[Avis] The Borderland, de Mathieu Weschler (2014)

Gabriel, traqueur de criminels en Asie pour le compte des services secrets britanniques, se retrouve obligé pour son ultime mission de retrouver un agent disparu dans une zone démilitarisée à la frontière nord-coréenne… Sur place il va lui-même être capturé et découvrir un trafic odieux auquel il va se charger de mettre fin, avant de s’échapper de la plus grande dictature du monde…


Avis de Postscriptom :
Le premier film live de Mathieu Weschler, réalisateur du déjà mythique THE TRASHMASTER, polar hard-boiled réalisé uniquement avec le jeu GTA 4 (PC) qui a prouvé qu’on pouvait faire un long-métrage complet de cette manière singulière (ma critique ICI) et avec quel résultat puisqu’il ne s’agissait ni plus ni moins que du meilleur film de genre français de ces trente dernières années, d’ailleurs pour ceux que ça intéresse (ou qui ne me croient pas…) il est toujours visible en intégralité ICI.

Mais Mathieu n’est pas un geek reclus dans sa chambre, il a vraiment étudié le cinéma, fait des pubs, des courts-métrages, notamment les sympathiques BLACKSHADOW et TIMING (déjà avec Seydina Balde), bref il avait tout les atouts dans sa manche (connaissance totale de la grammaire cinématographique, expérience du tournage live) pour séduire un grand producteur ayant vu et apprécié THE TRASHMASTER et susceptible de miser sur lui…
On pouvait attendre longtemps (on est en France je le rappelle) mais Seydina Balde, acteur, ami mais aussi co-producteur du film, a finalement donné sa chance à Mathieu… Avec Bey Logan d’ailleurs, sympathique british qu’on connaît bien ici pour avoir grandement contribué à la reconnaissance du cinéma asiatique dans les années 90 via la collection HKLEGENDS, il a même bossé avec Donnie Yen et se trouve être à l’origine de la (re)découverte des quarante minutes inédites du JEU DE LA MORT, bref un homme à cheval entre orient et occident qui ne pouvait qu’être sensible au style de THE TRASHMASTER, mix parfait entre le cinéma de Scorsese, Michael Bay (si) et les meilleurs réalisateurs de polars hong-kongais de la grande époque (John Woo, Johnny To…).

La question était donc de savoir si Mathieu pouvait transposer son style de mise en scène exigeante et complexe à l’échelle d’un long-métrage live, tourné de plus dans des conditions difficiles sur cinq petites semaines, en Chine et à Hong-Kong, le tout pour un budget plutôt serré d’un demi-million de dollars (en gros le salaire d’une journée de tournage pour le moins connu des Expendables) !…
La réponse est oui, car même si évidemment on ne pouvait pas s’attendre à un film de l’ampleur de THE TRASHMASTER ça n’a pas empêché Mathieu de faire preuve d’une ambition certaine (un film en Corée du Nord quand même !) tout en prenant en compte les limites de son budget, une grande partie de l’action se déroulant dans un bunker coréen (après une scène d’introduction à Hong-Kong) pour finir dans un no man’s land très symbolique…

Ce confinement qui aurait pu être fatal au film devient une force dès lors que le bunker devient une sorte d’espace mental délirant (métaphore de la Corée du Nord) dont le héros ne pense qu’à s’échapper en bottant le cul de tous ceux qui se dressent sur son chemin, ce qui nous vaut quelques scènes plutôt délirantes et surréalistes comme celle de la baston sur une carte du monde géante (ou ce plan « tournant » magnifique que je vous laisse découvrir…), toutes les règles de la plus élémentaire normalité étant bafouées dans ce pays qui marche sur la tête…
On retrouve bien sûr la mise en scène de Mathieu, avec toujours ce cinémascope classe et élégant qui ne s’apprend pas dans les écoles, et l’action n’est pas en reste bien sûr, intervenant de façon régulière de manière totalement décomplexée, parfaitement chorégraphiée et exécutée par Seydina Balde (cinq fois champion du monde de karaté). Mention spéciale aussi aux acteurs, tout particulièrement le grand méchant joué par Kirt Kishita, très crédible (et hilarant) dans son rôle de tortionnaire cinéphile (à l’image de son ex-grand leader Kim Jong-Il, dont je vous recommande les livres sur le septième art) et l’héroïne (Muriel Hofmann) superbe et élégante…

