[Film] Blind Witness, de Mori Jun’ichi (2019)

Dans la nuit du jour de l’obtention de son diplôme de police, la jeune Hamanaka Natsume vit un événement qui va marquer à jamais sa vie : elle cause malgré elle un terrible accident de voiture dans lequel son frère, qui était passager, décède, et dans lequel elle perd la vue. Désormais aveugle, elle renonce à sa carrière dans les forces de l’ordre. Trois ans après le drame, Natsume est de nouveau impliquée dans une sombre affaire. Mais cette fois-ci, elle est témoin : croyant avoir entendu ce qui semblait être les appels à l’aide d’une fillette dans le coffre d’une voiture, elle va faire part de ses suspicions à la police mais personne ne la croit. Elle en est pourtant persuadé : un kidnappeur d’enfants rôde… et il n’en est pas à sa première victime.


Avis de Rick :
C’est avec une certaine nostalgie qu’en regardant quelques années en arrière, on en vient à regretter l’époque où Miike Takashi et Kitano Takeshi enchaînaient dans les années 90 les polars. Maintenant que le premier a des gros budgets et réalise souvent des films de studios visant un plus large public et que le second tourne beaucoup moins, il est facile de remarquer que les polars se font plus rares au Japon. Et c’est triste. Oui, j’adore les films policiers, les thrillers, films à suspense. Peu étonnant du coup que ce Mienai Mokugekisha, aussi connu sous plusieurs titres anglais, dont un simple The Witness, et Blind Witness (que je préfère car expliquant en deux mots tout le concept même du film), m’attirait dés le départ. Surtout qu’avec son pitch, comment ne pas penser à ces quelques films lointain avec des témoins aveugles ou encore muets, bref, avec un handicap certains, comme le sous estimé Jennifer 8 avec Lance Henriksen et Andy Garcia, Blink avec Madeleine Stone ou Témoin Muet. J’ignorais ceci dit que Blind Witness était un remake d’un film Coréen de 2011, sobrement intitulé Blind, mais qu’importe. De toute façon, tous les pays font des remakes, voilà voilà. De toute façon, le Japon n’a pas été le premier sur le coup, puisque la Chine aussi a flairé le filon et a fait son remake dés 2015. Mais je ne vais pas vous mentir, si Blind Witness n’est aucunement parfait, a quelques facilités venant (ou non) du film original dans son déroulement, et bien il s’est avéré être un polar comme je les aime, et il faut croire, pile comme je voulait en voir. Natsume est donc aveugle après un accident de voiture, qui en plus de lui avoir coûté la vue, a également coûté la vie de son jeune frère. Bref, une vie détruite, Natsume qui venait de réussir l’examen pour entrer dans la police plaque tout. On la retrouve trois ans plus tard, aveugle avec son chien, vivant toujours chez sa mère, et ayant toujours du mal à accepter la mort de son frère.

Et bien entendu, le destin va s’acharner sur elle puisqu’un soir, alors qu’elle rentre chez elle, elle est le témoin auditif d’un enlèvement. Bien entendu, la police ne la croit pas forcément au départ, avant qu’un autre témoin, un jeune skateur du coin, ne vienne valider le témoignage de Natsume, et que la police ne comprenne qu’il se trame vraiment quelque chose. Alors dans le fond, on est dans un thriller très classique, avec la traque d’un tueur en série ciblant des jeunes femmes, souvent fugueuses et travaillant dans l’industrie du sexe. Mais on est face à un film appliqué, fait avec sérieux, plutôt sobre et propre visuellement, et qui parvient à tenir en haleine tout du long, soit un tout petit peu plus de 2h. Et voir que le Japon pouvait encore livrer un polar de bonne tenue, remake ou non, et qui en plus ne recule pas forcément devant quelques passages véritablement saignants, puisqu’évidemment, nous aurons des victimes, parfois amputées de certaines parties de leur corps, et bien ça fait d’autant plus plaisir. Et si en plus, je ne connaissais absolument pas l’actrice principale, ancienne gravure idole, Yoshioka Riho, elle m’aura finalement surprise en étant convaincante en aveugle, et elle est épaulée par quelques acteurs chevronnés dans les seconds rôles. Quel plaisir par exemple de revoir Taguchi Tomorô dans le rôle du principal flic responsable de l’enquête, pour un rôle certes non principal, mais néanmoins bien présent et utile à l’intrigue, ce qui me semblait de plus en plus rare dés qu’il tournait dans un film de studio. Pareil, et même si son rôle reste limité et court, j’ai toujours plaisir à voir Kunimura Jun à l’écran. Bon, l’acteur jouant le tueur ne m’aura pas autant convaincu, paraissant trop clean pour le rôle, mais son temps de présence à l’écran diminue dans un sens ce constat, et empêche forcément un bien trop long développement, même si pour le coup, une fois le background évoqué, on aurait pu espérer mieux, un acteur plus effrayant ou au jeu plus marqué.

