[Film] Darlin’, de Pollyanna McIntosh (2019)


Un soir, une adolescente muette et crasseuse se fait renverser par une ambulance devant un hôpital. Elle est prise en charge, le personnel ignorant qu’elle a été amenée ici par The Woman, qui l’a élevée dans les bois pendant des années. Darlin’, qui a reçu son nom du bracelet qu’elle porte, est transférée au pensionnat catholique pour filles St Philomena, où l’évêque voit là l’occasion de mettre les projecteurs sur son institution.


Avis de Rick :
Un grand retour en arrière s’impose pour parler correctement de Darlin’, qui attend toujours une éventuelle sortie Française. Car Darlin’ est le troisième opus d’une trilogie ayant pour base les travaux de l’auteur Jack Ketchum, décédé depuis le 24 Janvier 2018. Jack Ketchum, après des romans coup de poings (littéralement), s’associe avec le producteur Andrew van den Houten, qui malgré une carrière bien remplie, voit au centre de sa carrière l’œuvre de Ketchum. Pourtant, l’aventure de Ketchum au cinéma débute en 2006 sans Andrew van den Houten, lorsque Chris Sivertson réalise l’excellent et exigeant the Lost, son second long métrage après All Cheerleaders Die, un film qu’il coréalise en 2001 avec Lucky McKee. Oui, tout est lié ! Car lorsque van den Houten commence à produire des adaptations de Ketchum, il s’attaque forcément en premier lieu à The Girl Next Door, un des romans les plus connus et chocs de son auteur. Puis il s’attaque à Offspring, qu’il réalise pour le coup lui-même. Un essai en demi-teinte, le film manquant d’ambition et étant bien trop bancal. Mais ce film est le premier de la trilogie, nous présentant pour la première fois le personnage de la femme jouée par Pollyanna McIntosh. Mais oui, c’était moyen, et c’est ainsi que rentre en scène Lucky McKee, qui écrit alors avec Jack Ketchum une suite à Offspring, The Woman, mettant donc la femme animale au premier plan. C’était en 2011, et The Woman fit parler de lui en festival. Lucky McKee a réalisé un film coup de poing, on adore ou on déteste, on en supporte les excès et la violence, ou pas. Pour ma part, j’avais littéralement adoré cette proposition malsaine, ce film d’horreur qui sous ces excès de violences à la fois morales et physiques avait finalement pas mal de choses à raconter. Et finalement, Andrew van den Houten, Lucky McKee et Jack Ketchum décident alors de produire un dernier opus, et c’est Pollyanna McIntosh, tenant donc le rôle principal de la trilogie, qui décide d’écrire et réaliser ce dernier opus, se déroulant des années après The Woman. Darlin’, c’est donc l’occasion de voir la fin de l’histoire, de revoir la femme animale sur le devant de la scène, mais également l’occasion de voir ce que Pollyanna McIntosh peut faire pour son premier scénario et sa première réalisation. Tout en voyant donc la dernière œuvre cinématographique à laquelle Jack Ketchum aura participé en temps que producteur exécutif.

Mais passer après Lucky McKee et the Woman n’est pas une tâche aisée… Alors on ne va pas passer par quarante chemins après cette introduction bien trop longue. Darlin’ est une bonne suite, et un bon film ! Mais Darlin’ ne tient pas la comparaison face à The Woman. Darlin’ est plein de bonnes intentions, et il est par moment touché par des moments de grâce, vite contrebalancés par des moments plus discutables voir ratés parfois. La mise en scène de McIntosh est souvent jolie et habile, mais manque clairement de fond. Oui Darlin’ déçoit, tout en étant un bon film. Après McKee qui s’était bien amusé à défoncer littéralement la famille belle sous tout rapport et surtout à défoncer, dans tous les sens du terme, la domination masculine dans the Woman, qu’est-ce que Darlin’ nous propose ? Le métrage reprend bien des années après The Woman, et Darlin’, nommée ainsi de par le bracelet qu’elle porte, arrive dans un hôpital, envoyée par la fameuse femme toujours jouée par McIntosh, pour une raison au départ inconnue et qui nous sera révélée bien plus tard. Mais très rapidement, elle est envoyée dans un institut religieux non loin de là, institut qui va essayer de la sociabiliser et de l’humaniser grâce aux préceptes de notre seigneur Jesus Christ… Oui, même moi j’ai du mal à croire que j’arrive à écrire cela ! D’un côté, la majeure partie du temps, nous allons donc suivre le destin de Darlin dans cet institut, et vite comprendre les thèmes majeurs du métrage, et de l’autre, beaucoup moins présent et important, la recherche par la fameuse Woman de Darlin. Et c’est dommage, mais les instants concernant la femme animale, bien qu’étant les moments les plus violents visuellement du métrage, sont pourtant les moins convaincants. McIntosh, en tant que réalisatrice, semble moins intéressée par ces débordements et préfère s’axer sur l’intrigue concernant Darlin.

