[Avis] POV: A Cursed Film, de Tsuruta Norio

Titre : POV: A Cursed Film – POV: Norowareta Firumu – POV~呪われたフィルム~
Année : 2012
Durée : 1h32
Origine : Japon
Genre : Faux documentaire (encore)
Réalisateur : Tsuruta Norio

Acteurs : Shida Mirai, Kawaguchi Haruna, Hirano Yasuyuki, Kodama Takashi et Miura Mayu

Synopsis : Lors du tournage de l’émission télévisée à petit budget de Shida Mirai, en présence de son invitée Kawaguchi Haruna, les deux jeunes idoles vont tomber sur des vidéos montrant des événements surnaturels ayant lieu dans un lycée du coin. Kawaguchi reconnaîtra son lycée, Le réalisateur, son assistante, le producteur et nos deux idoles vont alors partir dans l’enceinte du lycée pour en savoir plus.

Avis de Rick :
À défaut d’être un génie, Tsuruta Norio est un très honnête artisan. Ring 0, Kakashi, Premonition. Des films allant du sympathique au très réussi. Tsuruta aura même eu droit à une incursion en Amérique avec son épisode pour la saison 2 de Masters of Horror, après Miike pour la saison 1. Un épisode d’ailleurs bien en deçà de ses capacités. Tsuruta nous revient en 2012 avec, comme souvent, un film de fantômes, mais cédant cette fois à la facilité et à la mouvance du moment : le faux documentaire en vue subjective, ultime technique permettant une fois de plus d’économiser le budget avec une équipe réduite, des éclairages naturels, et de justifier tout ce que l’on veut : personnages dans l’angle, caméra qui tremble, tout, absolument tout est excusé. Et pour accentuer le côté réaliste de la chose, nos deux idoles, dans les rôles principales, interprètent leur propre rôle, et l’intégralité du film sera filmé depuis la même caméra, si bien que parfois, on se retrouve à regarder un écran à l’intérieur d’un écran. Bref, un pur faux documentaire. Les films comme ça, oui, on en a des centaines. L’idée ne date pas d’hier (déjà Cannibal Holocaust en 1978 jouait sur la vidéo retrouvée), et depuis Le Projet Blair Witch en 1998, tout le monde en use et en abuse. Tous les pays. On aura eu REC 1 et 2 (et le 3 pour sa longue et chiante scène d’ouverture) en Espagne, Cloverfield et les Paranormal Activity aux Etats Unis, The Tunnel en Australie, les films de Shiraishi Kôji au Japon. Bref, on en bouffe à tous les râteliers. Qu’est ce que Tsuruta Norio et son film, POV : A Cursed Film, vont bien pouvoir ajouter de neuf ? Et bien, rien, tout simplement. Pourtant, pour le spectateur qui n’est pas encore totalement blasé par le genre et ses artifices, POV n’est pas dénué d’intérêt, bien que celui ci soit discutable, la faute notamment à quelques petites erreurs de casting. Après un petit message nous indiquant que le métrage est réel, comme c’est souvent le cas, tout débute dans les studios pour le tournage de l’émission de Shida Mirai. Préparation, maquillage, puis ACTION.

