[Avis] Nos Années Sauvages, de Wong Kar-Wai (1990)

Dans les années 60 à Hong Kong, Yuddy, élevé par sa mère adoptive, au comportement charmeur, se laisse bercer par la vie, passant de femmes en femmes, seulement alarmé quand on lui propose le mariage. Obsédé par le besoin qu’il éprouve de connaître ses origines et de découvrir sa vraie mère, il quitte ses amis et ses femmes pour partir aux Philippines.


Avis de Rick :

Aujourd’hui, grâce à ARP, il est possible de se procurer et de découvrir ou redécouvrir les premières œuvres de Wong Kar-Wai, rares, introuvables ou alors disponibles à des prix exorbitants sur le marché de l’occasion. En 1988, après avoir passé des années à écrire des scénarios, Wong Kar-Wai se voyait proposer l’opportunité de passer à la mise en scène. Il livra un film classique, une histoire policière avec un amour impossible où il mettait en scène Andy Lau, Maggie Cheung et Jacky Cheung. Fier d’un petit succès, le bonhomme peut s’atteler en 1990 à un second métrage. Alors que les producteurs voient en lui après son premier film un réalisateur bankable livrant des produits commerciaux, Wong Kar-Wai laissait déjà apparaître ces thèmes dans son premier essai, et franchira définitivement un cap en livrant Nos Années Sauvages, qui prend rapidement la forme des prémices de In The Mood For Love qu’il livrera des années plus tard. Ainsi, et ce dès la première scène, où Leslie Cheung rencontre pour la première fois Maggie Cheung, Wong Kar-Wai nous dévoile son style, ses thématiques, sa façon de faire. Leslie Cheung joue Yuddy, un jeune homme qui ne connaît pas sa vraie mère, et qui profite de la vie, passant d’une femme à l’autre, sans chercher plus, sans vouloir s’engager, ou se poser. Car pour lui, sa plus grande énigme, et son plus grand désir, est de connaître l’identité de sa mère, et donc la vérité sur son passé. Dès la présentation de ces deux personnages, le film se fait sobre. Extrêmement sobre, et simple, du moins en apparence. Et dès cette première scène, le spectateur peu habitué à ce genre de films d’auteurs va s’ennuyer, alors que le spectateur un peu plus exigeant va lui se délecter et apprécier ce moment “vrai”.

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Car c’est bien là la force de Wong Kar-Wai, nous raconter en toute simplicité des histoires impossibles,  ou que l’on se refuse parfois soi-même par choix, et que l’on regrette amèrement par la suite. Le temps, lui, passe, et ne nous laisse que des souvenirs. Le temps semble d’ailleurs avoir une importance encore plus grande ici, et Wong Kar-Wai insiste fortement sur ce point. Les dialogues sur le temps qui passe ou sur un moment spécifique du passé, les plans sur les horloges (comme pour In The Mood for Love et d’autres), le temps est important, le temps nous éloigne de ce que l’on pense, et surtout, le temps nous rattrape. Par moment, l’habillage sonore du film sera même plutôt vide, sans musique, sans bruitages particuliers, à l’exception du son lourd et incessant des aiguilles d’une horloge, comme pour nous rappeler que le temps est compté. Car sur les courtes 90 minutes du métrage, Leslie Cheung vivra deux relations, avec Maggie Cheung d’un côté, et Carina Lau de l’autre. Pendant un temps, ils s’aiment, puis Leslie Cheung les abandonne. Le temps passe, les événements s’oublient, parfois des souvenirs simples restent. Nos Années Sauvages fonctionne sur ce procédé simple, nous proposant des tranches de vie, nous proposant pour la première fois chez Wong Kar-Wai de suivre des scènes courtes liant les personnages, qui se croisent, s’aiment, puis se quittent, et parfois, souffrent et regrettent.

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Pour ce second film, Wong Kar-Wai s’entoure encore une fois de grands acteurs, reprenant Andy Lau, Jacky Cheung et Maggy Cheung de son précédent film. Il étoffe son casting avec Leslie Cheung (Le Syndicat du Crime, Histoires de Fantômes Chinois, et le futur Les Cendres du Temps) pour le rôle principal, Carina Lau et Tony Leung Chiu-Wai pour une courte scène reliant encore une fois le métrage avec In The Mood for Love et 2046, comme si avec Nos Années Sauvages, Wong Kar-Wai avait ouvert une boucle, qu’il aurait lui-même refermé des années après en remettant en scène le même personnage autour des mêmes thèmes. Pour autant, malgré ses qualités indéniables, ses choix, le début de son style, la beauté des actrices qu’il filme déjà à la perfection, Nos Années Sauvages paraît par moment moins abouti que ces œuvres futures, comme si le film n’était encore qu’un brouillon de ce qui allait venir. Mais pour le coup, quel brouillon ! Première collaboration avec son directeur de la photo Christopher Doyle, ils livrent un film prenant, sincère, vrai, mais encore hésitant par moment, et dont le style que Wong Kar-Wai lui donne, et se trouve par la même occasion, paraît moins maîtrisé. Mais Nos Années Sauvages demeure un film important, le début d’un style, un film juste, et prend tout son sens dans la filmographie du réalisateur.

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Un second film différent et réussi, bien que pas encore parfait. Wong Kar-Wai signe un film aux histoires d’amour justes et tristes, et s’entoure d’un casting de luxe simplement parfait.

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Années sauvagesTitre : Nos Années Sauvages – Days of Being Wild – A Fei Jing Juen – 阿飛正傳
Année : 1990
Durée : 1h30
Origine : Hong Kong
Genre : Drame
Réalisateur : Wong Kar-Wai

Acteurs : Leslie Cheung, Maggie Cheung, Andy Lau, Carina Lau, Rebecca Pan, Jacky Cheung et Tony Leung Chiu-Wai


Galerie d’images :

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