Et c’est bien souvent dans ces moments là que le film trouve ses meilleurs moments, et même quelques moments de grâce. Darlin, ne parlant pas, grognant, se comportant comme un animal, va tant bien que mal évoluer dans ce nouvel univers, un univers religieux pas forcément très saint (ironique n’est-ce pas ?) que la réalisatrice va s’amuser à démonter comme McKee avait démonté la famille US typique. D’ailleurs, soulignons le jeu de Lauryn Canny qui incarne Darlin avec férocité, mais aussi tendresse a de nombreux instants, permettant à de nombreuses scènes de fonctionner alors qu’elles auraient très rapidement pu être tournées au ridicule. Elle est sans doute la révélation du métrage. Ses différentes interactions, que ce soit avec les nonnes de l’institut, ou avec les autres adolescentes autour d’elle, ont quelque chose d’assez touchant par moment. Même sa sympathie avec Tony, un infirmier qui aura contrairement à beaucoup la chance de côtoyer à la fois Darlin et The Woman, et de rester en vie, fonctionne bien. On remarquera d’ailleurs souvent que ce sont les moments les plus contemplatifs et donc les moins bavards qui fonctionnent le mieux à travers le métrage. Il faut dire que le casting fait du bon boulot, que ce soit Cooper Andrews dans le rôle de l’infirmier au grand cœur, de Bryan Batt dans le rôle du détestable évêque, ou même les autres. Pas de grosses fausses notes à souligner à ce niveau. Pour sa première réalisation, Pollyanna McIntosh livre une copie très propre, soignée à tout niveau, et au rythme plus calme que les deux précédents métrages, sans que cela ne soit mauvais en soit.

Par contre, j’aurais à titre personnel moins adhéré à l’univers sonore de ce troisième volet. Loin de l’ambiance sombre et malsaine du premier, et de l’ambiance rock de The Woman, Darlin fait souvent le choix d’utiliser des chansons à sonorité plus pop. Pas un mauvais choix vu l’ambiance du métrage, mais un choix qui me parle sans doute un peu moins, et qui s’avère même en soit un peu plus classique. Le reste de la bande son accompagnant les scènes plus calmes est bien plus convaincant. En fait oui, réellement, la vraie déception de ce métrage concernera l’arc narratif de The Woman en elle-même, moins intéressant, ou disons plutôt peuplé de nouveaux personnages à la limite de la caricature, notamment lors de la seconde partie du métrage. Oui, c’est très en retrait, mais c’est un peu dommage sachant que le personnage est au centre des trois films au final. Enfin, notons que malgré des débordements gores et quelques scènes forcément assez malsaines, Darlin’ se fait également plus calme que les deux précédents volets, accordant donc plus d’importance au développement de son personnage principal, que ce soit au niveau humain ou social, qu’au reste. Cela permet une approche et une sensibilité différente pour le métrage, et c’est encore une fois bienvenu. Darlin’ est donc un bon film, et tout amateur des deux précédents volets, ou du moins du second, devrait le voir afin de boucler la boucle. Ce n’est pas parfait, mais c’est une conclusion satisfaisante malgré un côté prévisible, et pour un premier film, c’est également du bon boulot.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une bonne conclusion
♥ Darlin, un personnage attachant
♥ Excellent casting
♥ Quelques moments étonnement très beaux
⊗ Un côté horrifique un peu en retrait
⊗ Par moment, le film s’égare un peu
Pour son premier métrage en tant que réalisatrice, Pollyanna McIntosh met un terme à l’histoire de la femme animale, après Offspring et The Woman. Darlin’ est un film intéressant dans ses thèmes malgré un traitement assez prévisible, et si certains moments sont clairement ratés, d’autres se montrent touchants et forts réussis. Inégal mais bon, voir parfois très bon.



Titre : Darlin’
Année : 2019
Durée : 1h40
Origine : U.S.A.
Genre : Horreur
Réalisateur : Pollyanna McIntosh
Scénario : Pollyanna McIntosh

Acteurs : Lauryn Canny, Cooper Andrews, Kristina Arntz, Bryan Batt, Eugenie Bondurant, Pollyanna McIntosh et Lauren Ashley Carter

 Darlin' (2019) on IMDb


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Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

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