[Film] Demon of the Lute, de Tang Tak-Cheung (1983)


Un jeune homme, accompagné de quelques personnages hauts en couleurs, va tenter de mettre la main sur un arc magique et ses trois flèches avant que le démon au luth n’y parvienne. Avec l’aide de ses nombreux sbires, ce chevalier maléfique espère ainsi posséder les armes les plus puissantes qui lui permettront de régner sur le Jiang Hu.


Avis de Sanjuro :
Vous aimez les wu xia-pian hystéro-gol qui filent à 100 à l’heure sans la moindre logique ? Vous aimez les scénarios bourrés de péripéties ronge-cerveau et les twists improbables ? Vous aimez les gros nanars jouissifs dans lesquels le kitsch et le n’importe quoi sont érigés en valeurs suprêmes ? Si tel est le cas, Demon of the lute devrait vous intéresser tant il est symptomatique de la décadence caractérisant la fin du règne de la Shaw Brothers (en gros c’est un peu comme Buddha’s palm mais en encore plus con !).

Film de fantasy pour enfants (comme en témoigne le générique de début constitué de dessins type BD sous fond de disco psychotique !) probablement réalisé sous l’influence de psychotropes, Demon of the Lute ne s’encombre pas d’une quelconque recherche scénaristique ou de personnages élaborés tant tout semble balancé à la va comme je te pousse dans ce récit dénué de la moindre cohérence où les nombreux protagonistes apparaissent et disparaissent sans raison apparente et trouvent les objets magiques, tant convoités, au petit bonheur la chance. Disons-le tout de suite, le script de Demon of the Lute est un bordel sans nom ! Au bout d’une demi-heure, on ne cherche même plus à comprendre les motivations d’untel (et pourtant l’histoire est d’une simplicité… enfantine !) et on se contente d’admirer le spectacle hautement psychotronique qui s’offre à nos yeux ébahis. Rien que la galerie de personnages vaut son pesant de cacahuètes… Du côté des gentils on a un voleur muni de 3 bras (Philip Kwok), son fiston (un petit gamin fortiche en kung-fu : pour que le public ciblé s’identifie à un des héros), un forgeron neuneu (Chin Siu-Ho) qui fait équipe avec son chien (lui aussi forgeron donc…), un vieil ivrogne (mais en fait il s’agit d’un des plus jeunes de la bande !), une épéiste (Kara Hui) qui ne se sépare jamais de son lapin en peluche ainsi qu’un bûcheron qui trimballe son énorme tirelire en forme de cochon sous le bras (!!!). Et en ce qui concerne les vilains, la galerie de portraits s’avère encore plus carnavalesque ! Etant donné qu’ils sont très nombreux, je mentionnerais juste l’hilarant homme aigle (un mec dans un costume de piaf tout pourri…On n’est pas loin de Richard Ng dans Mr Vampire 3, sauf que là c’est pas censé être drôle !) sans oublier le guerrier campé par un Lee Hoi-San doté d’une magnifique chevelure rose fluo, d’une hache démesurée et d’un char tiré par des bergers allemands… Bref, tout un programme ! A vous de découvrir les autres méchants (qui possèdent tous un pouvoir spécial), ils valent le coup d’œil, croyez-moi !

Bien sûr, le film de Tang Tak-Cheung ne serait pas un magnifique portnawak digne de ce nom s’il ne se déroulait pas dans des décors totalement improbables à mi-chemin entre l’irrésistible esthétique de studio typique de la Shaw et un décorum, on ne peut plus kitsch, constitué de petits animaux mignons (lapins, canards, etc…), de champignons géants (comme dans les schtroumpfs), de grottes éclairées comme des boîtes de nuit (avec des trous dans les parois pour laisser passer les -nombreux- spots de couleur), sans oublier une forêt dans laquelle trône un magnifique squelette de dinosaure (en plastoc). Ces décors sont généralement le théâtre de diverses joutes aussi surréalistes qu’hystériques où tout tourne, vole, se transforme (etc.…) sans la moindre logique. On retiendra en particulier cette séquence nous montrant un des héros attaqué, respectivement, par une calèche hantée qui fait des cabrioles, des arbres vindicatifs tout droit sortis d’Evil Dead et, pour finir, une sorte d’énorme boule à facettes disco… Oui, vous avez bien lu ! A ce titre, on peut se demander si « disco ! » n’était pas en quelque sorte le cri de ralliement sur le plateau tant tout dans ce film respire la saturday night fever, que ce soit la musique ou bien le design, on ne peut plus psychédélique, des armes dont le désormais mythique luth magique (aux cordes faites de ligaments de dinosaure !) qui ressemble, à s’y méprendre, à un juke box couvert de petites loupiotes multicolores. Au rayon des détails « plus nanar tu meurs » on signalera, entre autres, des scènes de comédie tellement basses du front que seuls les plus gros consommateurs d’humour cantonais peuvent en saisir la substantifique moelle, des acteurs qui perdent leur postiche en temps réel et, surtout, une morale finale énoncée par…Un perroquet ! Que du beau, que du lourd… Dommage cependant qu’une une grosse baisse de régime peu avant le final vienne plomber le délire. Si le film avait duré moins d’une heure et demie il n’en aurait été que plus efficace.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un film complètement fou
♥ Un excellent casting martial
♥ Certaines scènes bien barrées
♥ 10 idées à la seconde
⊗ Petit ventre mou
⊗ Déconseillé aux allergiques du genre
Un pur WXP psychotronique à réserver aux gros déviants qui, comme moi, applaudissent des 2 mains et des 2 pieds devant les Buddha’s palm, Mighty Peking man, Holy Flame of the Martial World, Boxer’s Omen et autres monuments de grosse pantalonnade bis made in Shaw brothers.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le réalisateur Tang Tak-Cheung ne mettra en scène qu’un seul autre film, Long Road to Gallantry en 1984). Il préféra se concentrer sur son métier d’acteur avec plus de 100 films à son compteur entre 1969 et 2010.


