[Film] Godzilla, de Honda Ishirô (1954)

Une série de naufrages inexpliqués défraie la chronique japonaise. Au même moment, à la suite de plusieurs pêches infructueuses, les insulaires de l’île Odo organisent une cérémonie pour apaiser la colère de “Gojira”, un dragon marin vénéré depuis des temps immémoriaux. Mais la nuit venue, quelque chose débarque sur l’île dans une tempête et piétine le village. Le lendemain, le professeur Kyohei Yamane examine le sol et découvre des traces de radioactivité ainsi qu’un trilobite. Un gigantesque monstre reptilien apparaît bientôt aux yeux de tous, avant de s’enfoncer dans la mer.


Avis de Rick :
1954, la naissance d’un mythe continuant encore aujourd’hui, 63 ans plus tard. Un film culte, lançant une des sagas les plus longues de l’histoire du cinéma. Au début des années 50, le Japon est traumatisé par la grande guerre, et la bombe atomique. King Kong lui ressort sur les écrans, et d’autres monstres font leur apparition au cinéma. Il n’en faut pas plus pour que le Japon se lance à son tour dans le genre, tout en mettant sur la pellicule leur peur du nucléaire. Godzilla est né, Gojira pour les intimes. Et le plus étonnant, 63 ans après, et plus de 25 films après, c’est que ce premier opus est au final très différent de tout ce qui a suivit, puisque si Godzilla a lancé le monstre sur les écrans en 1954, c’est Le Retour de Godzilla en 1955 qui lança la saga sur la voie qu’elle suivra par la suite, à savoir notre lézard radioactif affrontant d’autres monstres. Que peut-on donc dire de Godzilla autant d’années après ? Forcément, il a vieillit par certains aspects. Certains effets spéciaux notamment font aujourd’hui sourire, lorsque l’on voit ses plans de voitures qui foncent dans des murs et se renversent, et qui ne sont, avouons le clairement, que des vulgaires jouets. Oui, le costume de l’acteur jouant Godzilla était loin d’être parfait, et cela se voit dans certains plans montrant l’animal de trop près, ou étant trop bien éclairé. Et pourtant, Godzilla reste un grand film, un film culte, un film unique et important. Et oui tout simplement un bon film, et probablement l’opus le plus pessimiste de la longue saga. Qui malheureusement fut détruit lors de sa sortie en Amérique avec un remontage intégral et de nouvelles scènes tournées pour insérer un personnage Américain dans le récit, mais là est une autre histoire.

Godzilla nous raconte donc l’histoire de, vous vous en doutez, Godzilla, sa toute première apparition au Japon et sur les écrans. Des pécheurs disparaissent, des bateaux coulent, les légendes des locaux parlent d’un monstre datant de la préhistoire. Le gouvernement s’inquiète, tout comme les habitants, les journalistes sont à la recherche d’un gros titre. Puis un bon matin, des destructions, des traces de pas géantes sur le plage, et encore plus alarmant, des traces de radioactivité et même d’une trace de vie datant de plusieurs millions d’années. La première force de Godzilla, c’est avant tout son intrigue. Les personnages humains sont intéressants, les explications traitées avec le plus grand des sérieux et du coup passent comme une lettre à la poste. Le film prend son temps avant de nous révéler son monstre sacré, et ça fonctionne. La terre tremble, des bruits de pas, puis un cri qui retentit, un gros plan sur une partie de son corps, avant que la créature ne soit révélée dans son intégralité. C’est ce qui rend ses apparitions, pourtant rares, prenantes et réussies malgré une technique qui a vieillie, mais qui innovait pour l’époque où l’on faisait surtout appel à du stop motion. Rien de tout ça ici puisqu’il s’agira la majeure partie du temps d’un homme en costume qui fera voler en éclat des maquettes. Les choix de Honda Ishirô à la mise en scène seront également pour beaucoup dans la réussite du métrage. Car si certains effets ont vieillis, les apparitions du monstre tiennent toujours la route. Le réalisateur fait en effet le choix de révéler son monstre lors de scènes nocturnes, et peut ainsi jouer sur le côté crépusculaire de ces attaques, sur les ombres et l’obscurité, et donne un côté terrifiant et réaliste à ce qu’il se passe.

