[Film] Vanishing, de Denis Dercourt (2021)


Tandis qu’elle présente une méthode révolutionnaire de prise d’empreintes digitales à Séoul, une professeure en médecine légale est associée par la police coréenne à une affaire en cours. Elle plonge dans une enquête ardue et entêtante, au risque de réveiller des démons qu’elle croyait oubliés…


Avis de Cherycok :
Denis Dercourt est un réalisateur français qui est actif depuis 1998 et qui a par exemple réalisé en 2006 La Tourneuse de Pages ou Demain Dès l’Aube (2008), tous deux projetés dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. Au début des années 2010, il décide d’adapter librement le roman chinois Les Disparues de Shanghai de Peter May, édité en 2006, et va travailler le scénario pendant pas loin de 11 années. Ayant peur de la censure chinoise, il décide de modifier l’histoire et de situer son histoire en Corée du Sud, en plein Séoul, et comme il apprécie grandement le cinéma coréen, il a pour souhait de faire en sorte que son film ressemble comme deux gouttes d’eau à un thriller coréen. Vanishing est du coup un film hybride, certes très ancré dans la culture coréenne, mais avec néanmoins certains codes du cinéma français, pour un résultat qui souffle un peu le chaud et le froid, bien qu’au sortir du visionnage, ce soit plus le chaud qui gagne.

Tourné en moins de trois semaines en pleine période de COVID, Vanishing aura d’abord eu droit chez nous à une sortie sur Canal+ en avril 2022 après avoir été exploité dans plus de 700 salles en Corée du Sud, avant d’arriver au format physique en DVD et Blu-ray sous la houlette de Spectrum Films en octobre 2022. Le scénario va nous amener dans les bas-fonds de la Corée du Sud en prenant pour thématique le trafic d’organes, souvent utilisé au cinéma (y compris en Corée), et nous allons suivre l’enquête du point de vue d’un policier, joué par Yoo Yeon-Seok, et d’une scientifique française, interprétée par Olga Kurylenko. Les codes du thriller vont tous être là, avec cet aspect puzzle que l’amateur du genre aime bien. Le film va nous perdre, pour nous permettre de mieux reconstituer les pièces du puzzle, bien que l’ensemble reste malgré tout très compréhensible. On sent que Denis Dercourt a envie de raconter une histoire crédible et il soigne sa narration. Il ne cherche à aucun moment à faire dans le spectaculaire avec des scènes d’action over the top et une violence exacerbée comme c’est souvent le cas dans le cinéma du matin calme. Il veut que son film soit réaliste du début à la fin et, du coup, on pourra lui reprocher son manque d’originalité et d’intensité bien qu’il se suive sans ennui, sans qu’à aucun moment on ait envie de faire autre chose. Il va s’attarder sur ses personnages, par exemple sur les dilemmes moraux d’un chirurgien qui fait des opérations clandestines et l’impact que cela a sur sa famille. Parfois, il va simplement s’arrêter sur des petits moments de vie, afin d’humaniser le plus possible ses personnages (le jeune flic qui apprend des tours de magie à sa nièce). Et il est vrai que ça fonctionne plutôt bien et le duo entre le policier et la scientifique apporte un peu de lumière à un film aux thématiques sombres avec peu ou pas d’humour. Dommage que les méchants soient moins réussis, sans aucune nuance, pas réellement creusés sur par exemple ce qui les a amenés à leurs activités illégales (comme le personnage de Choi Moo-Sung), mais cela renforce l’aspect froid de la bobine.

Vanishing est essentiellement tourné en caméra à l’épaule pour plus de proximité avec les personnages et pour plus d’immersion. Parfois visuellement très intéressant, la mise en scène du film est malheureusement souvent assez passe-partout, avec énormément de champs / contre-champs sans réelle inventivité. Néanmoins, Denis Dercourt arrive à instaurer une ambiance assez pesante dès les premières minutes, entre autres grâce à un très bon score de Jérôme Lemonnier avec qui il travaille depuis longtemps. Bien que tout ait été fait pour que Vanishing ressemble à un « vrai » film coréen, on sent à la fois les influences du cinéma français, dans la façon dont sont caractérisés les personnages ou dans l’esthétique du film, et les influences coréennes. Pour ce dernier point, ne parlant pas un mot de coréen, le réalisateur a énormément fait confiance aux acteurs, à leur jeu, et à leur capacité d’improvisation. Yoo Yeon-Seok (Old Boy, Hwayi) s’en sort réellement bien, arrivant à faire passer beaucoup d’émotions. Choi Moo-Sung (J’ai Rencontré le diable) est comme à son habitude impeccable, toujours crédible. Olga Kurilenko s’en sort un peu moins bien, avec un jeu qui manque parfois de naturel, mais qui arrive malgré tout à tenir son rôle de scientifique qui derrière cette façade lumineuse cache un traumatisme lié à son enfant. Le plus gros problème de Vanishing vient de son manque de développement. Sa courte durée (moins de 1h30) dessert un peu le film. Il ne développe pas assez certaines thématiques qu’il aborde, ni même réellement ses personnages et son final est clairement trop précipité. Il ne travaille également pas assez son ambiance et on aurait aimé qu’il soit un peu plus poisseux, un peu plus tendu et nerveux pour nous scotcher un peu plus à notre fauteuil. En contrepartie, le rythme ne laisse que peu de temps à l’ennui car le scénario va se dérouler sans réel accroc et au final, si on pèse le pour et le contre, la balance penche pour le pour.

