[Avis] Green Snake, de Tsui hark (1993)

Green Snake et White Snake sont deux créatures surnaturelles qui, pour vivre parmi les humains, ont pris une apparence féminine. Elles installent leur repaire dans une maison, en réalité une illusion, et partent à la rencontre des hommes. Sur leur chemin, un moine bouddhiste, chasseur de fantômes, et un étudiant niais qui croit à l’amour…


Avis de Rick :

À la base, Green Snake est une adaptation d’un conte populaire Chinois racontant l’histoire de deux sœurs serpents, Bok et Ching, qui prennent forme humaine et apprennent à vivre aux côtés des humains. Bok (White) va vivre une histoire d’amour avec un humain. Les adaptations, il y en a eu plus d’une, et cela continue encore récemment, avec des films plus ou moins réussis, provenant d’un peu partout en Asie, et sous tous les formats (cinéma, vidéo, théâtre, série). En 1993, c’est à Tsui Hark de livrer sa version. L’homme enchaîne les projets depuis la fin des années 80, en passant avec facilité d’un genre à l’autre. Après le film de guerre avec le décrié (mais pas si mauvais) A Better Tomorrow 3 en 1989, après Il était une Fois en Chine 1 et 2 avec Jet Li en 1991 et 1992, Tsui Hark tourne avec Ringo Lam le film récréatif Twin Dragons avec Jackie Chan en 1992. C’est là qu’il rencontre Maggie Cheung, et après avoir produit L’Auberge Du Dragon où elle tient le rôle principal, c’est tout naturellement qu’il embauche la magnifique jeune femme dont la carrière commence à monter pour l’un des rôles principaux du film, dans le rôle du serpent vert, oui, celui du titre. Pour le rôle de la sœur, le serpent blanc donc, il retrouve Joey Wong, connue pour son rôle dans la trilogie Histoires de Fantômes Chinois, produits par Tsui Hark justement. Des retrouvailles en forme, pour un film hypnotique. Car formellement, Green Snake est sans doute l’un des films les plus intéressants de Tsui Hark, malgré quelques défauts évidents.

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Dès la magnifique scène d’ouverture, Tsui Hark pose le ton. Les décors sont magnifiques et reconstituent parfaitement l’époque, ceux-ci baignent souvent dans des couleurs fantaisistes du plus bel effet, rappelant parfois justement Histoires de Fantômes Chinois. Bleu, violet, rose, l’univers est coloré, parfois un peu kitch, mais s’inscrivant à merveille dans le côté « faux » instauré par l’histoire (la demeure des deux serpents n’est qu’une illusion créée pour les humains après tout) et le côté poétique certain de l’histoire. On pourra également dire que les deux seuls vrais personnages humains de l’histoire, un moine Taoïste et un jeune homme un peu niais, font forcément penser à Leslie Cheung et Wu Ma dans Histoires de Fantômes Chinois encore une fois. Et sous ces airs de film fantastique et fantaisiste, Green Snake est, comme le film précité, une romance. Jamais Joey Wong et même Maggie Cheung n’avaient été sensuelle à l’écran. Tsui hark les filme avec grâce et élégance, rendant chaque apparition sensuelle, et même érotique, sans jamais verser pourtant dans la simplicité et dans le plan facile. Ce qui correspond parfaitement aux deux personnages, complexes et intéressants. Le Serpent blanc, Joey Wong, rêve d’être humaine, de connaître l’amour, elle veut spirituellement s’élever au même niveau que les humains, et elle jettera son dévolu sur un jeune homme un peu niais, mais gentil. Alors que le Serpent vert, Maggie Cheung, sera jalouse, voulant tout partager avec sa sœur, et ne comprenant pas les émotions, purement humaines, qu’elle arrive à ressentir.

