[Film] Opéra, de Dario Argento (1987)

À la suite de la défection forcée de la cantatrice principale, la jeune chanteuse Betty accepte le rôle de Lady Macbeth dans l’opéra de Verdi, malgré la réputation de malchance véhiculé par ce rôle. Elle se retrouve vite la proie d’un mystérieux fan psychopathe avec lequel elle semble avoir un lien.


Avis de Rick :
Datant déjà de 1987, Opéra est le premier film de Dario Argento qui n’aura pas bénéficié d’une sortie en salle en France. Est-ce représentatif de la qualité du film ? Pas vraiment, puisqu’Opera reste il est vrai un bon Argento, mais qu’il démontre déjà les limites du cinéma de son auteur. Il faut dire que Argento revient encore et toujours au giallo ici, alors qu’il avait en quelque sorte livré le film ultime du genre en 1982 avec le génial Ténèbres. Que peut-il donc rajouter avec Opéra ? C’est simple, visuellement, Opéra reste sans doute l’un des métrages les plus ambitieux d’Argento, comme s’il voulait tout simplement réaliser un giallo mais en y incorporant la mise en scène surréaliste et virtuose de Suspiria et Inferno. Oui, Opéra contient certains des plans les plus ambitieux de sa carrière, comme lorsque des corbeaux par centaines sont lâchés dans une salle d’opéra et que la caméra tourne dans la salle pour simuler la vue subjective des animaux, ou que le tueur tire une balle à travers un œilleton et que celle-ci le traverse, puis une tête, puis le reste de la pièce. Car oui, nous sommes en 1987 encore, et tout est fait sur le plateau, pas de numérique. Ambitieux je vous dis ! Ces deux plans avaient d’ailleurs tellement fait parler d’eux à l’époque que lorsqu’enfant, je trouvais la VHS sur Paris dans une boutique d’occasion, j’avais tout fait pour que ma mère soit clémente et l’achète (et devinez… j’ai réussi).

Si Opéra vaut le coup d’œil, c’est pour sa mise en scène, virtuose à tous les instants. Car les deux plans ci-dessus ne sont que des moments dispersés dans le métrage, mais celui-ci regorge d’idées qu’Argento met en scène de manière tout aussi impressionnante. Comme une partie de cache-cache dans un appartement plongé dans une lumière verte et dont la caméra se trouverait au plafond pour filmer de haut tous les personnages. Ou tout simplement l’idée bien connue du métrage, où le tueur du film place des aiguilles sous les yeux de l’héroïne pour la forcer à regarder ses meurtres, un peu à la manière d’Orange Mécanique. Là vous vous dites que le film est un bijou oublié de la filmographie d’Argento, et il est vrai que le métrage est oublié (et inédit en France depuis la VHS, mais il existe le DVD us d’Anchor Bay de très bonne qualité), et que le film flatte l’œil à chaque instant. Le souci derrière, c’est que niveau scénario, ça fait plutôt mal. Pas dans le bon sens du terme. Pourtant, un opéra maudit, une fille forcée de regarder les meurtres du tueur, des corbeaux lancés dans un opéra, des plans virtuoses, tout est là, on veut y croire.

Mais Argento et son coscénariste font des choix pas toujours judicieux, et même qui surprennent. Surtout vis-à-vis du personnage principal. Oui, nous suivons une jeune femme, maltraitée, forcée de regarder tous les meurtres sinon, des aiguilles lui transperceront les yeux. On reconnaît le sadisme d’Argento, les meurtres sont visuellement chocs et réussis, là n’est pas le soucis. Mais notre pauvre héroïne, elle est malmenée, attachée, menacée, poursuivie, voit ses proches mourir, mais l’instant d’après, elle s’en fou complètement. Certes, Argento souligne parfois le fait qu’un événement dans son passé l’a traumatisé, mais de là à la faire paniquer durant le meurtre et penser à autre chose l’instant d’après est un peu gros, et la crédibilité en prend un coup. Du coup, comme l’héroïne, le spectateur est rapidement détaché de ce qu’il regarde. Oui c’est beau, impressionnant même, virtuose, mais on s’en fou un peu parfois. Dommage. Dans le même ordre d’idée, on pourra parler du final, le vrai final, l’ultime sursaut, qui est en contraste total avec le reste du film et débarque de manière incongrue, à tel point qu’un petit rire se sera échappé. Et c’est clairement dommage. Argento a soigné son emballage à l’extrême, mais délaissé quelque part son scénario, n’en gardant que les bonnes idées et se foutant du reste. Très dommage. Bon, bien entendu, ça se regarde, c’est rythmé, ça impressionne parfois, mais ça déçoit malgré tout.

LES PLUSLES MOINS
♥ Visuellement somptueux
♥ Des scènes fortes et bien trouvées
♥ Une ambiance d’opéra délicieuse
♥ Les idées des meurtres
⊗ La musique hard rock déplacée
⊗ Les réactions de l’héroïne
⊗ De nombreux défauts de scénario
note8
Opéra, ça alterne le chaud et le froid. Plastiquement, c’est parfait et certainement le dernier grand Argento, car maîtrisé de bout en bout, mais les égarements du scénario eux font tâche, dommage.



