[Film] Golden Glove, de Fatih Akin (2019)


Hambourg, années 70. Au premier abord, Fritz Honka, n’est qu’un pitoyable looser. Cet homme à la gueule cassée traîne la nuit dans un bar miteux de son quartier, le Golden Glove, à la recherche de femmes seules. Les habitués ne soupçonnent pas que Honka, en apparence inoffensif, est un véritable monstre.


Avis de Cherycok :
Ceux qui me connaissent savent que je suis un amateur de bizarreries cinématographiques. Je ne dis jamais non à un OFNI parce que je suis un éternel curieux. Curieux de voir jusqu’où le cinéma peut aller dans le nawak, dans le gore, dans l’étrange, dans le nul, dans le réalisme, … Alors lorsque mon frangin se pointe un jour en m’annonçant cash « J’ai vu un film de malade. C’était très bizarre. On était deux dans la salle. Ça s’appelle Golden Glove. Ça te plairait à toi avec tes goûts étranges. », je n’ai eu d’autre choix que de me renseigner sur ce film dont je n’avais jamais entendu parler. Un coup d’œil à la bande annonce, ma femme m’annonce direct qu’il est hors de question qu’elle voit ce film, alors que moi je me mets immédiatement à sa recherche, en gardant en tête le nom du réalisateur, Fatih Akin, qui me disait quelque chose. Mais oui mais c’est bien sûr, c’est le réalisateur de Soul Kitchen, très chouette comédie que j’avais adorée ! Eh bien son dernier film en date, Golden Glove, on peut dire que c’est effectivement une putain de bizarrerie. Ce genre de film qui s’apparente plus à une expérience cinématographique et qui à aucun moment ne caresse le spectateur dans le sens du poil. Bien au contraire d’ailleurs…

La première chose qu’il faut savoir, c’est que Golden Glove est l’adaptation du roman allemand Der Goldene Handschuh (2016) de Heinz Strunk et du portait du serial killer allemand Fritz Honka qui a tué (au moins) quatre prostituées du quartier Sankt-Paul à Hambourg dans les années 70. Ah oui, Golden Glove est tiré d’une histoire vraie, ce qui fait encore plus froid dans le dos une fois qu’on a vu le film. Le film nous raconte donc l’histoire de Fritz Honka, meurtrier de prostituées qui gardait une partie des restes de ses victimes dans son appartement. Son QG, le bar Golden Glove, sorte de cour des miracles réunissant toute une faune de personnalités à qui la vie a dit merde. Retraités sans le sou, anciens SS, prostituées bas de gamme, … Une belle brochette de cas sociaux ancrés dans la misère et trompant le désespoir verres après verres jusqu’à plus soif. Le terrain de chasse parfait pour Honka, obsédé sexuel, prêt à ramener tout ce qui bouge, bien alcoolisé si possible, dans son appartement miteux, aux murs affublés d’actrices dénudées. Une sorte de capharnaüm géant à l’odeur pestilentielle dans lequel il va compenser son impuissance par des mœurs sexuelles bien déviantes, aussi folkloriques qu’enfoncer une saucisse de Francfort dans l’entrejambe de sa victime puis de la manger (la saucisse hein), ou vouloir leur fourrer dans le fondement des cabillauds vivants. A la moindre contrariété, il les violente, parfois jusqu’à la mort, puis les découpe et les stocke dans son placard qu’il a pris soin de garnir de sapins « sent bon ». Charmant le jeune homme n’est-ce pas ? Alcoolique au dernier degré, Fritz Honka était de plus extrêmement complexé. Petit, atteint d’un strabisme, d’un nez proéminent façon « patate », de problèmes de peau, il se sentait ainsi enfin supérieur face à ces femmes dépravées et relativement impuissantes, et immédiatement investi d’un pouvoir de vie et de mort sur elles. Oui, très charmant jeune homme, et la manière dont le film relate les événements l’est encore plus…

Golden Glove est un film où tout est sale, terne, poisseux, glauque, déglingo. Le casting de gueules cassées est juste hallucinant, au point que la moindre tête normale qui fait son apparition fait presque tâche. Jonas Dassler, méconnaissable en Fritz Honka, est juste hallucinant dans ce rôle. Même chose pour le reste du casting à qui il faut tirer son chapeau pour avoir réussi à interpréter leur rôle à la perfection dans ce nombre incalculable de scènes très difficiles, aussi bien physiquement que psychologiquement. Fatih Akin ne montre jamais tout (grâce à d’astucieux angles de vue), mais ne cherche malgré tout jamais à minimiser la violence de son personnage. Une violence crue, frontale, sale, sans concession, avec un côté très amoral et voyeur. Le film va très loin dans le dérangeant, et même dans le montrable à l’écran. Un seul exemple, Honka qui se masturbe presque en full frontal devant ses photos murales car il n’arrive pas à avoir une érection pour pénétrer la mamie de presque 70 ans ivre morte sur son lit et qui finit par lui faire des choses avec une spatule en bois. Oui, il faut avoir l’estomac bien accroché pour se lancer dans le film et il vous suffira de la première scène pour vous rendre compte si vous êtes aptes à continuer le visionnage ou pas.
Golden Glove est un film désagréable qui ne cherche à aucun moment à plaire. Une bizarrerie qui caresse le spectateur à rebrousse-poil, qui provoque souvent la gêne, parfois le dégoût ou le malaise, qui dérange mais qui assume son statut du début à la fin. Il veut nous amener au plus près de l’abominable vie de Fritz Honka, et il y arrive immédiatement. Pourtant, on pourrait y voir un côté comédie. Un côté comédie très très très très noire, à l’humour malsain, grotesque, qui ose absolument tous les trucs les plus affreux. Ça pousse les choses tellement loin que ça en devient presque fascinant. Les scènes de dialogues dans le bar, à double lecture, sont clairement là pour nous en persuader, tout comme la musique, constamment en décalage avec les images.