LES PLUS LES MOINS
♥ Très bonne bande son
♥ Ambiance travaillée
♥ Des acteurs qui font le job
♥ Le côté réaliste
⊗ Trop court pour développer son histoire
⊗ Pas assez punchy
⊗ L’histoire d’amour un peu niaise

Bien qu’il manque d’audace et de punch comparé au reste de la production coréenne, Vanishing est un thriller vraiment pas désagréable, à l’ambiance froide réussie, qui compense son manque de profondeur par un bon rythme et un bon casting.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Denis Delcourt affirme s’être inspiré de films tels que The Chaser ou Memories of Murder pour la mise en images de son film.

• Le roman dont s’inspire le film est tiré de faits réels.

• Trois langues sont utilisées pendant le film : le coréen, l’anglais, et le français. A noter que très peu de personnes en Corée parlent français et qu’il a fallu utiliser à de nombreuses reprises des interprètes.


VANISHING est sorti chez Spectrum Films en combo DVD/Blu-ray au prix de 25€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : Interview de Denis Dercourt, Interview de Olga Kurylenko et Bande-annonce.



Titre : Vanishing / 배니싱:미제사건
Année : 2021
Durée : 1h27
Origine : Corée du Sud / France
Genre : Thriller
Réalisateur : Denis Dercourt
Scénario : Denis Dercourt

Acteurs : Yoo Yeon-Seok, Olga Kurylenko, Choi Moo-Sung, Ye Ji-Won, Lee Seung-Joon, Park So-yi, Sung Ji-Ru, Anupam Tripathi, Kim Myung-Gon

 Vanishing (2021) on IMDb


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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Léarch
Léarch
18 octobre 2022 13:40

Ça a l’air pas mal ça, allez hop sur la liste d’achats (qui commence à être aussi longue qu’une file d’attente pour aller faire le plein d’essence) … Ils ne font pas d’éditions simples en dvd par contre chez Spectrum pour leurs sorties ?

Feroner
19 octobre 2022 17:21

J’avais bien aimé et je m’était pas du tout ennuyé devant contrairement a beaucoup de critiques que j’ai pu lire. Pas de gros point fort ni de gros défauts. J’aime beaucoup le mélange cinéma Francais/Coréen. Si ca avait été 100% Coréen ca aurait durée 2H10 minimum et ca aurait été ultra violent et glauque mais aussi plus beau et plus intense.
Olga Kurylenko a une filmo assez étonnante elle peut être a l’affiche de tout et son contraire.

Nasserjones
Nasserjones
19 octobre 2022 22:38

Cherycock à tout dit, ce film laisse la désagréable sensation d’avoir assisté à un rendez-vous manqué compte tenu de tout les talents alignés sur le projet mais en même temps il n’est pas déplaisant à regarder. C’est juste dur de glisser le blu ray dans son étagère entre Ebola syndrome et In the heat of the sun. Et oui Spectrum vous avez mis la barre très haut donc maintenant vous allez être condamné à ne sortir que des bombes.

Feroner
Reply to  Nasserjones
20 octobre 2022 20:44

J’ai préféré ce film a In the heat of the sun qui m’a assez ennuyé. C’est un beau film c’est sur j’ai bien aimé au début et l’acteur principal est excellent. Mais le fait que ce soit des souvenir confus et qu’il recommence certaine scènes j’ai pas aimé et ca m’a fais complètement sortir de film.
Et comme toujours dans les films Chinois il y a pas mal de chose qui m’ont dérangé. Ce film fait passer la révolution culturelle pour une colonie de vacances. Le gamin crochète des serrures et ce rend compte que les fonctionnaires Chinois ne possède pas grand et ne son donc pas corrompu, la police est dure mais juste. Je me doute bien que le réalisateur n’a pas eu le choix, mais le résulta est la et ca ma gonflé.

Nasserjones
Nasserjones
Reply to  Feroner
20 octobre 2022 21:52

Si tu lis à droite à gauche les critiques de In the heat of the sun, tu verras que beaucoup de monde le considère comme un grand film. Tu ne trouveras pas grand monde pour dire que Vanishing est un grand film…

Feroner
Reply to  Nasserjones
20 octobre 2022 23:06

Oui je sais j’ai des goûts bizarre. Vanishing n’est pas un grand film la on est d’accord.