Néanmoins, passé cette petite déception, je dois bien avouer que Blind Witness fait ce qu’il doit faire, et le fait bien. L’enquête avance sans accroc et parvient à intéresser le spectateur, la mise en scène est solide, et certaines scènes assez tendues et prenant bien en compte le handicap de notre personnage principal fonctionne très bien, comme cette poursuite dans le métro Japonais, qui s’étire mais fonctionne au poil. Et puis mine de rien, le métrage est par moment assez violent Evidemment, ça aurait pu aller plus loin, mais est-ce que cela aurait été utile ? Pas vraiment au final. Le film sait finalement plutôt bien amener un petit élément choc quand il faut, assez pour nous faire réaliser la possible horreur de la situation. Et ce même si évidemment, le mode opératoire du tueur ne sera pas sans rappeler quelques autres films du genre, bien mieux maitrisés (et parfois bien moins), de grands films des années 90 que je ne citerais pas. Mais quand on emprunte pour faire du bon boulot derrière, il n’y a aucun souci. Sans doute que les plus pointilleux trouveront à redire sur certains éléments, ou sur le dernier acte du film, assez prévisible en soit dans le genre, mais dont un élément en particulier m’aura paru assez gros. Mais moi, j’ai préféré prendre le métrage pour ce qu’il me proposait, et j’ai été séduit et n’ai pas vu le temps passer durant ses 2h08, avec son récit fluide et intéressant bien que classique, ses bons acteurs 90% du temps, sa mise en scène sobre, et ses scènes à suspense qui sont bien huilées, et bien Blind Witness est un métrage parfaitement recommandable pour les amateurs du genre, qui fait bien les choses sans rien renouveler. En fait, ce genre de polar en provenance du Japon, ça me manquait.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un casting solide
♥ Des scènes de tension qui fonctionnent
♥ Un récit fluide qui intéresse
♥ Quelques moments assez violents
⊗ Le tueur aurait pu être plus effrayant
⊗ En soit la formule proposée est assez classique
note3
Blind Witness ne renouvelle pas le genre, d’ailleurs c’est un remake, mais il propose un thriller prenant et maîtrisé la plupart du temps qui fait passer un bon moment.


Titre : Blind Witness – The Witness – Mienai Mokugekisha – 見えない目撃者
Année : 2019
Durée :
2h08
Origine :
Japon
Genre :
Policier
Réalisation :
Mori Jun’ichi
Scénario :
Mori Jun’ichi et Fujii Kiyomi
Avec :
Yoshioka Riho, Takasugi Mahiro, Asaka Kôdai, Matsuda Miyuki, Matsudai Kôya, Taguchi Tomorô, Watanabe Daichi et Kunimura Jun

 Mienai mokugekisha (2019) on IMDb


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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Cherycok
Administrateur
30 mai 2022 15:31

Ca me fait penser que j’ai l’original coréen de 2011, je l’ai chopé il y a pas longtemps en plus car il avait une réputation plutôt correcte. Mais après m’être enchainé pas mal de polars / thriller coréens, j’ai décidé de faire une pause car à un moment donné j’ai eu l’impression de tourner en rond. Donc une pause s’impose. Cool en tout cas que le remake japonais vaille le détour.