[Avis] OK Baytong, de Nonzee Nimibutr

Titre : OK Baytong / โอเค เบตง
Année : 2003
Durée : 1h38
Origine : Thaïlande
Genre : Drame

Réalisateur : Nonzee Nimibutr

Acteurs : Phoovarit Phumpuang, Attaporn Teemakorn et Jeeranan Manojam

Synopsis : Tum est un jeune moine bouddhiste qui vit reclus dans un monastère depuis son plus jeune âge. Lorsqu’il apprend la mort tragique de sa sœur lors d’un attentat revendiqué par des combattants islamistes, il décide de rejoindre la province de Yala près de la frontière avec la Malaisie afin de s’occuper de sa fille et de ses affaires. Tum se retrouve alors à travailler dans un salon de beauté dans la ville de Baytong et le voilà confronté à la réalité du monde moderne.

Avis de Laurent : Nonzee Nimibutr est sans aucun doute le réalisateur thaïlandais le plus emblématique de sa génération. Même si sa filmographie inégale est ponctuée par de sacrées pépites (Nang Nak ou 2499 Dang Birelery’s And Young Gangsters pour faire court), son travail a surtout été marqué par un flair sans précédent au niveau de la production. Tous les grands classiques de la nouvelle vague thaïlandaise gravitent autour de lui. Les Larmes du Tigre Noir, Monrak Transistor, Bangrajan ou encore Last Life in the Universe ont été produits par ses soins … impressionnant !

OK Baytong, datant déjà de 2003, est son cinquième film. Avec cette réalisation, Nonzee Nimibutr doit absolument laver la tâche indélébile que constitue son œuvre précédente. En effet, le navet horrifique Three : The Wheel est tout simplement indigne de son réalisateur. Dans un genre très différent, OK Baytong axe sa narration sur la thématique pour le moins délicate que constituent les tensions interreligieuses dans le sud de la Thaïlande. Les provinces limitrophes avec la Malaisie sont en proie au terrorisme islamiste avec son lot annuel d’attentats et autres crimes impunis. Tum, incarné par Phoovarit Phumpuang, est un jeune moine qui vient s’installer à Baytong afin de reprendre les affaires de sa sœur tuée dans un attentat. Elle laisse derrière elle une fille de 5 ans qui n’a plus de famille pour s’occuper d’elle. Tum peine à s’adapter à ce nouveau monde. Que ce soit au niveau de la modernité, de ses relations ou encore de la maîtrise de ses émotions … Tum comprend très vite que cet univers n’est pas fait pour lui. Mais pour l’affection qui le lie à sa nièce, il s’accroche à ce monde compliqué et perverti. Et s’y adapte plus ou moins maladroitement.

Nonzee Nimibutr signe son œuvre la plus intimiste et la plus accomplie. Dès les premiers plans, on sent qu’OK Baytong sera le film parfait touché par la grâce de bout en bout. La thématique géopolitique est traitée avec une pudeur salutaire. L’humour fait mouche à tous les coups. La romance est alimentée par des situations plus incongrues les unes que les autres. Et l’aspect dramatique touche au plus au point sans pour autant tomber dans le pathos facile. Nonzee Nimibutr jongle sans cesse entre un cinéma réaliste et scénettes fantastiques avec une alternance parfaitement dosée entre légèreté et gravité des événements. OK Baytong peut se concevoir, pour faire simple, comme le chaînon manquant entre la naïveté sous acide du Monrak Transistor de son compère Pen-ek Ratanaruang et du cinéma exigeant d’Apichatpong Weerasethakul. Enfin, pour appuyer cette réussite, Nonzee Nimibutr s’appuie sur un casting parfait et des techniciens affutés. La mise en scène, la photographie et les effets spéciaux sont au niveau et la cerise sur le gâteau tient dans sa bande originale soignée et émouvante.

Au final, OK Baytong est sans aucun doute possible l’un des tous meilleurs films produits en Thaïlande par un réalisateur à l’éclectisme impressionnant. Sans parti pris ni morale déplacée, Nonzee Nimibutr filme avec une simplicité rare toutes les contradictions de la société thaïlandaise. Que ce soit dans le registre du film de gangsters, de la comédie, de l’érotisme ou encore du drame, Nonzee Nimibutr montre qu’il est l’un des réalisateurs les plus indispensable de sa génération … Et pas que sur son territoire.

Note : 10/10


6 Comments

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  1. J’avais bien aimé, belle découverte (un bon 7/10 ^^), curieux comment ce film semble être passé completement inaperçu  (un bon pick de Deauville pour une fois!)

  2. C’est exactement ce que je me suis dis après avoir vu OK Baytong. Comment ce film peut être aussi discret au niveau visibilité ??? D’autant plus que Nonzee Nimibutr jouit d’une certaine reconnaissance à l’international (même si en France on ne sort que ses navets). Pour moi c’est le film parfait qui brasse avec une intelligence rare un sujet aussi délicat. Ça change des films indiens qui surfent maladroitement sur cette thématique.

  3. Pas très vendeur malheureusement, tout comme les Royston Tan, Eric Khoo ou Yasmin Ahmad. M’enfin vu la gueule du marché DVD, on peut comprendre qu’il n’ait pas envie de perdre encore plus de thunes. Tant qu’on cause bon films, il y a la retro Edward Yang en décembre à la Cinematheque.

  4. Pas vu le film, mais me fait penser à un film hindi “maladroit sur cette thématique” mais pas mal, Dharm avec Pankaj Kapoor (2007), sur un “prêtre brahmane” qui recueille un bébé et l’élève pendant des années, avant d’apprendre que le bébé était musulman, ce qui le fait passer pour “impur”…

  5. Vu qu”on parle de Nimibutr, ça vaut quoi son Queens of Langkasuka ?  Une review qui donne bien envie http://tinyurl.com/3xzal26

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