Demon of the Lute est sorti chez Spectrum Films en Blu-ray en coffret avec Holy Flame of the Martial World au prix de 30€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : Présentation du film par Arnaud Lanuque, Le déclin de la SB par Arnaud Lanuque, Interview de Candy Wen, portrait de Mona Fong, Entretien avec Chin Siu-ho par Frédric Ambroisine, jaquette réversible et bande annonce.



Titre : Demon of the Lute / 六指琴魔
Année : 1983
Durée : 1h41
Origine : Hong Kong
Genre : Wu Xia Pian Fantasy Fou
Réalisateur : Tang Tak-Cheung
Scénario : Tang Tak-Cheung

Acteurs : Chin Siu-Ho, Kara Hui, Kei Kong-Hung, Phillip Kwok, Lung Tien-Hsiang, Jason Pai Piao, Hau Bing-Ying, Lee Hoi-Sang, Kwan Fung, Yuen Tak, Wong Lik

 Liu zhi qin mo (1983) on IMDb


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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Matt
Matt
20 octobre 2021 20:57

« On retiendra en particulier cette séquence nous montrant un des héros attaqué, respectivement, par une calèche hantée qui fait des cabrioles, des arbres vindicatifs tout droit sortis d’Evil Dead et, pour finir, une sorte d’énorme boule à facettes disco… Oui, vous avez bien lu ! A ce titre, on peut se demander si « disco ! » n’était pas en quelque sorte le cri de ralliement sur le plateau tant tout dans ce film respire la saturday night fever, que ce soit la musique ou bien le design, on ne peut plus psychédélique, des armes dont le désormais mythique luth magique (aux cordes faites de ligaments de dinosaure !) qui ressemble, à s’y méprendre, à un juke box couvert de petites loupiotes multicolores. « 

Ok…y’a moyen que ce soit un peu too much pour moi ^^
Même si j’aime certains wu xia pian des années 90 un peu barrés.
Je crois que je vais en rester aux bastard swordsman

Feroner
Feroner(@feroner)
Administrateur
Reply to  Cherycok
21 octobre 2021 9:30

C’est ca que j’aime dans le cinéma HK. Il y a des films ou absolument tout peut arriver.

Matt
Matt
Reply to  Cherycok
21 octobre 2021 9:42

Je voulais plutôt dire années 80. Les trucs un peu délirants comme Histoire de fantômes chinois, Zu, etc. Il y a des bouffonneries cartoonesques, un moine qui fait du rap…mais là ton truc c’est un autre level ^^

Faze
Faze(@faze)
21 octobre 2021 1:09

Perso , Chery à de nouveau cité Buddha’s Palm , donc obligé que je me le procure ! 😀

Plus sérieusement , Chery, si tu passes ici , peux tu me dire si le film est pas trop fait pour les enfants à la base ? Ou le délire est suffisament con et regressif pour que ça passe crème pour l’amateur de WxP complètement à la ramasse ? (20 ans après Mr Vampire 2 me hante toujours et je veux plus jamais revivre ça !!)

Faze
Faze(@faze)
Reply to  Cherycok
22 octobre 2021 0:14

Merci patron ! (j’avoue que le style de Sanjuro est un plagiat incontesté du dénicheur de nanars et films « autres » de Darkside … 😉 haha)

Feroner
Feroner(@feroner)
Administrateur
21 octobre 2021 11:43

Tu m’as bien chauffé avec ces critiques. J’ai reçu ma commande ce week-end ça va être Shaw Brother sous acides. Dans les années 90 il y a eu évil cult qui était dans ce style.
Ils ont produit pas mal de truc barge à la Shaw Brother. Le colosse de Hong Kong super inframan, mini skirt gang. Mais ça c’était plus pour suivre ce qui ce faisait à l’étranger.

Feroner
Feroner(@feroner)
Administrateur
29 octobre 2021 19:16

J’ai trouvé ça nettement moins bien que Holly flame. Alors oui niveau délires ont est comblé mais je me suis pas mal ennuyé. Comme tu dis l’histoire est quasiment impossible à suivre les combats sont assez nul à part le final. Et le gamin et certains acteurs sont super énervant.