Autre choix payant, il filmera Godzilla au ralenti, donnant alors une lourdeur à ses mouvements, un côté majestueux, dangereux et imposant. Mais encore une fois, les apparitions du monstre sont au final assez rares, et on sent bien que le cœur du métrage, ce qu’il veut nous raconter se trouve ailleurs, dans son texte. Oui, Godzilla traite de la menace nucléaire, de la morale humaine, et le fait de manière astucieuse. Certaines scènes sont sacrément sombres, comme lorsqu’une mère et ses enfants se retrouve bloqués sur un toit face à notre Gojira, et qu’elle dira à ses enfants « nous allons bientôt rejoindre votre père ». Même cas de figure lorsque la caméra de Honda se focalise sur les blessés empilés dans les hôpitaux, ou sur la ville en flamme, images apocalyptiques par excellence. Le métrage a énormément à proposer, et si le poids des années lui retire certaines choses, il n’en demeure pas moins qu’il reste efficace et intéressant. Et étonnant puisque comme dit plus haut, dés le film suivant, la saga se lancera dans des combats entre Kaiju (comme dans la majeure partie de la saga) et oubliera le ralenti au profit de l’accéléré, pour un résultat bien moins convaincant.

LES PLUSLES MOINS
♥ La naissance d’un mythe
♥ Les thèmes du film
♥ Quelques images saisissantes
♥ Quelques moments très bien trouvés
⊗ Quelques moments un peu vieillots
note8
Godzilla restera toujours un film culte. Des années après, s’il a prit un petit coup de vieux, il reste néanmoins efficace et parsemé d’excellents moments.



Titre : Godzilla – Gojira – ゴジラ

Année : 1954
Durée :
1h36
Origine :
Japon
Genre :
Kaiju Eiga
Réalisation : 
Honda Ishirô
Scénario : 
Honda Ishirô et Murata Takeo
Avec :
Takarada Akira, Kôchi Momoko, Hirata Akihiko, Shimura Takashi, Murakami Fuyuki et Sakai Sachio

 Godzilla (1954) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

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13 Comments

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  1. Cult (pour que même la pop culture international le reconnaisse comme tel).
    Et….bien foutu en faite.

    Sans oublié son theme musicale:

  2. Ah ce thème musical <3
    Oui, Godzilla a même eu droit à son étoile sur Hollywood Boulevard, c'est pas rien ^^

  3. Quel beau film… Revu il y a peu. La musique, le cri de Godzilla, les effets spéciaux à l’ancienne… C’est magique.

    1. D’ailleurs ça y est, j’ai trouvé le courage, j’ai terminé les pires opus, j’ai survécu au FILS, j’ai survécu au GODZILLA’S REVENGE abominable, à Gigan, à Megalon, je peux continuer en repartant sur de bonnes bases.

  4. En tant que fan de ciné asiat il fallait que je vois ce film car j’avais vu que la première version version Ricaine.
    J’ai été agréablement surpris par ce film qui n’a absolument rien d’un nanar les effet spéciaux sont d’un autre temps mais sont soigné les maquette ont de la gueule il a juste le costume et les voitures Playmobil comme tu le dis. Ca joue plutôt pas mal c’est bien filé. Il y a détail que j’aime bien c’est que Godzilla apparait a cause des scientifique mais c’est aussi grâce a la science qu’on s’en débarrasse. Souvent dans les films populaire les scientifiques sont le mal ils sont froid insensible et le monde est sauvé par quelqu’un de courageux qui écoute ses émotion sans réfléchir.
    Bon après le truc c’est que j’aime bien les vieux film mais j’ai beaucoup de mal avec les effet spéciaux a l’ancienne je vois un mec avec un costume qui écrase des maquette ca me sort du film je n’y crois plu, je préfère les images de synthèse.

    Bon maintenant je vais râler.
    Quand un blockbuster sort il en prend souvent plein la tronche si il y a des incohérence ce qui est normal si le scénar n’est pas top pareil.
    La dans godizilla ca n’arrête pas les incohérences et le fait que le film soit de 1954 n’est pas une excuse les gens n’étaient pas plus con a l’époque.
    Exemple on décide d’attendre que 17 bateaux coulent pour interdire la navigation dans cette zone alors que tout le pays est en alerte des le deuxième.

