[Avis] Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade, de Julien Carbon et Laurent Courtiaud

Titre : Les Nuits Rouge du Bourreau de Jade
Année : 2009
Durée : 1h38
Origine : Hong Kong & France
Genre : Thriller saphique et fétichiste
Réalisateur : Laurent Courtiaud & Julien Carbon

Acteurs : Frédérique Bel, Carrie Ng, Carole Brana, Stephen Wong, Jack Kao

Une légende chinoise raconte l’histoire du Bourreau de Jade, exécuteur de l’empereur de Chine qui avait créé un poison capable de tuer une personne en lui délivrant le plaisir ultime. Cette légende pourrait bien se reproduire puisqu’une française recherché par Interpol s’échappe à Hong Kong, où elle compte bien revendre une antiquité contenant le poison suprême. Mais sa route croisera celle de Monsieur Ko, gangster taïwanais qui convoite également l’objet, ainsi que celle de Carrie, meurtrière épicurienne se prenant pour la réincarnation du Bourreau de Jade…

Les Nuits Rouges, ça fait longtemps qu’on en entend parler et qu’on voit des bandes annonces intrigantes tourner sur internet. Il sort en salle en France mercredi prochain, le 27 avril 2011.Avec une interdiction aux moins de 16 ans avec avertissements, avec son duo de réalisateurs ayant passé une vingtaine d’années à Hong Kong avec quelques collaborations avec les grands de la place, avec des images qui laissaient présager une photo sublime, avec une Carrie Ng visiblement très inspirée, mais aussi avec Frédérique Bel comme contrepoids à Carrie Ng… alors, quel est le bilan docteur ?

Et bien c’est pas si mal ! Je m’attendais à un thriller avec un scénario comme pièce centrale, surtout que les deux réalisateurs ont surtout fait leurs dents sur l’écriture de scénario. Et bien non. Pas du tout, circulez y a rien à voir, pas d’intrigue, ou si peu. Ce n’est pas là que réside l’intérêt du film. Non, Les Nuits Rouges est complètement à part dans le paysage cinématographique mondial, c’est un pur film d’ambiance, un film de tortures et de perversions, un film sur le Dry Martini, un film pour les amateurs de gialli avec pleins d’inserts sur pleins d’objets. En fait, c’est un film fétichiste à ambiance avec une scène de torture vraiment hardcore.

Visuellement, c'est splendide
Visuellement, c’est splendide

Tout tourne autour de Carrie Ng qui prend un plaisir diabolique – partagé avec le spectateur – a torturer ses victimes. En manque de sensation, elle cherche à obtenir le fameux poison du bourreau de Jade, poison qui paralyse les membres tout en exacerbant les sensations, avant de donner la mort. Frédérique Bel se retrouve en possession du poison et essaye de le vendre à la belle… Mais finalement, l’histoire est plus un prétexte qu’autre chose.

Le film se déroule quasiment intégralement à Hong Kong. Quasiment tous les acteurs parlent uniquement cantonais, sauf Frédérique Bel qui le comprend mais ne le parle pas, et Carole Brana qui fait l’effort louable de sortir quelques répliques en cantonais. Frédérique Bel, parlons en justement. C’est le personnage le plus raté du film, en partie par sa faute, mais aussi parce que les réalisateurs n’en ont visiblement rien à foutre. Blessée en cours de route, on la voie agoniser, ramper, etc. le film insiste vraiment longuement là-dessus (c’est long par moment…). Puis pfffuit, plus rien, hop hop hop, oubliée la blessure, le lendemain, elle est comme neuve. Bon OK, on s’en fout du scénario, c’est un prétexte, mais faut pas pousser mémé dans les orties non plus. En fait, elle semble juste présente pour faire contrepoids à Carrie Ng.

