[Avis] L’Honneur du Dragon 2, de Prachya Pinkaew (2013)

Kham est le dernier d’une longue lignée de gardiens traditionnels qui veillent sur les éléphants de guerre considérés comme sacrés. Quand un de ses éléphants est volé, il découvre que le responsable est un puissant syndicat du crime dirigé par le dangereux LC. Avec l’aide d’un agent d’Interpol, Kham va devoir affronter les redoutables combattants à la solde de LC pour espérer récupérer son éléphant.


Avis de Pti denis :
Talent prometteur découvert il y a 10 ans avec Ong-Bak, Tony Jaa a démontré une réelle envie de sortir du simple film d’arts martiaux tourné vers l’international (le premier Tom Yum Goong) pour nous conter une fresque épique et ambitieuse gorgée de mysticisme (Ong-Bak 2 et 3). Si pour beaucoup le résultat fut assez mitigé (la réflexion religieuse prenant le pas sur les combats dévastateurs), la sincérité de l’acteur sur ce diptyque était total (Tony Jaa y livre littéralement son cœur et ses tripes). Au point qu’après ce projet personnel, l’acteur a pris une semi retraite pour s’adonner à la spiritualité.

Après une pause de 3-4 ans, le voici de retour dans un pur projet commercial : la suite de l’actionner Tom Yum Goong. Remake déguisé d’Ong-Bak, Tom Yum Goong souffrait d’un amateurisme certain sur tous les domaines hormis l’action. En quelques mots : efficace mais tournant à vide.
Voir l’acteur faire son grand retour sur les écrans avec la suite de Tom Yum Goong avait de quoi surprendre. Marquant un net recul comparé à ses deux précédents travaux, le projet sentait bon le pur produit spectaculaire sans prises de risques (ce qui n’était déjà pas si mal). Le choix de Prachya Pinkaew à la réalisation (metteur en scène transparent du premier et d’Ong-Bak) ne faisait que renforcer ce pressentiment. En revanche, la présence de la star d’action féminine Jeeja Yanin (Chocolate, Raging Phoenix) au générique avait de quoi titiller l’amateur de film d’arts martiaux (la perspective de voir les deux acteurs en découdre était réellement séduisante). Seule grosse surprise de taille : l’absence du chorégraphe attitré de Tony Jaa : Panna Rittikrai (décédé cet été).
Néanmoins l’espérance de voir l’équipe être motivée à tenir la draguée haute à l’Indonésie qui venait de lâcher la bombe The Raid était grande. En l’espace de deux films, l’Indonésie est devenue la nouvelle destination prisée des amateurs du film d’action. On espérait voir Tony Jaa et son staff réagir en conséquence.
Mais pas de cette manière car disons-le tout net : Tom Yum Goong 2 est un ratage intégral. Une succession ininterrompue de mauvaises idées assez stupéfiantes.

Reprenant l’argument léger du premier volet (Tony Jaa à la recherche de son éléphant accompagné du sidekick Petchtai Wongkamlao), le film se contente d’étirer ses morceaux de bravoure pour masquer son vide gigantesque. Seule nouveauté (si on peut la nommer ainsi) : Tony Jaa est accusé à tort du meurtre d’un gangster impliqué dans le trafic d’éléphants. La fille de ce dernier (Jeeja Yanin) va traquer notre héros.
Rien d’autre à se mettre sous la dent. Simple remake du premier (qui était déjà une copie d’Ong-Bak, ce dernier ne brillant pas par son scénario), Tom Yum Goong 2 ne se suit avec aucun plaisir. Le déroulement de l’histoire est affligeant (la première apparition de Jeeja Yanin, le changement de coup de cheveux de Tony Jaa selon les scènes), la direction d’acteur est à l’avenant (mention comme toujours à RZA, qui a sa place sur Nanarland), la mise en scène est typique du style Prachya Pinkaew (aucune légèreté). Tom Yum Goong 2 n’améliore en rien les défauts de son aîné. Pire, non content de ne pas réitérer son efficacité martiale, il se démarque surtout par un niveau catastrophique dans ce domaine.

Le véritable problème du film est là : même la partie action est affligeante.

Tony Jaa d’abord dont le poids et les capacités physiques ont bien évolué depuis une dizaine d’années. N’ayant plus la même rapidité et agilité, la star ne provoque plus les petits frissons éprouvés lors de ses affrontements et cascades antérieurs. L’amateur pourra tout juste retenir un affrontement contre Marrese Crump (doublure de RZA sur The man with the iron fists et seul petit intérêt du film). Artiste martial Américain, doté d’un charisme certain, l’homme nous gratifie d’un excellent combat contre Tony Jaa se déroulant devant des hélices géantes, sympathique réminiscence des entrepôts d’Opération condor et d’Eastern condors.

