[Film] Les Rebelles Du Dieu Néon, de Tsai Ming-liang (1992)

Kan-sheng passe son temps à déambuler dans les rues de Taipei à pied ou en mobylette. Un jour, alors qu’il circule exceptionnellement dans le taxi de son père, il remarque un jeune homme à moto. Ce dernier, agacé par les coups de klaxon de son père, casse le rétroviseur de la voiture. Kang-sheng le retrouve quelque temps plus tard et le suit. S’ensuit une fascination progressive de Kan-sheng pour ce jeune homme et sa petite amie.


Avis de John Roch :
En dehors de Goodnight Dragon Inn, je suis complètement étranger au cinéma de Tsai Ming-liang, réalisateur connu à l’international et Lauréat de plusieurs prix prestigieux : Lion d’or pour Vive l’Amour et Grand Prix du Jury pour Les Chiens Errants à Venise, Ours d’or à Berlin pour La Rivière. C’est cette reconnaissance qui a permis à son premier long métrage, les Rebelles du Dieu Néon, une sortie tardive en France en 1998, et quoi de mieux que de commencer par le commencement pour découvrir un auteur, dont on dit que c’est l’œuvre la plus accessible.

Les Rebelles du Dieu Néon tourne autour de deux jeunes adultes : Hsiao Kang, étudiant solitaire, mutique, qui vit chez ses parents, et de Ah Tze, qui lui vit sa vie comme bon lui semble, braque des cabines téléphonique pour jouer aux bornes d’arcade accompagné de son ami Ah Ping. Deux modes de vie que tout oppose qui vont pourtant se croiser le jour ou Ah Tze casse le rétro du père de Hsiao Kang, un évènement qui va déclencher chez ce dernier une soif de liberté et une fascination pour le mode de vie bien plus libre de Ah Tze, qui lui tombe amoureux de Ah Kuei, une jeune femme qui loue les services d’une agence de rencontre téléphonique pour ne pas finir seule la nuit..

Le récit va donc s’articuler autour de ce destin croisé et de l’évolution de ces jeunes gens chacun à sa manière paumée dans la capitale Taiwanaise. Pour cela, Tsai Ming-Liang a recours à la mise en parallèle des vies de Hsiao Kang et de Ah Tze. Quand l’un est seul dans sa chambre à contempler la pluie dans un silence de mort, l’autre baigne dans la fureur et le bruit de Taipei (le Dieu Néon du titre). Une différence qui s’estompe avec le temps, lorsque Hsiao Kang suit Ah Tze partout où il va, pour assimiler son mode de vie, avec ce que ça apporte comme dommages sur sa personnalité. Ainsi la scène la plus évocatrice est celle où le premier saccage la moto du second, pas pour venger son père comme on peut le penser, car à ce moment Ah Tze couche avec Ah Kuei, le tag SIDA sur la moto montre bien que Hsiao Kang agit non pas par vengeance mais par pure jalousie. Une scène d’une puissance et d’un symbolisme parmi les nombreuses autres présentes dans le reste du métrage. Chez Tsai Ming-Liang, tout passe par l’image, le film comporte peu de dialogues, seulement présents si la mise en scène ne peut retranscrire ce que les personnages ressentent. Ce qui ne veut pas dire que les Rebelles du Dieu Néon est un film long, il est lent mais jamais long, le récit est fluide, tient en haleine et Tsai Ming-Liang parvient à hypnotiser le spectateur par la seule force de sa mise en scène, qui prend toute son ampleur dans les dernières minutes du métrage, une double fin sublime où Tsai Ming-Liang conclut son récit sur la jeunesse Taïwanaise du début des années 90 avec une vision pessimiste (Hsiao Kang), mais pas désespérée (Ah Tze), où chaque plan a un sens et où les acteurs, par ailleurs sublimes, évoquent et parviennent à faire ressentir la peur des responsabilités, de l’engagement, de la solitude, de la perte des amis, du départ du cocon familiale, de l’avenir, bref du passage à la vie adulte.

 

 

LES PLUSLES MOINS
♥ Mise en scène hypnotique
♥ Les dernières minutes superbes
♥ Des acteurs impeccables
♥ Une vision intéressante du passage à l’âge adulte
⊗ Une lenteur qui peut en freiner certains
Les Rebelles du Dieu Néon est un excellent point de départ pour découvrir l’œuvre de Tsai Ming-Liang. Un film aux images sublimes, puissantes, symboliques, porté par des acteurs d’une justesse exemplaire.

Les Rebelles du Dieu Néon est sorti chez Spectrum Films en Blu-ray, au prix de 20€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr
En plus du film, on y trouve deux courts métrages, des essais vidéos, une interview du réalisateur et la bande annonce du film.



Titre : Les rebelles du dieu néon / 青少年哪吒
Année : 1992
Durée : 1h46
Origine : Taïwan
Genre : Drame
Réalisateur : Tsai Ming-liang
Scénario : Tsai Ming-liang

Acteurs : Kang-sheng Lee, Chao-jung Chen, Chang-Bin Jen, Yu-Wen Wang, Tien Miao, Yi-Ching Lu

 Les rebelles du dieu néon (1992) on IMDb


 

John Roch
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Cherycok
Administrateur
12 juillet 2021 13:08

Je connais très peu Tsai Ming-Liang. Longtemps sa filmographie m’a fait peur alors qu’il a été récompensé de partout. Son style contemplatif qui m’a fait un peu peur peut-être… Mais situ dis que c’est un bon moyen de commencer, je vais peut-être me laisser tenter

Feroner
Administrateur
12 juillet 2021 16:28

Très bonne mise en scène, mais le visionnage de ce film a été un calvaire.
C’est très lent et j’ai eu aucune empathie pour les personnages. Entre la petite frappe qui fait que des conneries et le personnage principal qui est détestable c’est difficile de s’intéresser à ce film.
J’ai eu le même problème avec Spacked out. Une bande d’ado énervant au possible qui parlent tout le temps. Vraiment pénible.

Faze
Faze
13 juillet 2021 0:58

Je connais pas du tout le monsieur Tsai , et comme Chery je me laisserai bien tenter.
Et une fois de plus c’est Spectrum qui régale !

J’aime beaucoup le titre de film en tous cas … 😀

Cherycok
Administrateur
Reply to  Faze
13 juillet 2021 8:08

Si tu regardes le planning Spectrum dans le menu gauche (que je mets à jour dès que j’ai des infos), il ont en plus du planning officiel, un sacré paquet de sorties sans date. En plus, ils sont à Cannes en ce moment, donc ils vont revenir avec d’autres trucs