[Film] Martyrs, de Kevin Goetz et Michael Goetz (2015)

Anna et Lucie sont deux amies d’enfance, orphelines. Kidnappée et torturée, Anna n’arrive pas à oublier, et avec l’aide de son amie, retrouve la trace de ces bourreaux des années plus tard et veut se venger.


Avis de Rick :
En 2008, Martyrs de Pascal Laugier avait beaucoup fait parler de lui, avec quelques soucis pour son interdiction. Et rapidement, le public lui voua un culte. Martyrs est devenu un film d’horreur culte et adoré. C’est à sa sortie au cinéma que je l’avais découvert, et contre toute attente, j’avais détesté. Malgré quelques bonnes idées et quelques scènes surprenantes dans sa première partie, et également un très bon score musical (signé Seppuku Paradigm), j’avais trouvé l’ensemble assez bancal, pas toujours très bien joué, et sa dernière partie interminable, répétitive, si bien que l’effet choc recherché n’avait pas fonctionné du tout pour moi. Mais, culte oblige, les droits furent rachetés par les Américains pour en faire un remake. Quelques changements d’équipe plus tard, et quelques 8 ans plus tard, voilà que Martyrs remake sort sur les écrans américains, accompagné d’une réputation peu flatteuse, notamment de la part des fans de l’original. Pascal Laugier laisse sa place de réalisateur à Kevin et Michael Goetz (Daniel Stamm, réalisateur du Dernier Exorciste, était pressenti à la base), et Mark L. Smith signe le scénario (à l’époque, il avait surtout écrit Motel 1 et 2, mais sa carrière risque de changer cette année, puisqu’il est le scénariste de The Revenant). N’étant donc pas fan du film original, j’avais plus de chance d’être réceptif à ce remake Américain, surtout vu les ambitions affichées par l’équipe : reprendre la base, le ton de l’intrigue, mais en changer pas mal de données. Malheureusement, il faut bien avouer que le métrage se plante sur quasi toute la lignée, que l’on ai vu l’original ou pas, et surtout, que l’on aime l’original ou pas…

Martyrs pourtant commence exactement pareil. Une enfant capturée et enfermée parvient à s’échapper, et termine dans un orphelinat. Quelques scènes viennent s’ajouter comparé au film français sans que cela ne vienne nous faire tiquer, jusqu’à ce que l’on comprenne, une demi-heure plus tard, que Martyrs version Américain ne veut même pas raconter la même chose. De film (censé être) choc et surtout de film nihiliste sur le chemin d’une femme et de son amie, on passe donc à un film beaucoup moins choc, pas du tout nihiliste, et dont le coeur de l’intrigue sera l’amitié entre les deux jeunes femmes, et leur envie de se sauver entre elles. Si sur le papier, cela ne semble pas changer grand-chose, à l’écran, c’est le jour et la nuit. La première demi-heure restera néanmoins identique. Anna retrouve ses bourreaux, et les tue, tous, de sang froid, avec un fusil de chasse. Lucie la retrouve, et ne croit au départ pas à toutes ces histoires. Les éléments étranges arrivent les uns après les autres, comme dans l’original, malgré une touche gore beaucoup moins présente. Anna verra une créature étrange, mais film américain oblige, l’effet est désamorcé dés le début. Pas de place au doute, on sait que la créature est dans sa tête, qu’Anna imagine tout, là où l’original jouait sur le doute durant quelques scènes. Puis, soudain, sans prévenir, c’est le drame. Oui, Martyrs version américaine veut remaker le film français, mais à chaque rebondissement, il souhaite faire le choix opposé pour emmener son histoire ailleurs. Pour au final en arriver presque à la même conclusion, un comble !

