[Film] L’Au-Delà, de Lucio Fulci (1981)

Une jeune femme hérite d’un hôtel à La Nouvelle-Orléans. Ce dernier fut jadis construit sur l’une des sept portes de l’enfer…


Avis de Rick :
De tous les films de Lucio Fulci, L’Au-Delà est sans doute considéré par beaucoup comme son plus culte, parfois son meilleur également. Pour ma part, Frayeurs aura toujours une place plus importante, puisque je l’aurais découvert avant L’Au-Delà, et que les deux partagent des points communs. Outre la présence de Catriona MacColl dans le rôle principal, on pourra dire que les deux films partagent un point de départ similaire, à savoir l’ouverture d’une des sept portes de l’enfer. Ils partagent également quelque chose de bien plus important au final, qui se retrouve dans l’ADN même des films, à savoir leur narration décousue, avec cette impression souvent de voir des scénettes gores reliées entre elles par un semblant d’histoire et des personnages mais dont la logique est parfois étrange, voir inexistante. Nous sommes en tout cas en 1981, et les deux précédents métrages gores de Fulci, à savoir L’Enfer des Zombies en 1979 et Frayeurs en 1980 font sensation. Le producteur ne tarde pas à vouloir livrer un autre métrage du genre, et grâce à un habille tour de passe passe, il parvient à trouver acheteur pour le projet lors d’un marché du film. Du coup, Fulci et son équipe n’ont que trois mois pour livrer un métrage. À peine une semaine pour écrire un scénario, et c’est parti pour 25 jours de tournage entre l’Italie pour les intérieurs et la Nouvelle Orléans pour les extérieurs. En plus d’être tourné dans l’urgence la plus totale, Lucio Fulci ajoute énormément d’idées au métrage durant le tournage, des scènes entières non prévues, ce qui continue de donner cet aspect totalement décousu au métrage, surtout que le scénariste de l’histoire originale, Dardano Sacchetti, n’est pas présent sur le tournage, ou si peu. Et au final, un peu comme pour Frayeurs, ce sont ses incohérences, ces moments manquants de logiques et ce sentiment d’être devant une œuvre imprévisible qui ne réponds pas aux logiques habituelles qui donnent un l’Au-Delà un cachet si spécial, et si apprécié.

En plus bien entendu de son ambiance glauque et de ses nombreuses scènes gores qui font mal. Ici donc, après l’ouverture d’une porte de l’enfer par la pendaison d’un prêtre dans Frayeurs, c’est tout simplement Liza, encore jouée par Catriona MacColl, qui hérite d’un hôtel à la Nouvelle Orléans, hôtel qui fut construis sur l’une des portes de l’enfer, et où des années plus tôt, un peintre fut sauvagement assassiné, voir plutôt sacrifié. Scène que l’on voit bien évidemment en guise de scène d’ouverture, pour nous mettre dans le bain, et qui suivant les copies du métrage, sera présente avec couleurs sépia, ou non. Puis le film reprend de nos jours, et va enchaîner les scènes gore la plupart du temps, tout en introduisant petit à petit les personnages de l’aventure, certains énigmatiques, comme Sarah l’aveugle que l’on rencontre en plein milieu d’un pont, à pieds, avec son chien, ou encore la jeune fille qui sera témoin de la mort de sa mère. Mais comme toujours, deux personnages sortent du lot. Liza d’un côté donc, héritière de l’hôtel, jouée par Catriona MacColl, et John, docteur, joué par David Warbeck. Deux acteurs habitués de Fulci, la première ayant jouée dans Frayeurs et le retrouvant dés l’année suivante pour La Maison Près du Cimetière tandis que le second venait de boucler The Black Cat la même année pour Fulci. Et si Frayeurs et L’Au-Delà ont la même saveur, c’est normal. Des acteurs en commun, même réalisateur, même compositeur (Fabio Frizzi livrant un de ses meilleurs travaux ici), même scénariste de base, mêmes personnes à la production. Et comme pour Frayeurs, le film affiche une ambiance étrange, glauque souvent, mais également souvent onirique. Les scènes s’enchaînent, la logique n’est pas toujours présente, des événements arrivent et le spectateur se devra de trouver lui-même une explication à tout ce bordel.

