[Film] Sans un Bruit, de John Krasinski (2018)

Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard.


Avis de Rick :
Sans un Bruit, alias A Quiet Place, avait apparemment fait pas mal de bruit (ah ah) dés l’apparition de son premier trailer. Que je n’avais bien évidemment pas vu puisque je ne regarde jamais de trailers, de peur d’être spoilé, ou que l’on me vende un film qui n’a rien à voir au final avec le produit terminé. Mais ça ne m’a pas empêché d’être attiré pour le voir, car il faut dire qu’entre 3 films de genre blindés de jumpscares putassiers, A Quiet Place semblait avoir de bonnes choses pour lui. On pourrait même dire que le métrage fait parti d’une petite vague de films de genre récents qui se décident à exploiter les différents aspects cinématographiques pour offrir une bien belle ambiance. Je veux parler de ces films, qui utilisent le plus souvent une mise en scène simple, mais surtout fluide et appliquée, et utilisant le son pour poser une ambiance, et parfois même raconter quelque chose. En gros, se servir du média utilisé de manière intelligente. Par là, je parle bien entendu de Don’t Breathe et son utilisation parfois du noir (le personnage étant aveugle) et du son (il perçoit mieux les sons), Green Room (dans un univers musical), Hush – Pas un Bruit (avec son personnage principal sourde et muette), et maintenant ce A Quiet Place. Le métrage nous place directement pas mal de jours après le début d’un drame quelconque qui aurait dévasté en partie l’humanité. Dans sa mise en place, on pense limite à tous ces films de zombies actuels. Une ville dévastée, quelques survivants enfermés dans un supermarché et qui ne doivent pas faire de bruits pour ne pas attirer quelqu’un ou quelque chose. Comme je ne savais même pas de quoi le film parlait, ça fonctionnait super sur moi d’ailleurs. L’introduction prend son temps, les plans sont élégants et travaillés, le silence rapidement pesant (le film n’est pas un film bien bruyant). On a tout de même droit à une intro de 10 minutes, sans jumpscares, sans shaky cam, sans longs dialogues inutiles prenant le spectateur par la main.

D’emblée, j’aime, jusqu’à la fin de cette introduction, osée et me faisant dire qu’on tient bien là un bon grand film. Passé cette introduction, le film reprend lors du jour 472, soit 472 jours après le début de la catastrophe, et le film va se focaliser donc sur nos personnages, à savoir les parents (Emily Blunt et John Krasinski, d’ailleurs coscénariste et réalisateur du film) et leurs deux enfants (Millicent Simmonds et Noah Jupe), confortablement installés dans un coin reculé. Avec la petite introduction en poche, le réalisateur n’a pas besoin de développer plus, il a déjà toutes les cartes en mains pour faire fonctionner son film. Des monstres errent, le moindre bruit les attire, et donc notre famille vit dans un coin reculé où ils se mettent à surveiller le moindre de leurs sons. Et cet effet de stress constant, de surveillance constante, et bien elle marche du tonnerre, même si on pourra rapidement pester contre un point du scénario, qui paradoxalement, nous réservera de très bons moments que l’on voit venir à l’avance, avec notre héroïne enceinte. Car oui, accoucher, ce n’est pas sans douleur, ça fait du bruit, et un bébé, n’en parlons même pas. L’idée est bonne, même si on se dit que l’idée même d’avoir un bébé est totalement inconsciente, mais bon, durant les 1h30 du métrage, on adhère à ce choix. Et A Quiet Place fait alors presque un sans faute, disons même qu’il frôle le sans faute durant 1h20. Le silence dans lequel nous plonge le métrage devient très rapidement ultra pesant. Rien que de voir la famille devoir préparer un repas dans le silence le plus complet, et paniquer dés qu’un petit élément tombe par terre provoque son petit effet. Même la petite routine, avec les repas en silence, le sable qu’ils mettent par terre autour de la demeure pour limiter le bruit provoque un certain petit malaise. Il n’y a que les rares sorties extérieures qui viennent briser le silence installé autant par le concept que par la mise en scène, comme lors du passage de la rivière.

Le passage dans la forêt juste derrière d’ailleurs fonctionne à merveille. Et tout ce qui s’ensuit fonctionne également à merveille, avec le monstre dans la maison, l’accouchement, les enfants perdus dehors. Même si le métrage laisse alors peu à peu la musique l’envahir (bande son parfois assez bruyante de Marco Beltrami), l’ensemble fonctionne encore et délivre quelques moments de tension hyper bienvenus. Jusqu’à ce que l’on atteigne les 10 dernières minutes du métrage, qui semble alors effectuer un virage à 180 degrés l’éloignant de ses ambitions de départ pour partir dans une direction un peu plus bruyante, mais également plus musclée et qui oublie par moment le réalisme. Alors oui, le réalisme limite, pas bien grave, après tout nous somme dans un film de genre avec des monstres, donc passons sur certaines facilités scénaristiques ou autres. Mais le métrage, comme tout métrage de genre se respectant, doit alors en donner un peu plus au spectateur dans son dernier tiers, et parfois, A Quiet Place le fait très bien (le passage dans le champ de maïs), et parfois, beaucoup moins bien. Mais si ironiquement, ces moments un poil plus musclés fonctionnent encore, A Quiet Place nous montre sa pire petite faille seulement 3 secondes avant son générique de fin, avec un plan final too much et légèrement déplacé comparé à tout ce qui précédait, et surtout comparé au personnage en question. Un plan poseur et iconique qui semble même venir d’un autre métrage. Un peu comme si le réalisateur, dans son envie de proposer un final qui se bouge plus que le reste du métrage, n’avait pas su où se situait sa limite. Alors oui, c’est dommage, et certains autres éléments sont dommages également, mais au final, rien qui ne gêne vraiment la vision du dit métrage, qui est et restera une excellente surprise de cette année 2018.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une excellente mise en scène posée
♥ L’utilisation du silence
♥ Des scènes de tensions qui fonctionnent
⊗ Un score musical sans doute trop présent
⊗ Le plan final
note8
Sans un Bruit est une excellente surprise. Il y a quelques défauts, notamment sur la fin, mais l’expérience visuelle et sonore proposée nous offre quelques excellents moments de tension.