Du coup, beaucoup de choses tombent à l’eau. Le film se refuse quasi intégralement les effets bien gore de l’original, tout en affichant à ce niveau les mêmes ambitions. Si bien que l’on a l’impression de voir un film qui se veut choc mais ne se décide jamais à rien montrer. Cela ne serait pas gênant si à côté, on pourrait s’attacher aux personnages ou que les surprises seraient si nombreuses que l’on aurait mal même en ne voyant rien. Ce qui n’est pas le cas. Pourtant le remake fait un choix plutôt intéressant, empêchant sa dernière demi-heure de n’être qu’une avalanche de tortures répétitives, mais jamais il ne semble vouloir prendre sa nouvelle direction au sérieux, et se plante également en beauté, se faisant ainsi plus classique, plus passe partout, et donc, chiant également. Si dans l’original, le personnage d’Anna passait l’arme à gauche au bout de même pas une demi-heure, laissant l’autre personnage souffrir et prendre le rôle principal, rien de tout ça ici, les deux restent en vie, puisque l’histoire se focalise sur leur amitié. Anna est capturée et torturée, et Lucie fera tout pour sauver son amie, le film se changeant en véritable film de vengeance tout en gardant les scènes les plus importantes du film original, jusqu’à l’idée de son final, en y injectant une dose de bons sentiments. Vouloir faire un remake différent était pourtant une bonne idée, mais finalement ce Martyrs version 2015 fonctionne encore moins que l’original. Quand il s’en éloigne, il se fait peu intéressant, et quand il copie (le début notamment), il prend un ton beaucoup moins sombre et nihiliste, et se plante également. Une mauvaise réputation justifiée.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un remake qui tente parfois des choses différentes…⊗ Mais qui se plante bien souvent lamentablement…
⊗ Beaucoup plus sage
⊗ Un final raté
⊗ Jamais un moment de doute sur ce que l’on voit
note8
Je n’avais pas aimé Martyrs version 2008, je n’aime pas Martyrs version 2015, pour des raisons différentes. Vouloir faire un remake différent n’est pas une mauvaise chose, mais ses choix ne sont pas vraiment bons, et il se plante littéralement.



Titre : Martyrs

Année : 2015
Durée :
1h21
Origine :
U.S.A.
Genre :
Horreur
Réalisation : 
Kevin Goetz et Michael Goetz
Scénario : 
Mark L. Smith d’après le film de Pascal Laugier
Avec :
Troian Bellisario, Caitlin Carmichael, Kate Burton, Bailey Noble, Toby Huss, Diana Hopper et Lexi DiBenedetto

 Martyrs (2015) on IMDb


Galerie d’images :

A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

5 Comments

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  1. Jamais vu l’original. On m’a dit que c’était un peu trop des scènes choc juste pour choquer. Torture et tout ça. J’sais pas…moi ça m’attire pas ces trucs si y’a pas une super histoire.

    Et maintenant je n’ai pas envie de voir le remake non plus^^

  2. Ben mon souci avec l’original, outre le fait que certains acteurs sont franchement moyens, c’est que oui, le film accumule les scènes chocs, surtout vers la fin, si bien qu’à force de les empiler les unes à la suite des autres, ça m’a ennuyé en fait, je ne ressentais plus rien pour les personnages, je voulais juste que ça se termine. Je n’ai jamais compris l’engouement pour le film en fait.
    Le remake a au moins le mérite d’être différent, mais ça ne fonctionne pas non plus malheureusement.

    1. Y’a pas une scène ou la nana n’a plus de peau dans l’original ?
      Ouais moi je sais pas si ça m’aurait laissé de marbre comme toi, mais ça m’aurait surement agacé. Accumuler les scènes choc au final…ça dégoute plus que ça inquiète. Et au final je ne vois pas en quoi ça peut aider le film.

      1. Alors mon souvenir de l’original date de la vision au cinéma donc il y a 10 ans, mais il me semble que oui, dans les tout derniers instants d’ailleurs. Un truc qui aurait pu me brosser dans le sens du poil (hommage à Hellraiser), mais j’avais déjà totalement décroché au film arrivé à ce stade.

        En fait, ce que je reproche principalement au Martyrs original, c’est sa dernière partie, devant durer grosso modo 40 minutes, et qui ne fait qu’accumuler ses scènes, pas toujours chocs d’ailleurs, mais parfois peu crédibles. Parfois les scènes s’enchaînaient avec le personnage se prenant des baffes, et… c’était peu crédible, ça n’aidait en rien.

        1. Hellraiser c’est gore mais ce n’est pas de la torture pendant des heures. ça me dérange ce concept d’un personnage se faisant défoncer pendant de looonngues scènes.

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