Et ce qui aurait été un défaut ailleurs devient une qualité ici, comme pour Frayeurs. On navigue dans un univers qui n’est pas le nôtre mais qui a ce petit quelque chose d’hypnotisant, d’un bout à l’autre. Ou presque, puisque contrairement à Frayeurs, L’Au-Delà à ce petit moment qui vient m’énerver à chaque vision, bien qu’il soit court. Pourquoi donc, après avoir éliminé plusieurs zombies, David Warbeck est censé avoir bien compris qu’il faut viser la tête, mais s’obstine à gaspiller ces balles et à viser le torse ? Oui, pourquoi ??? Et ça me dérange, les personnages étant eux logiques, contrairement à l’univers dans lequel ils évoluent. On me dira que je chipote, encore et toujours, et c’est vrai dans le fond, surtout que cela n’arrive que tardivement dans le métrage, et à deux reprises, donc même pas une minute à l’écran. Surtout que là où Frayeurs se terminait sur un cri d’horreur pour un moment étrange et inexpliqué, L’Au-Delà fait le choix d’une fin beaucoup plus noire et simple d’accès, mais malgré tout incroyablement poétique. Du coup, on pardonne les errances passées. Surtout que L’Au-Delà, en terme de séquences devenues cultes, en contient un bon paquet. La scènes des araignées (berk), le clou dans l’arrière de la tête, la passion de Fulci pour les yeux à de nombreuses reprises, la scène de l’acide. Même au-delà de ses scènes gores, le métrage contient un paquet de scènes marquantes, comme cette rencontre au milieu d’un pont sur ces notes de piano, inoubliables. Bref, souvent considéré comme le troisième opus des films gore à ambiance de Fulci (après l’Enfer des Zombies et Frayeurs donc, et avant La Maison Près du Cimetière), L’Au-Delà n’est pas mon préféré, mais reste une œuvre forte que les amateurs du genre se doivent d’avoir vu.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une ambiance noire et étrange
♥ Les scènes gore, cultes et nombreuses
♥ Le score musical de Fabio Frizzi
♥ Une narration décousue qui donne une force au métrage
♥ Le final
⊗ David Warbeck qui ne veut pas faire de headshots
note8
L’Au-Delà est sans conteste un grand film de Fulci. Glauque, méchamment gore, mais aussi parfois étrange et très poétique, il fait suite à Frayeurs de bien belle manière.



Titre : L’Au-Delà – …E Tu Vivrai Nel Terrore ! L’Aldilà – The Beyond

Année : 1981
Durée :
1h27
Origine :
Italie
Genre :
Horreur
Réalisation : 
Lucio Fulci
Scénario : 
Dardano Sacchetti, Giorgio Mariuzzo et Lucio Fulci
Avec :
Catriona MacColl, David Warbeck, Sarah Keller, Antoine Saint-John, Veronica Lazar, Larry Ray et Al Cliver

 The Beyond (1981) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

24 Comments

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  1. Haha tu t’es lâché sur les screenshoots !

    Le plus drôle c’est que hier encore je me faisais la réflexion : mais où sont les Fulci sur le site ??
    Quel talent et quel service pour les lecteurs , aussitôt penser et aussitôt fait !

    Sinon pour le film en lui-même , film d’ambiance donc une fois de plus j’ai l’impression de me lire quand je vois ta chronique.
    Donc même avis que toi , sauf que pour ma part c’est l’enfer des zombies qui m’a marqué et fait découvrir le monsieur , que j’aime beaucoup.

    7,5/10

  2. Ah ben j’ai enfin ma magnifique copie du film, donc évidemment que je me suis lâché 😀

    Oh, bonne remarque, vrai que ça manque, alors que je dois avoir 10 chroniques en stock si ce n’est plus (de mémoire : L’enfer des Zombies, Perversion Story, Frayeurs, La Maison Près du Cimetière, Murder Rock, Demonia, La Longue Nuit de l’Exorcisme, The Black Cat, Soupçons de Mort et j’en passe. Un max donc). Ça va se faire prochainement 😉
    Le premier Fulci que l’on voit est souvent celui qui marque le plus j’ai l’impression.

  3. Pas vu, ni celui là ni Frayeurs.
    LE truc c’est qu’il parait que les films n’ont aucun sens, pas de scénario, juste du gore et des trucs inquiétants qui se passent sans aucune structure.
    Alors je sais pas…parce que je fais partie des gens qui trouvent que le gore ça vieillit pas bien, que le premier Evil Dead a pris un sacré coup de vieux, etc.