Première constatation, nos deux idoles ne savent pas jouer la comédie. Autant par moment, ça passe, autant quand la caméra est stable et juste devant elles, beaucoup moins. La peur n’est pas toujours une chose aisée à jouer, et Shida Mirai remporte la palme lors de cette scène d’ouverture, devant jouer l’idole apeurée devant les vidéos projetées lors de son émission. Sauf que le résultat tend bien plus vers le ridicule que le réalisme. Si bien qu’il est difficile de rentrer dans le nouveau métrage de Tsuruta Norio et d’y croire. Tout du moins, pour ma part. Même si les différentes courtes vidéos montrées fonctionnent, les réactions des actrices discréditent l’ensemble. Fort heureusement, le film ne va pas s’attarder pendant une éternité là dessus, et nous lancer dans la vraie intrigue, après la fin réussie de cette scène d’ouverture. Kagaguchi Haruna, l’invitée de l’émission, va très rapidement reconnaître sur les vidéos projetées son propre lycée, et la petite idole va prendre (tenter de prendre) peur. Après diverses courtes péripéties, l’équipe de tournage parvient enfin à obtenir les autorisations nécessaires pour s’aventurer au sein du lycée pour filmer. Dans le but d’arranger la situation et de rassurer nos petites idoles, et peut être même y filmer un esprit… ou trois – quatre. Car Tsuruta Norio ne plaisante pas avec le spectateur, il ne va pas se contenter de nous offrir un esprit vengeur, mais une petite dizaine. Et c’est bien dommage, cela retire quelque peu la subtilité habituelle des films de fantômes. Mais là est encore une autre histoire, puisque le film a du chemin à parcourir avant de nous amener là. Fort heureusement, car c’est lorsque les différents personnages commenceront à explorer l’école que le film relèvera le niveau en nous fournissant quelques scènes plutôt bien troussées.

Alors oui, forcément, on retrouvera tout ce que l’on aime (ou pas) dans ce genre de productions, avec une caméra à l’épaule qui s’emballe lorsque les personnages doivent courir ou ont peur par exemple, un éclairage minimaliste pour accentuer le côté réaliste, la vision nocturne lorsque le courant sera coupé, et il faut bien avouer que par moment, on se prend au jeu. Tsuruta Norio n’est pas un manchot après tout, il sait tout de même se servir d’une caméra, fort heureusement, et faire monter la tension quand il le faut. Dans ces moments, la caméra n’ayant pas le temps de se poser, le spectateur sera dés lors un peu plus indulgent vis à vis du jeu d’acteur de nos deux idoles, mignonnes à croquer certes, mais c’est bien peu. Dès la tombée de la nuit, le film révèle quelques uns de ces meilleurs moments pour tenter de nous faire sursauter, et ça marche (Hallelujah on pourra dire). De plus, même s’il n’y a rien de neuf, il faut bien avouer que les couloirs vides d’une école, ça fonctionne toujours du tonnerre. Bingo, ici, ça ne rate pas. Quelques scènes sympathiques et quelques moments de frousse plus tard, le réalisateur se décide à nous révéler le fin mot de l’histoire, mais comme les deux miss ne savent pas vraiment jouer, certaines révélations tombent à plat.

C’est alors que viendra la vraie fausse bonne mauvaise surprise du métrage, lors de son final assez inattendu, mais ne fonctionnant malheureusement pas toujours sur la durée. Un long final d’une vingtaine de minutes commençant sur les chapeaux de roues et faisant monter la sauce, avant de retomber à plat, tué par son propre poids, et surtout par les obligations du format de la caméra subjective. Un final laissant un goût quelque peu amer, puisque les bonnes idées sont là, mais sabotées par plusieurs éléments. Déjà, encore et toujours, l’interprétation des deux actrices principales retirent une grande part de crédibilité. Dommage, car les plans sont travaillés, les idées sont là, mais les plans en eux même n’aident pas les actrices, qui semblent plutôt « attendre » que les choses arrivent. Un comble. Et bien entendu, à force de multiplier les apparitions, on frise également un peu l’overdose. Certes, à part quelques bonnes idées, POV fait dans le déjà vu, mais reste, en dépit de ses deux actrices principales, emballé avec suffisamment de sérieux pour divertir le spectateur pas encore dégoûté par le genre, à l’heure où débarquent des REC3 et Paranormal Activity 3 surpassant l’ennui.

POV est un autre faux documentaire, réalisé avec sérieux et contenant son lot de scènes intéressantes, mais l’ensemble manque de crédibilité, la faute a deux actrices (idoles) pas toujours au top.

Note : 5/10

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

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