[Film] The Salvation, de Kristian Levring (2014)

1870, Amérique. Lorsque John tue le meurtrier de sa famille, il déclenche la fureur du chef de gang, Delarue. Trahi par sa communauté, lâche et corrompue, le paisible pionnier doit alors traquer seul les hors-la-loi.


Avis de Cherycok :
Certains l’auront remarqué, les westerns reviennent sur le devant de la scène depuis quelques années. Bone Tomahawk, Django Unchained, Diablo, Jane Got a Gun, Les 8 Salopards, ou encore Les 7 Mercenaires dans quelques jours… La liste est longue et parmi celle-ci, on retrouve un certain The Salvation, western britanico-danois de 2014 tourné en Afrique du Sud, alignant dans son générique des noms tels que Mads Mikkelsen, Eva Green, ou encore Eric Cantona. Oui, vous avez bien lu. Avouez que tout ceci est intriguant non ? Non ? Vraiment ? Moi cela a attisé ma curiosité d’autant plus que le film dure 1h29, soit à une minute près le temps réglementaire de ma pause méridienne. Sans avoir vu bande annonce ni images, sans même avoir lu le synopsis vu que l’heure de la reprise défile, me voilà donc lancé dans cette curiosité qui va au final s’avérer être un très sympathique divertissement malgré des problèmes évidents…

Première chose à signaler, The Salvation ne brille pas par son scénario vu et revu des dizaines de fois. Une sombre histoire de vengeance après que la femme et le fils du héros aient été tués par le frère du bandit qui chapote un peu toute la ville. Les personnages ne sont pas non plus ce qu’il y a de plus original et on retrouve les grands classiques du genre, du héros taciturne au grand méchant très méchant, en passant par la demoiselle un peu ténébreuse. On est dans le cliché à chaque instant et on frôle même parfois la caricature tant le réalisateur Kristian Levring semble vouloir nous montrer à tout prix qu’il connait son sujet en nous balançant beaucoup trop de références et de clins d’œil à tous ces réalisateurs qui ont fait les heures de gloire du Western. Leone, Ford, Corbucci et bien d’autres, et ce jusque dans la bande son puisqu’il suffit de tendre l’oreille quelques instants pour s’apercevoir que la référence à Ennio Morricone est elle aussi bien là. Certes, c’est tout à son honneur de vouloir rendre hommage à tous les maestros du genre, mais il y a l’art et la manière de le faire. Dans The Salvation, l’ensemble est bien trop prononcé et le résultat en devient pour le coup un peu maladroit, voire grossier à certains moments.

Sur la forme, The Salvation se montre par contre bien plus intéressant. Le film est visuellement beau, très beau même. Très esthétique, jusque dans ses scènes de nuit, le scope utilisé met en avant une photographie tout bonnement sublime. Certains filtres donnent un côté parfois onirique aux images, d’autres un visuel complètement surréaliste avec des images saturées. Même si le réalisateur en fait parfois un peu trop avec sa caméra en mouvement perpétuel (vive les travellings !), à tel point qu’on se demande s’il n’essaie pas uniquement de nous balancer à la tête une démonstration de ses talents, la mise en scène est classieuse et donne au film un cachet inestimable. Mais c’est plus dans sa montée en puissance de la violence de cette vengeance que The Salvation devient vraiment intéressant. Le film est très prenant malgré son rythme assez lent mais soutenu (oui, j’admets que les deux termes sont contradictoires mais pourtant ils correspondent bien), avec cette explosion de violence en guise de final. Une violence qui semble ne plus en finir, comme si notre héros était pris dans une spirale sans fin. Ce héros est interprété par un Mads Mikkelsen impressionnant, à l’aise dans tous les types de personnages, semblant ici comme habité par son rôle, charismatique à souhait malgré le faible nombre de lignes de dialogues qui lui sont allouées. C’est par contre moins le cas pour le reste du casting. Même si Jonathan Pryce (Le grand moineau de Game of Thrones) semble bien à l’aise dans le rôle du Maire un peu filou, Jeffrey Dean Morgan (Negan dans The Walking Dead) est lui bien moins convaincant dans celui du grand méchant qui se la joue bad-ass mais qui n’impressionne à aucun moment. Eva Green (The Peany Dreadful) reste bloquée quant à elle dans un rôle un peu en demi-teinte, sur la retenue, prête à exploser sans pour autant que cela n’arrive. Petite pointe d’exotisme avec la présence de Éric Cantona, pour qui on se pose encore la question de comment a-t-il pu atterrir là-dedans, dans un rôle assez anecdotique mais qui lui va plutôt bien.

LES PLUSLES MOINS
♥ Visuellement très beau
♥ Mads Mikkelsen parfait
♥ Très prenant
⊗ Casting très inégal
⊗ Trop d’hommages tue l’hommage
Croisement entre le western et la série B burnée, arborant fièrement une violence sèche et sans concession, très premier degré et avec des intentions semblant très sincères (oui, même le message anticapitaliste un peu grossier), The Salvation ne dépasse jamais le stade du divertissement. Mais c’est une très bonne chose tant le film permet de passer 1h30 des plus agréables.



Titre : The Salvation
Année : 2014
Durée : 1h29
Origine : Danemark / Angleterre
Genre : Western stylisé
Réalisateur : Kristian Levring
Scénario : Anders Thomas Jensen, Kristian Levring

Acteurs : Mads Mikkelsen, Eva Green, Jeffrey Dean Morgan, Mikael Persbrandt, Eric Cantona, Jonathan Pryce, Douglas Henshall

 The Salvation (2014) on IMDb





















Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

7 Comments

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  1. “Maladroit” ? Je trouve la réalisation somptueuse. Un western classique, dans le bon sens du terme. J’ai adoré.

  2. Je dis que c’est l’abus de références / clin d’oeil et comment ils sont balancés à la tête du spectateur qui est “Maladroit”. Le filme st très chouette. Mais moi j’ai vraiment eu l’impression que la chose la plus importante pour le realisateur, c’était de nous montrer :

    1. Comment il sait super bien filmer
    2. Comment il connait trop bien le genre western et tous les grands classiques

    Ouais c’est bien, mais je trouve qu’il en fait trop là dessus et que ca devient maladroit.

  3. Surtout que je le dis que la réalisation est super belle 😉

  4. bon néo western super mise en scène et puis Mads quel charisme.

    Oui c’est classique (pas un défaut pour moi) il manque juste un scénario un peut moins prévisible.

  5. Ah mais le fait que ce soit classique ne me gêne pas, mais balancer à la gueule de tout le monde que tu connais tous tes classiques sur le bout des doigts, jusqu’à que ca en devienne grossier, j’ai eu plus de mal.

  6. Je ne parlais pas des référence que j’ai oublié (vu il y a facile deux ans) mais plutôt que le classicisme et souvent vu comme un défaut dans la presse ou sur le net ce qui me choque, c’est quand même mieux que le soi disant style “documentaire” qui permet de filmer n’importe comment.

  7. Ben tu verras avec ma chronique de demain que le classissisme ne me gène pas 😉

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