[Film] Space Truckers, de Stuart Gordon (1996)

John Canyon est un des derniers transporteurs de l’espace indépendant. Les temps sont durs et il est obligé de transporter des cargos un peu douteux vers la Terre sans avoir le droit de poser de questions. Lors de son dernier boulot, alors qu’il est attaqué par des pirates de l’espace, il se rend compte que sa cargaison est composée de robots tueurs extrêmement dangereux…


Avis de Cherycok :
Je vous en avais déjà parlé sur ma critique de Robot Jox, mais malgré une filmographie assez chaotique, Stuart Gordon est un réalisateur des plus intéressants. Bien connu des amateurs de péloches d’horreur pour avoir réalisé dans les années 80 des films tels que Dolls, From Beyond : Aux Portes de l’Au-Delà ou le culte Re-Animator, ses films des années 90 sont plus confidentiels. Hormis le très rigolo Fortress avec notre Christophe Lambert national, qui peut se targuer ne serait-ce que d’avoir entendu parler de films tels que Le Puits et le Pendule (1991), Daughter of Darkness (1990), ou encore The Wonderful Ice Cream Suit (1998) ? Pas grand monde, moi le premier. Et pourtant, lorsque j’ai vu passer le Space Truckers (inédit chez nous) qui nous intéresse ici, ma curiosité a été la plus forte. Stuart Gordon qui réalise une sorte de space opera à la sauce comédie, quelque chose a tout de suite résonné dans la forêt de trois neurones et demi qu’il reste dans ma petite tête à cause de l’abus de nanars / navets que je m’inflige. Ne m’étant pas encore bien remis de son Robot Jox (1989), il y avait des craintes, surtout lorsqu’après renseignements, on se rend compte que la réception critique fût catastrophique et les scores au box office proches du néant à cause de gros soucis de distribution. Mais bon, j’aime les space opera, et ils sont rares. Et puis qui ne tente rien n’a rien non ?

Décrit à l’époque par certains médias comme un croisement entre La Guerre des Etoiles, Predator et Hook ou la Revanche du Capitaine Crochet, oui, rien que ça, Space Truckers est en fait un film très étrange. Non pas dans ce qu’il raconte, mais dans le sens où on ne sait pas réellement si le film est une parodie de Space Opera. La question se pose tout le long. Les deux premiers tiers du film pourraient le laisser penser, avec de nombreux effets comiques, des gags, des dialogues funs, et un ton dans l’ensemble très léger, mais son dernier tiers est bien plus noir, avec l’arrivée de robots ultra violents charcutant tout sur leur passage. Du coup, on se demande clairement : Est-ce vraiment une parodie et que le gros nombre de scènes nawak qui parcourent le film sont complètement assumées ? Où est-ce que le film est complètement premier degré, et à ce moment-là on pourra le ranger directement dans la catégorie des bons gros nanars involontaires ? J’avoue qu’après avoir rapidement fouillé le net à la recherche d’une interview ou autre du réalisateur, sans succès, la question reste sans réponse. Mais une chose est sûre, c’est que cette série B à 25M$US de budget (oui, tout de même) est à prendre comme un popcorn movie et rien d’autre. Car sur ce terrain-là, il réussit pas mal son pari.

Oui, 25M$US, ce n’est pas rien pour une série B. Sauf que dès les premières images et le kitch monumental du spectacle qui nous est proposé, on se dit qu’il a dû y avoir une couille quelque part. Des costumes multicolores, des décors qui font très carton-pâte, des maquettes trop voyantes, des mannequins en silicone, une musique country ricaine en guise de générique, des objets qui partent en apesanteur mais qu’on sent bien attachés à un fil de pêche tiré par un technicien au-dessus. Oui, pas de doute, kitch is in da place ! C’est dommage car on sent un énorme travail effectué sur les décors, tous fabriqués de A à Z. Stuart Gordon et le scénariste Ted Mann semblent avoir voulu créer un univers original, très coloré, avec des costumes roses, jaunes, rouges, violets, mais sincèrement, ça pique méchamment les yeux ! Premier choc, suivi rapidement du deuxième effet kiss cool, les images de synthèse, lors de certaines poursuites spatiales par exemple, qui sont très particulières, avec bon nombre d’incrustations tout bonnement immondes semblant dater des années 80. Mais par je ne sais quel procédé miraculeux, sans doute causé par la perte de quelques dixièmes à chaque œil, on finit par s’y habituer, et on peut enfin commencer à apprécier ce spectacle à sa juste valeur. D’autant que la mise en scène est souvent réussie, grâce à plein de petites idées très rigolotes et bien à propos.

