[Avis] Memories of Murder, de Bong Joon-Ho (2003)

Deux inspecteurs de police, l’un de la campagne, l’autre de la ville, aux méthodes radicalement opposées vont devoir mettre leurs forces en commun afin de piéger un terrible tueur en série. Les soupçons de chacun vont alors se déplacer d’un suspect à un autre, au rythme lancinant des assassinats barbares du mystérieux tueur.


Avis de Rick :
Memories of Murder, c’est l’adaptation d’un fait divers réel, sur un tueur en série qui viola et tua dix femmes à la campagne entre 1986 et 1991. Mais c’est également pour beaucoup la découverte d’un réalisateur qui ne décevra jamais par la suite (The Host, Mother, Snowpiercer). Bref, Memories of Murder nous raconte la traque par la police d’un tueur qui ne sera jamais arrêté, qui ne laissera jamais d’indices derrière lui, et qui s’attaquera durant cinq ans à 10 femmes, d’âge très varié. Avec une histoire pareille, impossible de ne pas penser à Zodiac de David Fincher. Pourtant, le métrage n’a que peu de choses à voir avec, puisque Bong Joon-Ho nous invite, et ce dés sa scène d’ouverture, dans un univers différent, froid, grinçant parfois, mais totalement hors normes. Car la grande force du réalisateur est de passer avec facilité d’un genre à l’autre, sans qu’un élément ne fasse tâche par rapport au reste, devenant ainsi parfaitement cohérent dans son ensemble. On passera donc de scènes dures, de scènes pleines de tensions, à d’autres beaucoup plus grotesques, voir stupides. Se déroulant dans un tout petit village Coréen, l’histoire suit deux policiers, l’un venant de la ville, et l’autre venant de la campagne, qui sont sur les traces d’un tueur en série, un violeur. Deux flics différents, aux méthodes forcément différentes, l’un étant souvent violent, n’hésitant pas à frapper les suspects pour obtenir des aveux, ou même à fabriquer des preuves, tandis que l’autre se veut plus scientifique, posé.

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Deux personnages très différents et au descriptif assez classique mais qui prennent vie devant la caméra de Bong Joon-Ho. Et bien qu’appartenant aux polars, à ces films de traque de tueur en série, Memories of Murder prend son temps, pour dépeindre les événements, ses personnages, mais également le lieux de l’action. Il prend son temps, oui, mais jamais il n’ennuie. Car finalement, Memories of Murder est un drame, un drame parfois comique et social, qui s’attarde avant tout sur ses personnages et sur son décor. Par décor, outre, je ne parle pas que des lieux, ce petit village apportant un petit côté dépaysant bienvenu, mais également dans son intrigue et son déroulement. Les personnages évoluent dans ce décor, récoltent des pistes, des fausses pistes, tentent d’en créer, se perdent eux même dans leur envie de mettre un terme à cette histoire qui va les ronger, et le réalisateur nous surprend en passant d’un style à un autre, en dépeignant de façon parfois grotesque les événements et ses personnages, et en n’allant jamais véritablement là où on l’attend.

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Ses changements de rythme, de style, ces cassures dans le récit, rythme le métrage et cette enquête de brillante manière, si bien que lorsque le métrage, après une scène un peu grotesque, nous balance une petite course poursuite en pleine face, on jubile devant le résultat, devant tant d’audace pour nous surprendre tout en restant cohérent. Bong Joon-Ho nous fait aimer son univers, ses personnages. Il n’hésite pas à les ridiculiser, puis à nous les montrer sous leur jour le plus sombre, les rendant ainsi humain. Finalement, Memories of Murder tient parfois bien plus du drame social que du vrai polar, le réalisateur brassant les genres constamment. Bien entendu, on pourra toujours dire que le réalisateur maîtrisera cet art de mixer les genres beaucoup mieux dans son métrage suivant, The Host, mettant ainsi certains éléments un peu en arrière plan ici alors que les développer aurait pu apporter une nouvelle dimension intéressante. Et si, en s’inspirant d’une histoire vraie, Bong Joon-Ho rend finalement la finalité de son métrage connue et attendue, il termine son film de la plus belle manière qui soit, nous laissant un goût assez amer en bouche. Non pas pour le spectacle proposé, mais pour ce que ressentent les personnages. Notons d’ailleurs l’interprétation comme souvent magistrale de Song Kang-Ho dans le rôle du flic campagnard.

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Bong Joon-Ho signe un grand film basé sur une vraie enquête. Entre tension et humour, Memories of Murder surprend et passionne.

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MemoriesofMurderTitre : Memories of Murder – Sarinui Chueok – 살인의 추억
Année : 2003
Durée : 2h07
Origine : Corée du Sud
Genre : Policier
Réalisateur : Bong Joon-Ho

Acteurs : Song Kang-Ho, Kim Sang-Kyung, Kim Roi-Ha, Song Jae-Ho, Byun Hee-Bong, Go Seo-Hee et Park No-Shik


Galerie d’images :

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Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

6 Comments

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  1. Alors moi c’est marrant mais je ne suis pas très fan de bong joon-ho. Oh attention hein, je ne dis pas que ses films sont mauvais. C’est un réalisateur qui a du talent, mais il y a toujours quelque chose qui m’empêche d’entrer dans ses films.
    J’ai apprécié ce Memories of murder, sans spécialement ressentir le désir de me le procurer pour le revoir plusieurs fois.
    Pareil pour Snowpiercer, je n’ai accroché à aucun personnage et si le film est sympathique, il ne m’a pas laissé de souvenir inoubliable.
    The host, j’ai eu des soucis avec le rythme du film. A plusieurs moments du film on sent que ça va être la fin, et en fait non. Et j’ai trouvé le temps long.
    Et enfin Mother, ben…je sais pas trop. J’ai trouvé ça long aussi, pour une révélation que j’ai vu venir.

    Je n’ai trouvé aucun de ces films mauvais hein, mais aucun ne m’a vraiment donné envie de les revoir.

    1. Comme quoi hein, les goûts et les couleurs, je préfère largement Bong Joon-Ho, qui mélange les genres et a une mise en scène pas forcément tape à l’oeil, plutôt que Kim Jee-Woon, qui a une mise en scène qui cherche toujours la stylisation de tous les plans.
      Je n’ai pas encore vu son dernier film, qui était une production Netflix d’ailleurs, mais j’en ai eu de très bons échos.

      1. Après mon but n’est pas de comparer Bong Joon-ho et Kim Jee-woon, attention ! Ils ne font pas les mêmes types de films. Je ne dis pas que si Kim Jee-woon avait fait the Host, ce serait mieux. Non, ça, j’en sais rien^^
        Je dis juste que Bong Joon-ho, il y a pour moi souvent un souci de rythme et j’ai du mal à rester attentif tout le long ou à apprécier les personnages.

        1. Chery : Oui voilà Okja, j’avais oublié le titre ^^ 

          Matt : Ah dans le fond je ne comparais pas non plus, ils sont juste tellement différents. Mais je préfère de manière subjective la proposition de cinéma de Bong Joon-Ho.

  2. Pour tout avouer, je n’ai vu de lui que MEMORIES OF MURDER et je n’avais pas accroché à l’époque. Mais je sais aussi que je l’avais vu dans de mauvaises conditions. Il faudrait que je lui donne une seconde chance car j’aime beaucoup l’acteur principal. Par contre, pas vu d’autres films de la filmo de Bong Joon-Ho donc je ne jugerais pas mais cette expérience Memories of Murder m’avait refroidi sur le reste de la filmographie du bonhomme. Je rate sans doute des choses mais bon ^_^

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