    1. Moi c’est l’inverse, je trouve que le gore vieillit vachement bien. Mais bon, j’ai une passion pour les effets à l’artisanale…

  4. Forcément avec l’âge, on remarque mieux certains défauts (surtout avec les copies HD et tout), notamment en ce qui concerne les fausses têtes et tout, mais non, Frayeurs et l’Au-Delà tiennent clairement encore la route. Après, c’est plus un trip, une ambiance qu’un scénario linéaire et classique. Ça peut rebuter, clairement. Si tu as peur de ne pas adhérer, penche toi plutôt vers les giallo et autres thrillers fait par Fulci (La Longue Nuit de l’Exorcisme, Perversion Story).

    1. J’ai vu le venin de la peur qui est plutôt cool. Pas vu la longue nuit de l’exorcisme, j’attends le mois de mai que le chat qui fume ressorte le DVD. Le blu-ray s’arrache à 100€…

      Je trouve en effet que les ambiances des vieux films ne vieillissent pas. Même si elles ne font plus peur, il reste un sens de l’esthétisme “joli”, comme des tableaux et autres compositions visuelles qui ont de la gueule.
      Quand il y a juste du gore sans réelle ambiance, juste de la “shock value” ben…dès qu’on n’y croit plus et qu’on voit les effets “fake”, ça ne marche plus et y’a rien d’autre autour pour sauver l’effet.
      Ressenti personnel of course^^

      Sinon on peut voir l’Au delà sans avoir vu Frayeurs ou c’est une “suite” ?

  5. Au passage une sympathique interview du chat qui fume :

  6. Oui on en avait parlé je ne sais plus trop où du Venin de la Peur ^^
    Fulci, même outre le gore, à un style visuel avec une ambiance souvent baroque, malsaine et étrange, du coup forcément, si tu vires le gore le film en prends un coup (ou ça donne La Malédiction du Pharaon, où il a mit l’ambiance mais pas le gore, et c’était chiant), mais il reste quelque chose d’assez fort.
    Les films ne se suivent pas en tout. Ils ont des similitudes ou thèmes en commun, et un point de départ similaire (l’ouverture d’une des portes de l’enfer), mais au-delà de ça, tu peux en voir un et pas l’autre, ou dans le désordre, ça passe nickel.

  7. Matt » Fulci c’est un peu le poète du macabre , de la décomposition charnelle et de l’énucleation occulaire.
    A la limite on peut voir ses films sans son et sans chercher à comprendre le scénar , on en aura pour son argent vu comment il met en image ses films.
    Souvent fauché mais quand il est inspiré ça se sent pas tellement il sait mettre en valeur ses effets et son ambiance.
    Mais si il n’est pas dans un bon jour ça peut être très mauvais ! (Evite Zombi 3 comme porte d’entrée dans son univers c’est un gros nanar, voir navet si t’es pas d’humeur)
    Pour débuter rien de mieux que sa fausse trilogie composée de L’enfer des zombies , L’au-delà et Frayeurs.
    Tous 3 dans le haut du panier et tu seras directement fixé sur le cas Fulci.

    En esperant que tu prennes autant de plaisir que moi à l’époque.

  8. Lucio Fulci est sans aucun doute mon auteur préféré. Si mon film favori demeure ‘L’enfer des zombies’, ‘L’au-delà’ tient lui aussi une place particulière dans mon coeur ( et mes tripes lol ). Je trouve juste que les effets spéciaux sont moins bons que précédemment, mais c’est sans doute dû au manque de temps, car c’est toujours Gianetto De Rossi aux commandes.
    Catriona McColl est une femme d’une grande gentillesse, proche de ses fans. Ses yeux pétillent toujours autant, j’ai pu m’en rendre compte vu que je l’ai rencontrée au Bloody Week-end d’Audincourt en 2016, ainsi que le non moins adorable Fabio Frizzi. Projection de ‘L’au-delà’ d’ailleurs, concert unique en France de Frizzi, de longs moments à parler avec Catriona et Fabio ( qui parlent parfaitement le français ), bref, des moments inoubliables et des souvenirs impérissables. Ce qui donne au film un cachet plus particulier encore !

    1. J’aurais beaucoup aimé la rencontre la miss McColl (et monsieur Frizzi aussi tiens). Ça fait toujours plaisir de la revoir avoir un petit rôle dans des films pas forcément très commerciaux, comme récemment dans Horsehead (enfin, récemment, ça a bien déjà 4 ou 5 ans).