    Personne n’a jamais vu Godzilla sauf un petit village de pécheur !!! Non mais t’as vu la taille du monstre la taille des traces de pas il faut trembler le sol et il n’y a personne d’autre au courant.

    Ce serait un descendant des dinosaure qui aurait muté caché dans une grotte sous marine … sans commentaire

    Le gentil scientifique “ils veulent tous le tuer alors qu’on devrait l’étudier. Il faut juste 100 mètres de haut et il est super agressif mais oui c’est tout a fais possible de l’étudier.

    Et la toi tu écrit “les explications traitées avec le plus grand des sérieux et du coup passent comme une lettre à la poste” non désolé c’est pas du tout passé. bon t’es pas le seul la majorité des critique sont dur avec les blockbuster et surcotent les vieux films ou plutôt oublient les défauts.

    1. “Ce serait un descendant des dinosaure qui aurait muté caché dans une grotte sous marine … sans commentaire”
      Bah il est ou le souci ? Dans Jurassic Park les moustiques ont chopé la matériel génétique de plein d’espèces et il est encore utilisable ? C’est encore plus abusé^^ Et j’adore Jurassic Park hein.
      Du coup moi, même si je taille parfois les blockbusters, c’est pas spécialement pour ces explications là. Souvent c’est une question de trop plein d’effets spéciaux ou de paresse d’écriture (genre dans Jurassic World 2, le bassin du dinosaure marin, d’un seul coup il est au bord de la mer alors qu’il était au centre de l’ïle dans le premier. ça c’est une vraie incohérence due à une grosse paresse d’écriture)
      Moi j’aime les effets à l’ancienne parce qu’ils ont du relief, du poids. Les CGI ont souvent l’air fake. Mais encore une fois, ça dépend des films. Encore une fois, le premier Jurassic Park est un modèle du genre. Des animatroniques réels pour les gros plans avec un effet très réaliste, et des CGI soignés pour les plans larges. Et pas TROP ! Il y a à peine 10min de CGI dans Jurassic Park et du coup ils les ont soignés.
       
      Sinon je note que tu as apprécié le film mais tu ne parles pas d’un élément très important. Non seulement ce n’est pas un nanar du tout, mais c’est aussi une gueuante anti-nucléaire poussée même pas 10 ans après que le Japon ait reçu 2 bombes dans la gueule. On sent bien lors des scènes qui montrent les blessés qu’il y a une sorte d’ambiance “après guerre” assez dramatique.
      Le film a forcément pris un petit coup de vieux (1954 quand même) mais il reste très bon.^^
       
      Et il en faut des gens qui défendent les vieux films, parce qu’il y a plein de gens qui crachent dessus dès que c’est pas en couleurs comme des méprisants^^ Après oui, je suis d’accord que des incohérences il y en a à toutes les époques. Mais certaines sont vraiment secondaires. Godzilla vit sous l’eau, il est sorti une nuit, donc ouais seul un village l’a vu. Why not ?^^
       

    2. Ah ça le film n’est pas parfait, mais certains éléments que tu ne cites ne m’ont pas dérangés car le reste est traité avec sérieux, tout comme les effets spéciaux comme tu le dis (sauf oui, les voitures, ça fait sourire aujourd’hui 😀 )

      Après je ne descend pas tant que ça les blockbusters actuels, enfin du moins j’en critique très peu sur ce site (les Star Wars et encore, le film Solo ne m’intéressant pas je ne l’ai pas vu, le Jurassic World 2 justement cité par Matt car autant finir la saga). Je parle très peu de blockbusters actuels car une tonne de sites le font déjà, probablement mieux que moi d’ailleurs 🙂 Mais j’y viendrais très bientôt avec les James Bond récents, les Star Trek récents, dont certains qui auront de très bonnes notes ^^ 