Malgré pas mal d’incohérences, comme par exemple les lois de la physique qui ne sont pas toujours respectées (un briquet qu’on allume dans un endroit sans air et sans gravité par exemple, impossible), Stuart Gordon semble savoir ce qu’il fait. De très chouettes idées donc, comme cette publicité omniprésente jusque dans l’espace, avec ces satellites flottants arborant de magnifiques slogans, mais surtout une utilisation des lois de l’absence de gravité à chaque instant. Nous sommes dans l’espace, quoi de plus normal donc que même la caméra soit soumise à ces lois. On la retrouve donc très souvent penchée, ou en léger mouvement comme si elle dérivait. Cela peut sembler étrange dit comme ça mais le résultat à l’image est vraiment réussi. Si on met donc de côté les effets spéciaux en image de synthèse, ratés, ceux artisanaux à l’inverse sont tout bonnement excellents, aussi bien en ce qui concerne le maquillage et les quelques effets gores qui parsèment le film (membres coupés, corps « fondus »), que les animatronics qui comme souvent n’ont pas pris une ride. En même temps, avec Screaming Mad Georges (Predator, Society, Freddy 3, 4, Faust) aux commandes, il aurait été surprenant que cela ne soit pas le cas. Mention spéciale aux robots biomécaniques du dernier tiers du film. Désignés par Hajime Sorayama, illustrateur célèbre pour ses pin-up hyperréalistes mêlant érotisme, fétichisme et SF, ils sont très réussis, avec leur look à la fois efféminé (ils sont d’ailleurs joués par des femmes) et effrayant. Ils bougent bien et font bien moins kitchs que tout le reste du film.

Et au milieu de tout ça, un côté comédie très prononcé, avec des acteurs qui semblent s’amuser comme des petits fous. Denis Hooper (Easy Riger, Speed, Apocalypse Now) est parfait en vieux briscard de l’espace balançant des répliques cinglantes toutes les trente secondes ; le tout jeune Stephen Dorff (Blade, Public Enemies) et la jolie Debi Mazar (Nowhere, la série Entourage) qui passent la moitié du film en sous-vêtements sans que cela ne semble leur poser le moindre problème, Vernon Wells (le méchant de Mad Max 2 et Commando) en pirate de l’espace ridicule avec sa queue de cheval et ses nombreux piercings ; mais surtout un Charles Dance (le papa Lannister bande de geeks !), THE rôle du film, qui, malgré une sacré interrogation sur le fait qu’il se soit un jour remis de ce personnage improbable, nous prouvant par A + B ô combien le ridicule ne tue pas. Imaginez : c’est un ancien scientifique, spécialisé dans la création de robots. Couille dans le potage, il lui arrive des bricoles, il est laissé pour mort suite à une explosion. Le bougre se refabrique les bouts de son corps manquants de manière cybernétique et est désormais aujourd’hui à la tête d’un gros groupe de pirates de l’espace aux costumes semblant sortir d’un post-apo fauché italien et se déplaçant dans le vaisseau d’Albator. Bref, ils capturent les héros, et il leur laisse la vie sauve s’il a une relation sexuelle avec la jeune minette du groupe qui se dévoue. Et alors qu’elle est en petite tenue, que le grand Charles Dance se déshabille en semi hors champ, il met son sexe cyber en marche en tirant sur une corde un peu à la manière d’une tondeuse. WTF ? Et re WTF lorsqu’il tombe en panne et qu’on le voit s’exciter dessus avec des tournevis et autres clés à molette afin de le réparer. Oui oui, un bien beau craquage de slip, du grand art !

LES PLUSLES MOINS
♥ Le casting et leurs personnages
♥ Les SFX artisanaux
♥ C’est fun
⊗ Un kitch qui peut rebuter
⊗ Les SFX en images de synthèse
Objectivement, on ne peut pas réellement dire que Space Truckers est un bon film. Néanmoins, il s’en dégage une telle bonne humeur et un côté tellement énergique qu’on passe un bon moment. Pour peu qu’on aime le kitch, bien entendu.



Titre : Space Truckers
Année : 1996
Durée : 1h32
Origine : U.S.A
Genre : Space Opera parodique ?
Réalisateur : Stuart Gordon
Scénario : Ted Mann, Stuart Gordon

Acteurs : Denis Hooper, Stephen Dorff, Debi Mazar, Barbara Crampton, Charles Dance, George Wendt, Vernon Wells, Seamus Flavin, Jason O’Mara

 Space Truckers (1996) on IMDb


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Rick
Administrateur
10 juin 2016 13:35

Il va quand même être temps de mettre sur le site les grands films du père Gordon ^^

Rick
Administrateur
10 juin 2016 14:53

C’est vrai que sa filmographie récente passé les années 2000, à part DAGON que j’adore, je ne connais pas trop. Faudra que je me penche un peu dessus tout de même !