Alors bien sûr tout n’est pas parfait, le rythme est parfois en dents de scie, certains personnages ne servent pas à grand-chose (l’espion que doit délivrer Gabriel), certains plans sont un peu sombres et malgré tout parfois les limites du budget et du temps de tournage se font ressentir, mais pour ceux qui savent décoder une mise en scène et passer outre ces défauts ils découvriront une petite série B atypique, modeste et maîtrisée, des qualités si peu courantes de par chez nous, bref Mathieu Weschler a transformé l’essai de son premier film et peut sereinement aller trouver des fonds pour nous livrer celui qu’on attend tous, vous l’avez deviné, une version live de THE TRASHMASTER !!!…

A noter que le film est disponible en DVD en Grande-Bretagne.


Titre : The Borderland
Année : 2014
Durée : 1h28
Origine : France / Angleterre
Genre : Action / Comédie noire / Arts Martiaux
Réalisateur : Mathieu Weschler

Acteurs : Seydina Balde, Richard Sammel, Kirt Kishita, James Gerard, Muriel Hofmann, Michael Chan, Jason Tobin, Sabine Crossen, Jared Robinson, Serge Crozon-Cazin


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Cherycok
Administrateur
27 août 2014 14:59

Ca fait plaisir en tout cas de voir que des gens essaient de faire des choses en France qui sortent de l’ordinaire !

Supavince
27 août 2014 19:51

😀

Cherycok
Administrateur
28 août 2014 11:41

Qu’il est con ^^

Oli
3 septembre 2014 9:25

Pari gagnant pour Mathieu Weschler ! Son premier film live est en effet une grande réussite, et quand on connait THE TRASHMASTER, il est impossible de feindre la surprise. Certes, on pouvait être inquiet – réaliser un long métrage ambitieux malgré un budget serré n’est pas une chose facile, surtout pour un premier film, qui plus est tourné à l’étranger ! Et bien Mathieu Weschler vient de passer son examen avec mention. Bien sûr tout n’est pas parfait, mais c’est aussi ce qui rend THE BORDERLAND attachant : c’est un vrai film, réalisé avec les tripes, la passion – et non pas avec des millions de dollars dépensés à ne plus savoir qu’en faire – en oubliant de soigner histoire, personnages et liant du récit (J. J. Abrams, tu le sens mon regard pesant sur tes épaules malingres ?).

Alors bien évidemment, THE BORDERLAND a des défauts – j’ai eu très peur au départ par exemple. La course-poursuite qui sert de climax d’intro a moyennement fonctionné avec moi – la course suivie d’une chute au travers d’une fenêtre (je crois ?) est peut-être le moment le moins lisible du film – j’ai dû le repasser deux fois pour bien comprendre (ça peut venir de moi aussi, je suis lent parfois). Et puis le côté un peu « cheap » de la chose transpire de certaines scènes à plusieurs reprises – scènes qui seraient sans doute allées plus loin, ou dans une autre direction, avec un budget plus confortable. Tout n’est pas non plus excessivement logique (Gabriel qui se fait visiblement casser un doigt et qui repart à la tatane sans même grincer des dents ?), mais THE BORDERLAND joue la carte du divertissement musclé – oublions ses petites incohérences et ses quelques facilités, et goûtons donc ce qu’il a à nous proposer.

Alors tout d’abord, Mathieu Weschler surprend là où on ne l’attendait pas vraiment (sauf si on connait THE TRASHMASTER) : la BA faisait la part belle à l’action très stylisée…mais THE BORDERLAND ne se contente pas d’être une succession passive de scènes de combat. Certes pour celles et ceux qui voulaient de l’action, pas de soucis vous en aurez pour votre argent : c’est bien réglé, parfois ingénieux, osé (ellipses bien vues – paradoxal, je sais), jouissif (raaaah ce coup de pied volant dans la mâchoire et la caméra qui suit !), décalé ou épique – damned, mais quel pied ce double combat ahurissant sur deux étages en même temps : il faut le voir pour le croire ! Mais comme je l’ai dit, THE BORDERLAND c’est aussi autre chose, et s’il demeure passionnant du début jusqu’à la fin, c’est justement parce que de nombreux petits détails, mis bout à bout, viennent donner du liant au film – allez lâchons-nous, on va même dire une âme.