      1. Moi le côté un peu kitsch des vieux films je trouve ça charmant. Comme le coup des voitures^^
        Alors qu’une créature en CGI qui a vieilli, punaise y’a aucun charme, on se croirait devant des graphismes de PS2 dans un film et ça fait bobo aux yeux (genre “la mutante”)
        C’est peut être parce que je suis habitué aux jeux vidéo que je crains ce rendu pas du tout naturel dans un film, alors que d’autres s’en ficheront. Mais bon…

        1. Ah mais si tu nous sors l’exemple de la Mutante aussi… Bon j’ai le Blu-Ray, j’aime bien le film, mais le film quand la mutante est en CGI oui, ça pique les yeux. Alors que tout ce qu’il y a avant le final, ben ça fonctionne plutôt bien, même si en soit ce n’est pas un grand film, loin de là.

  5. Matt pour les effet spéciaux numérique c’est une juste une histoire de gout et ont peut en mètre autant qu’on veut du moment que c’est réussit interstéllar est composé a 70% en image de synthèse et je ne trouve pas qu’il y en ait trop, après des fois il y en a pour rien genre couché de soleil rayon de lumière en image de synthèse la ca sert a rien. Après moi non plus j’aime pas les vielles images de synthèse c’était le début c’était moche comme les premier appareil photo numérique.
    La grotte Why not ? Ca veut dire que toute une colonie de dinosaure ont décidé d’allé ce cacher dans une grotte et de la refermer et elle devait être sacrément grande cette grotte car ca bouffe un dino.
    Pour ce qui est des vieux film on doit pas parler aux même personnes j’aime les vieux western mais des fois je tombe sur des truc tout pourris
    Exemple L’Homme qui n’a pas d’étoile avec kirk douglas j’ais trouvé ca nul humour lourd acteur mauvais comme tout et quand je vois les deux critique je me dis qu’ils ont du prendre de la drogue dure.
    http://www.allocine.fr/film/fichefilm-36143/critiques/presse/

    Rick je parlait des critiques en général je sais que tu n’est pas très blockbuster (moi aussi d’ailleurs).

    1. Bah oui y’a des trucs nuls dans les vieux films aussi. A toute époque en fait. Il ne s’agit pas de les défendre parce qu’ils sont vieux^^
      Juste de dire que certains sont bons et qu’il ne faut pas les juger sur des critères d’aujourd’hui genre “beuh y’a pas de couleur” ou “beuh y’a pas d’images de synthèse c’est moche” Bah oui forcément que y’en a pas…on a le droit d’avoir des préférences mais c’est ridicule de reprocher à un super vieux films d’avoir de vieux effets spéciaux. Forcément oui…^^
      Après ceux qui ne peuvent vraiment pas supporter, bah qu’ils ne regardent pas de vieux films. Mais inutile de s’acharner dessus.
       
      Sinon pour la grotte, il y a des crevasses gigantesques dans les profondeurs des océans. Et des animaux préhistoriques chelou, il en existe encore^^ Pas de cette taille certes, mais certains poissons flippants qui n’ont pas vraiment évolué depuis des millénaires, il en reste. Le film nous demande juste de croire qu’un de ces machins serait remonté et aurait été contaminé par des radiations.
      Après oui évidemment on sait que les radiations aujourd’hui, ça peut rendre malade et tuer, mais ça ne nous transforme pas en monstre géant^^ Mais ça on s’en fout. C’est le principe du film de monstre. La réalité scientifique n’a pas à être ultra respecté. Et puis à l’époque, on ne savait tout simplement pas ce que pouvait faire les radiations.

    2. Et d’ailleurs oui, c’est tout récent qu’il a grossi le Godzilla. A cause du nucléaire. Du coup probable que sa grotte n’est plus assez grande, ce qui fait qu’il débarque ^^

    3. Oui j’en regarde mais ce n’est pas trop mon truc, je ne court pas derrière ^^ 

      Mais oui, vieux films ou films récents, CGI ou effets à l’ancienne, ce n’est au final pas franchement le plus important. Faire un bon film par contre oui. La saga Godzilla en est d’ailleurs un bon exemple, elle a beaucoup évoluée dans ses effets spéciaux, et il y a de mauvais opus autant dans les anciens que dans les un peu plus récents (ce qui me fait penser que j’ai la seconde partie du film d’animation à voir).

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