Titre : Sans un Bruit – A Quiet Place

Année : 2018
Durée :
1h30
Origine :
U.S.A.
Genre :
Fantastique
Réalisation : 
John Krasinski
Scénario : 
Bryan Woods, Scott Beck et John Krasinski
Avec :
Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds, Noah Jupe, Cade Woodward et Leon Russom

 A Quiet Place (2018) on IMDb


Galerie d’images :

A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

8 Comments

Add a Comment
  1. Ah oui c’est très con le coup d’avoir un bébé dans ce contexte quand même. Et je me dis que ç’aurait pu être contourné en partant de l’idée qu’elle était déjà enceinte avant la catastrophe et que le film prenait place 200 jours après quand elle arrive au terme de sa grossesse.

    « A Quiet Place nous montre sa pire petite faille seulement 3 secondes avant son générique de fin, avec un plan final too much et légèrement déplacé comparé à tout ce qui précédait, et surtout comparé au personnage en question. Un plan poseur et iconique qui semble même venir d’un autre métrage. »

    Hum…laisse moi deviner…après avoir botté le cul d’un monstre, la mère prend la pose comme un Bruce Campbell dans Evil Dead avec une arme à la main sur un soleil couchant ?^^ Ou un truc du genre…
    Cette fin que tu mentionnes me fait penser à la fin de 10 Cloverfield Lane.

    Bon j’imagine qu’on peut tirer quelque chose quand même de ce film d’après ce que tu dis.

  2. La fille sourde et la mère enceinte j’ai trouvé ça un peu trop gros moi aussi, mais au final les situations sont parfaitements amenées.
    Pour ce qui est de la grossesse de la mère Elle à peut-être pu tomber enceinte ”par accident”, ce serait crédible. Pas facile de trouver un moyen de contraception dans ce monde dévasté.

    J’ai beaucoup aimé le film, superbe ambiance (au ciné pas un bruit dans la salle également c’était appréciable!) mais j’ai été un peu déçu (forcement après de telles critiques elogieuses le présentant comme le film le plus flippant, etc…) surtout par la fin qui, comme tu l’as bien dit dans ta critique, casse un peu avec le reste du metrage et redevient “classique”

    Une suite est en préparation il paraît.

    1. « Elle à peut-être pu tomber enceinte ”par accident”, ce serait crédible. Pas facile de trouver un moyen de contraception dans ce monde dévasté
      Oui en effet. J’ai pas vu le film. ça dépend comment c’est amené. Si c’était un choix volontaire « éh faison un bébé », c’est quand même un peu con^^
      Ah tiens et ils couchent ensemble comment sans faire un bruit ?^^ Dans le sable ? Sous l’eau ?^^
       
      Ahem…désolé.

  3. C’est un peu gros oui, mais ça amène niveau visuel et sonore des situations plutôt intéressantes et bien trouvées, donc ça ne me dérange au final pas tant que ça.
    Et c’est en effet agréable de pouvoir voir un film dans une salle silencieuse, là où d’habitude tu as les habituels commentateurs de films, ceux qui rient, mangent du pop corn et tout…

    Je me suis un peu renseigné, et ils sont en écriture d’une suite pour une sortie probablement en 2020. Je ne sais pas trop quoi penser, si une suite directe, le plan final me laisse penser à une suite plus musclée, et donc cassant un peu le délire du film. Mais prendre d’autres familles est un peu inutiles aussi. J’espère juste qu’ils ne nous feront pas le coup de la préquelle pour tout expliquer (l’apparition des monstres, tout ça… pas besoin de savoir au final).

  4. Excellent film.
    Pour moi le coup de la femme enceinte je me dis aussi que l’humanité essaye juste de survivre aussi…..

    1. Ben après c’est clair que si l’humanité est anéantie petit à petit, il faut bien procréer afin que l’espèce survive.

      Ça choque un instant car tu te dis au final qu’accoucher c’est super dangereux et pas le truc le plus silencieux du monde, mais en effet, ça passe. Ce sont des petits détails mais au final rien qui ne m’a vraiment fait sortir du film. Sauf encore une fois ce plan final.

      1. Oui c’est des petits détails et effectivement il fat repeupler le monde. Sauf que ca reste relativement crétin. Ils marchent sur une branche un peu fragile et ca attire les monstres, alors un bébé qui reste « incontrolable » en termes de bruit… Le mieux est peut etre de trouver une solution au problème avant de commencer à repeupler le monde. Et même si pas de moyens de contraception ou d’avortement, il en existe des « naturels » (que je n’exposerais pas ici pour ne pas choquer les âmes sensibles ^^).
        Après, je suis d’accord, excellent film pour ma part, si ce n’est ce dernier plan sincèrement de trop. Enfin, pas de trop, mais il aurait pu être fait bien autrement. Tout le film te fait monter une grosse pression de fou, et ce plan final m’a déclenché un fou rire…

  5. Ce dernier plan il met au final tout le monde d’accord ^^

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Dark Side Reviews © 2017