Des détails ? Quels détails ? L’humour, tout d’abord – présent par le biais de petites punchlines jamais trop lourdes (la blague récurrente sur Gabriel que l’on prend pour un Américain) ou trop faciles (sauf sur Kim Jong-un mais c’est tellement drôle). Les personnages ensuite : ils ont du charisme, une présence. Seydina Balde est totalement crédible, le bad guy est excellent dans son outrance assumée (à l’image du régime nord-coréen déraisonné) et d’autres individus qui disposent de moins de temps à l’écran arrivent malgré tout à attirer l’attention (on aurait aimé voir le Chinois plus longtemps). Les scènes d’exposition enfin : Mathieu Weschler ne foire pas son coup et donne une réelle profondeur aux quelques scènes intimistes – pour ma part je ne suis pas entré dans le film au moment de la course-poursuite en intro (pour les raisons exposées un peu plus haut), mais bien lors du dialogue à trois, dans la chambre d’hôtel, où l’on explique à Gabriel les tenants et aboutissants de sa prochaine mission : un moment fort, bien filmé. Du bon cinéma, tout simplement.

Un tyran cinéphile (non, non, je ne parle pas de Jean-Luc Godard !), un espion chinois qui a des tripes (hum…), un Seydina Balde stratosphérique, une triple évasion simultanée dantesque, un double combat sur deux étages incroyable, et ce diable de Gabriel qui de chassé, deviendra vite chasseur – à le voir ainsi déambuler dans les sombres et étroits couloirs d’un avant-poste nord-coréen semblant isolé du reste du monde, silencieux mais fatal, utilisant parfois les ombres à son avantage pour frapper avant même d’être vu par ses proies, on en viendrait presque à le confondre avec un célèbre Alien s’improvisant prédateur dans les entrailles du Nostromo !

Un peu à la manière d’un Tsujimoto Takanori, Mathieu Weschler tente de nous livrer un cinéma total, musclé, honnête, parfois référencé mais aussi blindé d’originalité – le tout sans nécessairement avoir les moyens de (toutes) leurs ambitions – ce qui rend le résultat à l’écran d’autant plus incroyable. Vivement la suite.

I.D.
Reply to  Oli
3 septembre 2014 9:57

Nan mais Oli, à ce rythme autant offrir une nouvelle chro’ à ce film. V’là le com’/Chro’ de fou. 😉

Oli
Reply to  I.D.
5 septembre 2014 16:25

C’est vrai qu’en me relisant…je trouve qu’il est un peu long ce com’ ah ah ah ! Mais le film m’a vraiment plu, j’ai essayé de dire tout ce que j’avais aimé (et pas aimé) dans ce trip très sympa.

I.D.
3 septembre 2014 9:56

Bien. C’est une chro’ enthousiasmante qui donne franchement envie de découvrir ce cinéma trop rare dans nos contrées (même si l’on connait ce larron de Post’ !). En espérant, comme à chaque fois que ça lance une dynamique.

Et sinon, pas moyen de choper le 06 ou 07 de Muriel Hofmann, des fois ?

pti denis
17 septembre 2014 18:02

Je serais moins enthousiaste que mes camarades même si il y a clairement du niveau derrière la caméra. Très bien filmé, bien joué (très surprenant de ce point de vue là), le film ne manque pas de qualité.
Mais le scénar ne m’a pas captivé et je trouve le rythme pas assez resserré. Du coup je n’ai pas pu apprécier à fond le film.

Mais c’est hyper prometteur malgré mes réserves.

Et merci à toi Post. ^^

MEREJ
MEREJ
28 septembre 2014 17:37

Marrant, j’étais cadreur à l’époque sur BLACK SHADOW. Clair que le gars Mathieu à beaucoup d’énergie et un talent certain ! Cool pour lui et Seydina.

MEREJ