[Jeu Vidéo] Red Dead Redemption (2010 / PS3)

John Marston est un truand repenti. Mandaté par des officiels peu scrupuleux, il part à la recherche de son ancien partenaire, dans un Ouest sauvage en pleine mutation…alors qu’il aimerait mieux travailler dans sa ferme et profiter de sa famille…

Avis de Oli :
Encensé par la presse du monde entier, RED DEAD REDEMPTION serait le western vidéoludique ultime et contemplatif, à l’histoire extraordinaire et au gameplay jouissif. Sans remettre en cause les qualités du soft de Rockstar (superbe réalisation, beaucoup d’importance apportée aux détails, cartes immenses), il convient malgré tout de tempérer un peu l’enthousiasme ambiant : RED DEAD REDEMPTION n’a, en effet, absolument rien d’un chef d’œuvre.

Parlons tout d’abord du gameplay : il est simple et varié mais à force de chercher à le rendre accessible à tous, il finit par ne plus avoir aucun intérêt. En gros RED DEAD REDEMPTION ne propose aucun challenge, tout est d’une facilité insolente. Vous me répondrez que dans ce style de jeu (sandbox), le challenge vidéoludique est rarement au rendez-vous. Oui et non. Il suffit de voir INFAMOUS, par exemple, pour voir qu’il existe des jeux « bac à sable » dotés d’un bon gameplay pour gamer et de passages un peu corsés. La trop grande facilité du gameplay de RED DEAD REDEMPTION est aussi illustrée durant les phases de duel : absolument ridicules, à mille lieues de la nervosité des duels de l’excellent CALL OF JUAREZ BOUND IN BLOOD.

Gameplay sans grand intérêt, certes. Mais après tout, RED DEAD mise avant tout sur l’ambiance pour immerger le joueur et le faire voyager dans l’Ouest sauvage. Sauf que là aussi, RED DEAD se ramasse quelque peu. Tout d’abord, pour un western que l’on nous promettait crépusculaire, RED DEAD REDEMPTION frise bien trop souvent le ridicule. RED DEAD relève ainsi bien plus de l’adaptation de LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE que du GRAND SILENCE (Sergio Corbucci). A une mission où il faut récupérer les terres d’un pauvre paysan succède un chapitre durant lequel il faut rabibocher un couple, une histoire où il faut cueillir des fleurs pour former le bouquet parfait (unbelievable) ou encore l’assistance de grand-mère en détresse sur la tombe de son bien-aimé. Oui en gros, RED DEAD REDEMPTION c’est un simulateur de Charles Ingalls (pour le coté bad ass on repassera : casse-toi tu pues et marshall l’ombre…). Et c’est comme ça durant quasiment tout le jeu. Vous me direz que l’on reste maitre de ses actions et que l’on peut s’essayer à faire le mal. C’est vrai. Mais finir le jeu en étant pourri est impossible (amusez-vous avec un marshall constamment à vos basques), la promesse de liberté accordée au joueur est donc un leurre (il faut, en réalité, suivre un scénario tout tracé).

Toutes ces missions politiquement correctes (l’antithèse d’un western crépusculaire) plombent carrément l’histoire de RED DEAD REDEMPTION et transforment la progression en véritable supplice : j’ai eu beaucoup, beaucoup de mal à aller au bout de cette aventure insipide, sans parler du fait qu’il est difficile de se laisser porter par le coté contemplatif du jeu quand on sait que l’on incarne un Charles Ingalls mal rasé…. Et l’histoire dans tout ça ? Est-elle aussi originale que ça ? Bien sûr que non ! Le scénario de RED DEAD REDEMPTION est repompé sur le film LA HORDE SAUVAGE, de Sam Peckinpah…et je ne crois pas que cela ait souvent été dit. Dans LA HORDE SAUVAGE, Deke Thornton, ancien hors-la-loi, poursuit son précédent partenaire (Bishop) pour le compte d’officiels corrompus. RED DEAD reprend exactement le même schéma, à ceci près que dans le film de Peckinpah l’accent est mis sur Bishop (le coté obscur), tandis que dans le jeu de Rockstar le personnage principal est le bandit repenti. L’époque est également sensiblement la même : la fin de l’Ouest sauvage, rattrapé par l’industrialisation (illustrée par l’apparition des automobiles). En manque de repères, Deke et Bishop s’aperçoivent alors qu’ils n’ont plus leur place dans un monde qui ne leur appartient plus. Le même constat est fait par les personnages principaux du jeu RED DEAD REDEMPTION.

Bien évidemment, RED DEAD n’est pas un mauvais jeu. Il a beaucoup de qualités et si vous aimez la série LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE, vous pourriez même vous amuser à cueillir des fleurs et à faire des leçons de morale aux gens. Mais si vous vouliez quelque chose se rapprochant des sourires cyniques de Burt Lancaster dans VERA CRUZ, de l’horreur du GRAND SILENCE ou des vrais salauds anachroniques de LA HORDE SAUVAGE, je crois qu’il faudra vous contenter des films…


Conclusion :
Bon jeu mais aucunement le chef d’œuvre annoncé dans toute la presse. Les plus imberbes d’entre nous y verront peut-être un western crépusculaire à l’histoire très originale. Les amateurs de westerns endurcis, fans de Sam Peckinpah ou de Sergio Corbucci, risquent quant à eux de rire jaune… Quant au challenge vidéoludique, il est inexistant : l’IA est très moyenne, les combats se résument à du tir aux pigeons et notre énergie se recharge comme par enchantement. Pas de challenge, gameplay varié mais ennuyeux…au final, et si vous cherchez un bon western, pourquoi perdre son temps des heures durant devant RED DEAD ? Un bon film fait bien mieux l’affaire.

 

  

  
Titre : Red Dead Redemption
Année : 2010
Studio : Rockstar San Diego
Editeur : Rockstar Games
Genre : western…mais vraiment terne

Joué et testé sur : PS3
Support : Blu-ray


Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège).

Comments

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  1. Tu résumes mon ressenti en quelques lignes.
    Un jeu clairement surestimé; et me concernant une grande déception.
    Vide, manichéen, moralisateur et insipide.
    6/10 pour l’univers “Western” habituellement sous exploité par les développeurs.

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