[Avis] Les Onze Guerriers du Devoir, de Eiichi Kudo

Au cours d’une partie de chasse, le cruel Nariatsu, fils de l’ancien Shogun, s’introduit sur les terres du clan frontalier Oshi et abat son seigneur d’une flèche dans l’œil. L’incident est rapporté au gouvernement à Edo, mais celui-ci favorise Nariatsu et décrète une humiliante révocation pour le clan Oshi. Voué à disparaitre, le clan Oshi réunit les onze meilleurs guerriers de son fief afin de tuer Nariatsu et obtenir vengeance.

Avis de Tequila:

Eiichi Kudo est un réalisateur japonais qui a laissé son nom dans l’histoire du chambara avec  le célèbre 13 Assassins,  film qui a fait l’objet d’un récent remake dirigé par Takashi Miike, succès surprise de l’année 2010. Le film qui nous intéresse aujourd’hui s’inscrit dans la même lignée : il s’agit d’un film de sabre et de vengeance qui répond à un profond sentiment d’injustice face à un pouvoir despotique. Du point de vue chronologique, les Onzes Guerriers du Devoir est réalisé en 1966, 3 ans après 13 Assassins, probablement pour prolonger le succès de son ainé.

Dès les premières images, le film impose son style avec un noir et blanc particulièrement crépusculaire : les cadres sont précis mais le grain est prononcé et les blancs laiteux : il en découle une atmosphère profondément mélancolique. On s’aperçoit rapidement que le film joue sur deux ambiances graphiques : les décors naturels, qui sont filmés avec fluidité et les séquences en intérieur qui se distinguent par une mise en scène très sobre. C’est l’opposition entre le politique, figé et impitoyable, et la nature dans laquelle tout est possible, la poésie comme le chaos.

Au niveau de l’intrigue, le film est un peu convenu et il est bien difficile de ne pas faire le parallèle avec 13 Assassins : le méchant du film est en effet campé par un homme tout aussi lâche et sanguinaire et la petite troupe de mercenaires se voit rapidement rejoint par un nouvel acolyte imprévu, un rônin, qui s’impose comme un allié de première importance. Le film se distingue toutefois dans son approche avec une dimension politique plus affirmée et un ton parfois désabusé.

Parmi les séquences les plus étonnantes, on retient le guet-apens mis en place par nos onze guerriers dans la forêt. Alors que le réalisateur détaille avec minutie la préparation de l’embuscade ( les hommes bricolent des canons à l’aide de bambous, les arbres sont sciés minutieusement pour s’abattre sur le cortège ennemi…) , voilà que l’embuscade se trouve annulée au dernier moment ! Et la troupe ennemie de passer en toute impunité devant nos pauvres samouraïs pétris de frustration… Un moment vraiment inhabituel dans ce type de film qui joue souvent sur la dimension jouissive du guet-apens préparé avec amour pour accueillir les méchants dans un déluge de pièges et coups fourrés.

Au niveau du rythme, si le film prend son temps pour développer son récit, celui-ci s’avère tout à fait captivant et on apprécie le dynamisme dont fait preuve la réalisation. Pour un film de 1966, on est surpris par les effets de style ( travelings énergiques notamment) et le montage efficace qui préfigure le chambara fulgurant des années 70. Le plan de la flèche plantée dans l’œil du seigneur dès le début du film est à ce titre assez radical. Mais c’est surtout le combat final qui conclut le film dans une véritable apothéose.

La séquence qui vient clore le film s’impose en effet comme un véritable morceau de bravoure : un combat désespéré de  quinze minutes mené sous une pluie battante, qui montre nos onze valeureux guerriers sacrifiés dans des duels à un contre dix dans des paysages de plus en plus chaotiques. A ce titre, on note l’utilisation judicieuse des décors naturels avec la forêt qui laisse progressivement la place à des marais boueux et torturés.

Les Onze Guerriers du Devoir est donc un chambara de choix qui devrait séduire sans peine les amateurs du genre avec une construction soignée et rigoureuse, une jolie distribution et des éclats de violence soigneusement mis en image. Un très bon film.


Titre : Les Onze Guerriers du Devoir / Juichinin No Samurai
Année : 1966
Durée : 1h35
Origine : Japon

Genre : Chambara

Réalisateur : Eiichi Kudo

Acteurs : Isao Natsuyagi, Kotaro Satomi, Koji Nambara, Eiko Okawa, Kei  Sato, Kantaro Suga, Ko Nishimura, Ryutaro Otomo


tequila

"C'est en louant les cassettes vidéo de "A toute épreuve", "Une balle dans la tête" puis "Sonatine" que Tequila se découvre une passion pour le cinéma asiatique au milieu des années 90. Amateur de polar, de films d'arts martiaux et de chambara, il ne rechigne pas non plus à regarder un petit drame de temps en temps, ça le détend entre deux gunfights. Possède un canari et un bonsaï ficus, amoureux des jeux d'arcade Sega."

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4 Comments

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  1. Sur certains plans, le noir et blanc donne quelque chose de très stylisé. Sinon, tu as oublié de mettre le Style dans la fiche technique ^_^

  2. Pour l’avoir vus lors de sa sortie dvd dans le coffret de 3 films dédier au réalisateur (avec “13 assasins” et “le grand attentat”), je doit dire que c’est pour moi clairement le moins bon fil du coffret. Cette impréssion est aussi due que les 3 films sont exactement sur le même moule… alors au vus du 3ieme alors au vus du 3ieme cela commencais a tourner en ronds.
     
    Si non le film est lui même est plutot bon.

  3. Ah je n’ai pas vu le grand attentat, j’essaierai de mettre la main dessus si je le trouve à ma médiathèque. Du coup, je n’ai que 13 assassins en comparaison, il est en dessous c’est vrai mais il a des atouts et une rigueur qui en font un bon chambara !

     

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