Pour cette sympathique joute, le spectateur devra subir une longue scène où Tony Jaa évite des moto-cross, le tout submergé de CGI impossible à ne pas voir (la direction artistique laisse sans voix), d’un combat au milieu de flammes, elles aussi numériques (les images du film résument la scène), d’un autre face à face Tony Jaa-Marrese Crump où les combattants qui se trouvent dans de l’eau sujets à des câbles électriques, se donnent des coups de pieds lançant des éclairs avec les bruitages des sabre laser de Star Wars. Pour finir bien entendu sur un duel contre RZA dont les talents de combattant sont identiques à ses dons d’acteurs.

Les scènes martiales de Tom Yum Goong 2 sont prometteuses mais au bout d’une ou deux minutes, elles tournent à du grand n’importe quoi, desservies par des effets spéciaux d’un autre âge. Longues (la poursuite avec les motos, malgré le nombre impressionnant d’assaillants, n’en finit pas), moches (les décors sont laids), elles pâtissent d’une chorégraphie répétitive (le coup de genou/coude tombant sur l’adversaire finit par lasser) et d’une mise en scène peu inspirée.
Et ultime déception : l’affrontement Tony Jaa-Jeeja Yanin (honteusement sous-exploitée) n’a même pas lieu (ou alors durant 10-15 secondes).

Après une décennie de carrière plus qu’inégale, l’attente placée en Tony Jaa ne semble plus justifiée. Comme si la difficulté qu’il a éprouvée à mettre sur pied ses deux films personnels (et l’accueil assez froid qu’ils ont reçus) lui avait ôté toute envie de prendre des risques créatifs. Pur produit tourné vers l’export, Tom Yum Goong 2 semble marquer le début d’une série de films internationaux pour Tony Jaa.
Fast & Furious 7, Skin Trade (un DTV avec Dolph Lundgren et Michael Jai White), SPL 2 (suite du film de Wilson Yip avec également Sammo Hung et Jacky Wu), voici les futurs films de l’acteur. Difficile pour le moment d’imaginer que Tony Jaa retrouvera de sa superbe dans des projets peu excitants ou calculés (même si avec Skin Trade et surtout SPL 2 on peut espérer des affrontements dignes d’intérêts).
Laissons-lui néanmoins le bénéfice du doute (en souvenir de la trilogie Ong-Bak).

Note :


Titre : L’honneur du dragon 2 / Tom Yum Goong 2 / The Protector 2
Année : 2013
Durée : 1h45
Origine : Thaïlande
Genre : Arts-Martiaux
Réalisateur : Prachya Pinkaew

Acteurs : Tony Jaa, RZA, Jeeja Yanin, Petchtai Wongkamlao, Marrese Crump, Patrick Tang, David Ismalone


Galerie d’images :

Pti denis

Fan de cinéma de genre depuis tout gamin, le film d'arts martiaux HK est par-dessus tout le genre que j'affectionne le plus. Mais j'adore également l'horreur, le cinéma populaire Italien des années 60 aux 90's, le polar (d'où qu'il vienne), je prends autant de plaisir devant un gros blockbuster bien fait qu'un film de zombies fauché comme L'avion de l'apocalypse.

7 Comments

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  1. De la bonne grosse merde ce film.

    Peut-être qu’en 3D ça passe mieux …

    Et les bruitages de sabres lasers sur la “scène” du rail de métro … Au secours.

    MEREJ

  2. Mais… Comment un film qui est une merde à la base pourrait mieux passer en 3D ? Vraiment, j’aimerais qu’on m’explique car je ne comprends pas du tout lol. Si un film est une merde en 2D, ca sera la même merde en 3D

  3. J’avais adoré le premier à l’époque. Là, je passe mon tour – même en 3D 🙂

  4. Moi j’avais bien aimé, j’attends la version 3D (la vraie version quoi…) pour le revoir.

  5. “Mais… Comment un film qui est une merde à la base pourrait mieux passer en 3D ? Vraiment, j’aimerais qu’on m’explique car je ne comprends pas du tout lol. Si un film est une merde en 2D, ca sera la même merde en 3D”

    En fait, ça peut permettre une meilleure vision des combats par rapport à l’incrustation des effets spéciaux.

    Flying Swords Of Dragon Gate gomme certains défauts d’sfx en 3D par exemple.

    Après, c’est certain, ça ne rendra pas l’histoire meilleure.

    Mais pour la scène ou tout brule par exemple, ça peut rendre plus crédible l’ensemble.

    MEREJ

  6. Mouais je passe mon tour également pour cette suite 😉

  7. Bon le film est a chier mais la moitié des scene d’action sont quand meme très bonne.

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