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Outre son visuel hypnotique et ses actrices, et son superbe thème musical signé James Wong, c’est bel et bien ses thématiques et son scénario qui rendent Green Snake unique, et donc, indispensable. Car chaque personnage a ses convictions, ses rêves, ses croyances, et chaque personnage sera à un moment donné forcé de se remettre en question. Joey Wong veut être humaine, Maggie Cheung veut apprendre et finalement connaître les émotions humaines, au départ dans le but de ressembler à sa sœur. Le moine également se remettra en question au fur et à mesure de l’avancement du métrage, tandis que le jeune homme niais qui tombera amoureux du serpent sera prêt a bien des sacrifices pour conserver son amour, préférant rester au départ aveugle à la vérité, avant de l’accepter. Bien entendu, film de Tsui Hark oblige, le métrage ne lésinera pas non plus sur les différents affrontements, les effets spéciaux et la magie. Et comme pour Zu : Les Guerriers de la Montagne Magique, on ne peut pas dire que tout fonctionne. Si les maquillages et certains effets sont de toute beauté, notamment en ce qui concerne les serpents, d’autres, les effets de synthèse par exemple, fonctionnent beaucoup moins, surtout que le final nous en donnera une surenchère, avec des vagues d’eau, des dragons de feu, et c’est un peu trop, ça ne fonctionne pas. Dommage, mais on n’atteint pas l’aspect kitch de Zu, fort heureusement. Mais face à la poésie se dégageant de l’œuvre quasi en permanence, on fermera les yeux sur ses quelques défauts, empêchant le film néanmoins d’être le chef d’œuvre qu’il aurait dû être.

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Green Snake est sans doute l’un des métrages les plus aboutis de Tsui Hark, un film d’une poésie rare, porté par deux actrices magnifiquement filmées : Joey Wong et Maggie Cheung.

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green snakeTitre : Green Snake – 青蛇
Année : 1993
Durée : 1h39
Origine : Hong Kong
Genre : Fantastique / Romance
Réalisateur : Tsui Hark

Acteurs : Joey Wong, Maggie Cheung, Vincent Zhao, Wu Hsing-Guo, Ma Jing-Wu et Tien Feng


Galerie d’images :

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Cherycok
Administrateur
1 novembre 2013 10:33

Les screenshots donnent vraiment envie de le revoir en tout cas

Dr-Gonzo
Dr-Gonzo
1 novembre 2013 13:05

Ah qu’il est bon ce green snake, la richesse visuelle, la sensualité des actrices, d’ailleurs sa serait cool que HK video ressorte le coffret car il est pratiquement introuvable (j’ai la chance de ea posséder, coffret indispensable en duo avec l’auberge du dragon).
J’ai qu’une seule envie maintenant c’est d’aller le re-mater.

Nico
Nico
2 novembre 2013 18:17

Ah, Green Snake, ou comment tomber sous le charme de deux des plus jolies actrices de HK dans le même film. Sans parler de la BO admirable de James Wong, que j’écoute encore régulièrement. A ce sujet, je cherche encore et toujours la BO de Peking Opera Blues, sans succès :/ si parmi vous quelqu’un a un tuyau, i’m here 😉

Jonathan-asian
9 novembre 2013 22:16

Faut que je me le refasse, je m’en rappelle quasiment plus.

Realisateur
Realisateur
9 novembre 2013 22:59

Manque juste Wu Ma et on tenait un chef d’oeuvre!

Matt
Matt
10 mars 2019 20:40

Argh !
Je suis tiraillé.
J’ai adoré la photographie, les actrices sont magnifiques, l’histoire est jolie.

Mais certains effets spéciaux arrachent la rétine, le montage est épileptique, on ne pige pas toujours ce qui se passe, la cigogne en CGI a provoqué chez moi un arrêt cardiaque, et pourquoi nom de dieu est-ce que les 3/4 du temps les personnages parlent sans bouger les lèvres ? Tout a été fait en post prod ? Ou alors ils sont tous censés communiquer par télépathie parce que ce sont des démons ? C’est super agaçant ! J’ai eu l’impression de regarder un télé achat polonais.

Du coup…argh…j’ai envie d’aimer le film, Maggie Cheung est craquante dans ce rôle, mais certains choix techniques sont vraiment agaçants…

Matt
Matt
11 mars 2019 10:21

Ouais je sais pas comment dire…
ça me fait chier d’avoir ce ressenti parce que j’ai aimé pas mal de trucs mais au bout d’un moment j’ai trouvé le visionnage pénible sur la fin. Trop d’effets inutiles vilains, et cette synchronisation labiale absente…

Bon…il me reste à voir l’auberge du dragon qui est dans le même coffret.