Carrie Ng est très inspirée
Carrie Ng est très inspirée

La première scène de torture en ouverture du film est très réussie. La grande scène de torture centrale du film l’est un peu moins. Apparemment, Carole Brana n’était pas très à l’aise dans cette scène, elle est attachée de toutes parts par des cordes et suspendue en l’air à l’horizontale à l’aide de ces cordes. Résultat, elle porte un gros short panga noir avec des gros harnais qui fout tout en l’air, très sexe… Par contre, ça va assez loin, la scène part très vite en cacahouète, sanglante, vraiment vraiment gore, et finalement, c’est pas si mal foutu. Les scènes d’action sont bien foutues également, elles ont chacune leur climax et maintiennent la tension.

Bon mais alors, Les Nuits Rouges n’a que des qualités ? Non, loin de là. Le jeu de Frédérique Bel est vraiment incertain et manque de crédibilité. Le film repose trop sur son ambiance, et le problème c’est que par moment, beh y a pas d’ambiance, il se passe pas grand chose, et on s’emmerde un peu. Visuellement c’est peut-être splendide, mais ça ne fait pas tout. C’est peut-être dû à une absence un peu trop prononcée de musique de fonds (en revanche, quand elle est présente, elle est très efficace et très inspirée !). Je veux dire, j’ai vu le film dans un état assez second, qui m’a vraiment aidé à rentrer dans le film et à me laisser porter par l’ambiance, et à ne pas trop remarquer les baisses de rythme qui m’auraient vraisemblablement emmerdé en temps normal. Là, très fatigué et avec un public de geeks, ça passait bien !

Les Nuits Rouges est finalement un film assez personnel, visuellement superbe, où les deux réalisateurs voulaient faire de Carrie Ng la femme fatale ultime, envoutante, complètement passionnée, et complètement barrée. Tout comme le film. Je pense qu’on est vraiment sur le fil, à la limite entre le film de genre vraiment réussi, et le film OVNI un peu raté. En tout cas, la démarche est sincère et louable.

Le teaser, c’est ici :

Teaser de Red Nights

 

Nomad Soul

Elevé au grain en plein air avec les grands écarts et la rhétorique de Jean Claude Van Damme, initié au salto arrière tout en tenant une jarre remplie d’eau par Jackie Chan, The Killer sera sa première grande baffe, suivie par pleins autres baffes : Tsui Hark, Ringo Lam, Johnnie To… puis la découverte des films de la Shaw Brothers. Hong Kong est son pays de prédilection.

9 Comments

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  1. L’impression de voir un film à la Christophe Gans, le syndrome starfix  (generalement ça vieilli très mal)

  2. joli choix de tag en passant!

  3. C’est vrai, c’est assez esthétisant, un peu comme Crying Freeman. D’ailleurs, un autre long métrage est prévu avec les deux compères, toujours à Hong Kong, ce sera plus mainstream !

  4. J’avais pas aimé CRYING FREEMAN en son temps. Pas aimé non plus la suite de la carrière ciné de Gans. Le truc de Jade là, ça me dit donc pas grand chose…

  5. Clair, très sympa l’interview !

  6. > Un dernier mot pour les lecteurs d’East Asia ?

    Julien Carbon: Il faut lire East Asia tous les jours. (rires)
    Laurent Courtiaud: Continuez, le cinéma de Hong Kong ne tient encore que grâce à vous, que par East Asia.
    Julien Carbon: Si tu lis East Asia tous les jours, tu atteindras la vie éternelle, et la fortune ! Les femmes arrachent leurs vêtements pour les lecteurs d’ East Asia. Quand tu rentres dans un bar que tu t’annonces étant lecteur d’ East Asia, t’as le droit à 30% de réduction sur toutes les consommations.
    Laurent Courtiaud: A Hong Kong, je bois gratuitement depuis que je dit que je fais des interviews avec East Asia. Mon foi en a pris un coup, je ne vous remercie pas messieurs !
    Sympa en effet… lol. C’est vrai que c’est intéressant de voir leur point de vue sur ce qu’était l’industrie HK à l’époque où ils officiaient. Et ce qu’il en est aujourd’hui bien que l’on connaisse l’état actuel de cette même industrie.

  7. On y va aussi de notre interview (non exclusive 🙂  )…..

    http://www.hkcinemagic.com/fr/page.asp?aid=353

  8. Une direction artistique magnifique mais alors le reste m’a fortement ennuyé, une sensation de belle coquille vide.

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