre bien l’absence totale d’écriture des personnages, d’ailleurs bien peu attachants.

Au final, Motorway est un film qui souffle le chaud et le froid, il n’est clairement pas à la hauteur de son affiche prometteuse, mais pour peu que l’on soit dans un esprit bon public, il y a tout de même de quoi se faire plaisir avec une ambiance soignée, une belle bande son et des séquences de poursuite filmées avec maestria.


Titre : Motorway / Che Sau
Année : 2012
Durée : 1h29
Origine : Hong Kong
Genre : Action / Policier

Réalisateur : Soi Cheang

Acteurs : Anthony Wong, Shawn Yue, Xiadong Guo, Josy Ho, Barbie Hsu, Ka Tung Lam, Michelle Ye, Guangjie Li


tequila

"C'est en louant les cassettes vidéo de "A toute épreuve", "Une balle dans la tête" puis "Sonatine" que Tequila se découvre une passion pour le cinéma asiatique au milieu des années 90. Amateur de polar, de films d'arts martiaux et de chambara, il ne rechigne pas non plus à regarder un petit drame de temps en temps, ça le détend entre deux gunfights. Possède un canari et un bonsaï ficus, amoureux des jeux d'arcade Sega."

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11 Comments

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  1. Pas mieux! Tu retranscris très bien ce que j’ai ressenti du film…

  2. Faut que je me le mate celui là aussi, j’ai trop de films en retard lol

  3. Pareil faut que je le matte, les films que j’ai en retard s’accumulent, je me laisse aller lol

  4. Pas loin de penser la même. Le film moyen par excellence (enfin selon moi). De bons points positifs et puis d’autres, négatifs qui plombent l’ensemble. Du coup, la balance s’équilibre et on se dit que c’était pas mal sans que se soit transcendant non plus. En tout cas, je l’ai préféré à son “Accident” qui était pas mal mais qui malheureusement avait trop de cette emprunte Toienne.

  5. En fait, il manque un petit truc de je ne sais quoi… Le sentiment d’inachevé prend le dessus, et c’est bien dommage, car à chaque fois on y croit. C’est pas mal, on a apprécié, mais avec les défauts qui vont avec… 🙁

    Quand on repense à la scène de drague en drift! ^^

    Ah oui, et moi j’ai aussi fait le parallèle avec Drive… Un peu la réponse de HK aux USA, non?!

  6. En fait le soucis, c’est que les passages entre Anthony Wong et Shawn Yue ne sont pas savoureux du tout, et vu qu’ils constituent le cœur du film… Anthony n’est pas vraiment crédible dans ce rôle, il est vraiment pas dedans, je trouve qu’il tire le film vers le bas.

    C’est vrai que l’ambiance aérienne, la musique synthé années 80 et le côté stratégique de la conduite font un peu penser à Driver !

     

  7. > c’est que les passages entre Anthony Wong et Shawn Yue ne sont pas savoureux du tout […] Anthony n’est pas vraiment crédible dans ce rôle, il est vraiment pas dedans, je trouve qu’il tire le film vers le bas.
    C’est tout à fait ça, les buddy film” jouent avant tout sur le duo et là ce duo manque d’impact. Les différences qui composent les personnages, etc… sont mal exploitées. Le côté sifu/élève n’est pas axé au mieux. Il y manque une osmose. Et l’une des grosses fautes de cast’ reste malheureusement Anthony Wong. Je ne pensais pas écrire une telle chose un jour mais il est comme absent. On a le sentiment qu’il n’est pas convaincu par le film. Il est là sans l’être. 
     
    > Ah oui, et moi j’ai aussi fait le parallèle avec Drive… Un peu la réponse de HK aux USA, non?!
    Nope ! Enfin on pourrait le dire comme ça mais Motorway a été fait à la même époque. Drive est sortie avant, c’est tout alors qu’ils auraient du sortir plus ou moins à la même époque. Il me semble que déjà lors des premiers teasers Motorway suintait le film à l’atmosphère éthéré avec le son qui va avec. Soi Cheang en a-t-il rajouté par la suite… ?

  8. Hello,
    Bon une audi A4 8D badgée 2.3 sur la malle arrière et avec un compteur d’audi S4, il y a comme un problème? non?
    Faut pas être passionné d’auto…

  9. N’y pipant absolument rien en voiture, c’est le genre de détail que je ne regarde même pas ^_^

    1. Mdr, une fois accidentée (scène finale) la pseudo S4 se transforme en Mitsubishi.. y a trop de trucs comme ça c’est un gag. L’idée du film est néanmoins pas mal.

  10. Je t’avoue que je n’ai pas fait attention, mais je comprends que les puristes remarquent ce type de détail !

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