  9. Tu peux toujours la rencontrer, puisqu’elle revient au Bloody cette année ( dès le 29 mai ). J’y serai une nouvelle fois d’ailleurs. Il y aura du beau monde : Heather Langenkamp, Caroline Munro, Camille Keaton, Martine Beswick et Laurent Melki.

    1. Oh parfait, normalement j’aurais terminé le taf d’ici là, et donc aurais du temps de libre. Heather, Caroline, Camille, Catriona, tu me vends du rêve !!!

  10. Melki , c’est bien l’illustrateur des superbes affiches des années 80 et 90 ?
    Ou je me plante complètement ?

  11. Tu ne te plantes pas, c’est bien lui. Toutes ces affiches cultes en ont marqué plus d’un sur les rayons des vidéoclubs. ‘Parasite’, ‘Creepshow’, ‘Freddy 3, les griffes du cauchemar’, ‘Le cauchemar de Freddy’, ‘Hello Marylou’, ‘Paranoïd’, ‘Rage’, ‘La baie sanglante’, ‘Vidéodrome’, ‘Martin’, ‘Cauchemar’, ‘Ghoulies’ et bien d’autres !!! D’ailleurs certaines jaquettes sublimes cachaient parfois de sombres navets.

  12. Merci pour la réponse.

    En effet ses affiches sur la saga Freddy m’avaient fortement marquées étant gamin.
    Je suis fan des murs blancs , donc pas d’affiches ou de posters chez moi , mais si d’aventure tu connais un ouvrage ou un site sympa qui reprend son boulot , je suis preneur !

    1. Il y a un recueil qui s’appelle “les essentiels”. Il est en rupture de stock mais a priori tu peux le commander directement sur son site: https://www.melki.org/product-page/livre-recueil-les-essentiels?utm_campaign=c084eff6-6181-4bf1-aa1e-4f98f7f5a18f&utm_source=so
      Et donc il a un site: https://www.melki.org/?utm_campaign=c084eff6-6181-4bf1-aa1e-4f98f7f5a18f&utm_source=so

  13. Oh ça me fait penser de manière plus globale, il y a 2 super bouquins sur l’horreur dans l’histoire et au cinéma.

    L’histoire illustrée de l’horreur
    L’art des films d’horreur

    https://images.app.goo.gl/LEwrJoB1fQH6Uhca7

    Deux bouquins sous la direction de l’éditeur Stephen Jones.
    Je les ai tous les deux. ça couvre évidemment toute les périodes du cinéma et pour le premier tome, l’art de l’horreur dans la culture populaire.
    Donc affiches de magazines, de films, etc. Très chouette

  14. Merci Iris , c’est juste parfait !

    Et merci Matt je vais regarder ça après le taf .
    Mais ça me semble bien propre et richement illustré.

    Et si je demande 1.000.000 € , vous me les trouvez aussi dans les 24 heures , vu votre promptitude à me satisfaire …

    1. Ah non mais si tu ME donnes 1.000.000€, je te trouve les bouquins dans les 24h ^^

    2. Oh ben doit bien y avoir des marabous qui peuvent promettre ça

    3. Je suis preneur aussi hein pour le million d’euros 😉

      Le bouquin a l’air magnifique en tout cas !

      1. Et ceux dont je parle aussi, y sont très beaux^^
        Non seulement il y a plein d’illustrations, d’affiches, de peintures, mais t’apprends des choses avec une bonne dose d’info sur le cinéma de genre et/ou sur l’horreur en général dans la culture populaire (d’ou vient Halloween aussi : contraction de All Hallows’ Eve”, veille de la fête de tous les saints, mais dont l’aspect horrifique est hérité du nouvel an celte Samhain, le moment de l’année ou le voile qui sépare les mondes était le plus ténu, permettant au sidhe, le peuple des fées, d’envahir notre monde)

        Enfin bref…en tous cas les bouquins sont très illustrés, et comme même les vieux nanars peuvent bénéficier de magnifiques peintures comme affiches, ben c’est du bonheur.

        1. Je confirme , après avoir regarder les photos du bouquin à mon aise , c’est vraiment du bel ouvrage.

          Et hop ! Ajouté à ma liste d’achat le petit Histoire illustrée de l’horreur.

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