Titre : Opéra – Terreur à L’Opéra

Année : 1987
Durée :
1h47
Origine :
Italie
Genre :
Giallo
Réalisation : 
Dario Argento
Scénario : 
Dario Argento et Franco Ferrini
Avec :
Cristina Marsillach, Ian Charleson, Urbana Barberini, Daria Nicolodi, Coralina Cataldi-Tassoni, Antonella Vitale et William McNamara

 Opera (1987) on IMDb


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Matt
Matt
18 septembre 2018 17:22

Celui là je ne l’ai pas vu.
L’utilisation de la musique me rebute un peu parce que déjà dans Phenomena il y avait des scènes bizarres de ce genre.
Bon et puis moi les yeux je crains, c’est quoi cette horreur collée sous les yeux de cette pauvre héroïne ?^^ On est obligé de cligner des yeux, enfin, c’est pas sympa !!

Sinon Le chat qui fume a sorti un DVD/blu-ray français au passage.

Matt
Matt
Reply to  Rick
18 septembre 2018 22:46

Euh Fulci j’en ai pas vu des masses donc honnêtement je n’ai pas de souvenirs d’yeux^^
J’aime beaucoup Le venin de la peur qui est plutôt un giallo de Fulci, et dedans y’a pas d’yeux arrachés^^
 
Après ça dépend comment c’est filmé. Un oeil qui pendouille sur un zombie, ça me fait que dalle. Mais la fin du film May de Lucy Mckee où Angela Bettis veut s’arracher elle-même un oeil, il y a une telle tension et l’acte en lui-même est tellement taré que j’ai du mal à ne pas détourner les miens, d’yeux^^

Matt
Matt
Reply to  Rick
20 septembre 2018 22:04

Oui tu peux aller voir Le venin de la peur. Il y a parfois quelques cadrages qui font un peu amateur (caméra qui tremble à un moment où ça n’a pas d’intérêt, donc je doute que ce soit un effet voulu) mais l’atmosphère du film est chouette.
La longue nuit de l’exorcisme je dois le voir aussi.
 
Et je ne sais plus si j’ai vu Frayeurs ou L’au delà. Faut dire que c’est pas vraiment le scénario qui marque dans ces films, donc je sais plus lequel est lequel.

pti denis
29 septembre 2018 7:16

“Dernier grand Argento”, totalement d’accord, le seul qui me plait un tant soit peu après ce film est Le sang des innocents, c’est une reprise pépère de l’Oiseau au plumage de cristal ponctué de quelques fulgurances (le début).
Mais Opéra reste d’un tout autre niveau!

Ghoulish
Administrateur
22 avril 2019 21:38

Plutôt bon ce ‘Terreur à l’opéra’ ( oui,j’aime bien le titre français d’époque lol ), je suis bien d’accord avec ta chronique, autant pour les qualités que pour les défauts. Je trouve par contre la musique métal efficace lors des meurtres, ça les souligne peut-être grossièrement c’est vrai, mais ça fonctionne émotionnellement je trouve ( en plus, les chansons de Gow aka Steel grave sont bien choisies ). Certes, Argento aimait faire des compilations à cette période, oubliant le classicisme des musiques de Morricone et le progressif des Goblin, mélangeant avec plus ou moins de bonheur ses compositeurs fétiches ( Claudio Simonetti des Goblin donc, mais aussi Simon Boswell ), pour des résultats variés et agréables comme les ‘Démons’ de Lamberto Bava. Ca marche moins bien avec ‘Phenomena’ je pense.

Ghoulish
Administrateur
24 avril 2019 20:11

J’aime beaucoup aussi les deux films de Stanley, mais ça fait un bail que je ne les ai pas vus. Et Boswell reste aussi l’un de mes compositeurs favoris. Je possède les CD de ‘Hardware’, ‘Petits meurtres entre amis’, deux éditions de ‘Bloody bird’, quelques compilations ‘argentesques’, ainsi que le diamant ultime, le CD de ‘Démons 2’ ( édition japonaise, la seule qui existe en CD ), recherché pendant près de trente ans, puis enfin trouvé ( cher, mais encore abordable, et en état quasi neuf ). A noter que ce disque présente la composition de Boswell ( deux morceaux sous son vrai nom, d’autres sous les pseudonymes de Caduta Massi et The Producers ), ainsi que les chansons du film. Une belle pièce !

Ghoulish
Administrateur
24 avril 2019 20:15

Et pareil, j’ai toujours mes VHS du film ( les deux GCR, la locative et celle de vente dans la collection ‘Must de l’épouvante’ ), mon DVD italien ( pas génial pour le coup ), deux éditions CD ( en fait la même mais une avec boîtier cristal et une en digipack ) et le coffret Blu-ray/DVD du Chien qui picole. Ah non le Chat qui fume pardon mdr