Difficile de comprendre comment Warner et Pathé ont pu avoir l’idée de mettre de l’argent dans un film pareil en prenant en compte qu’il serait difficile de le distribuer dans les salles. Car comme vous pouvez le voir, Golden Glove est un film assez fou, avec des scènes bien WTF et peu ragoutantes. On y voit du sexe masculin, du poil pubien, du vieux nibard flasque, du dentier, du sang, … Le réalisateur s’attarde sur l’alcoolisme et la misère d’une Allemagne qui porte encore, près de 30 ans après, les stigmates de la guerre. Une Allemagne malade de son histoire et des personnages marqués par cela. Fatih Akin ne cherche d’ailleurs jamais à les rendre attachants de quelconque manière que ce soit, ni son « héros », ni ses victimes, ni les différentes gueules cassées qui nous sont présentées, et ce malgré leur côté désespéré. Il ne jouit jamais du spectacle qu’il propose et nous livre une vision froide, jamais complaisante, de ce personnage improbable dont on se demande comment il a pu commettre autant d’immondices sans qu’aucun voisin ne se rende compte de quoi que ce soit (l’odeur, le bruit, les va-et-vient étranges, …). Pour couronner le tout, le générique de fin nous présente des photos d’archives du vrai Honka, de ses victimes, du procès, de son appartement, du Golden Glove, … Des photos ayant le don de mettre le spectateur encore plus mal à l’aise car mettant en avant le souci de reconstitution du film. Le seul vrai reproche qu’on pourrait lui faire, c’est qu’il est malgré tout trop long. 1h50, cela peut sembler peu si on compare avec les standards d’aujourd’hui dépassant souvent les 2h. Mais Golden Glove comporte des longueurs, surtout au début de sa deuxième moitié. Néanmoins, le temps passe malgré tout assez vite.

LES PLUSLES MOINS
♥ L’excellent casting
♥ L’ambiance glauque et sale
♥ La bonne mise en scène
⊗ Assez difficile d’accès
⊗ Quelques longueurs à mi-parcours
Cette dernière bobine en date de Fatih Akin est vraiment un film à part. Cela n’a au final pas d’importance que l’expérience qui nous est proposée soit bonne ou mauvaise. Golden Gloves est une curiosité à découvrir si vous vous en sentez le courage.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le film a remporté le prix des meilleurs maquillages aux German Film Awards 2019. Il était également nominé dans les catégories Meilleur Acteur, Meilleure Actrice dans un Second Rôle ou encore Meilleurs Costumes.
• Adam Bousdoukos, héros de Soul Kitchen également réalisé par Fatih Akin, tient dans Golden Glove un tout petit rôle.
• Fatih Akin avoue s’être inspiré de films tels que Tu ne tueras point de Krzysztof Kieslowski, Caché et Funny Games de Michael Haneke, Quasimodo de William Dieterle et Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy, pour réaliser Golden Gloves.
• Pour ressembler à Fritz Honka, le comédien Jonas Dassler a dû subir une métamorphose complète. Pour le strabisme, il était d’abord prévu de le créer numériquement avant de se tourner vers une entreprise de fabrication de lentilles à Londres (qui a également fourni la production de Pirates des Caraïbes).


Titre : Golden Glove / Der goldene Handschuh
Année : 2019
Durée : 1h49
Origine : Allemagne / France
Genre : Bizarrerie
Réalisateur : Fatih Akin
Scénario : Fatih Akin, Heinz Strunk

Acteurs : Jonas Dassler, Margarete Tiesel, Katja Studt, Marc Hosemann, Martina Eitner-Acheampong, Adam Bousdoukos, Victoria Trautmansdorff, Uwe Rodhe

 Golden Glove (2019) on IMDb


Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

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2 Comments

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  1. Du réalisateur, j’avais adoré son Soul Kitchen que j’avais vu plusieurs fois sur grand écran à l’époque où je bossais au cinéma.
    Bon là, ça a l’air d’être l’exact opposé, rien pour faire rire, rien de feel good, juste un film froid et dégénéré, ça peut-être intéressant à condition d’être dans le bon état d’esprit. Je prends note !

  2. C’est exactement ça. Il faut se mettre en condition pour savoir dans quoi on se lance. C’est compliqué de dire si le film est bien ou pas bien car il ne cherche jamais à plaire. Il cherche à nous amener au plus proche des activités immondes de ce serial killer, de manière crue. Nous sommes d’accord que vraiment rien à voir avec Soul Kitchen (je me suis rematé la bande annonce juste après d’ailleurs).

    C’est pour ça que je n’ai pas mis de note au film.

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